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[Muses industrielles] "L'arbre monde" de Richard Powers quand les arbres deviennent des personnages de roman

Christophe Bys

Publié le

Auréolé du prix Pulitzer, L'arbre monde est un "roman-forêt", comme il existe des romans fleuves, sur les rapports entre les hommes et la Nature. L'auteur, Richard Powers, est diplômé de physique. On y trouve des personnages attachants, des essences menacées... et le récit épique de la préservation des uns par les autres. 

[Muses industrielles] L'arbre monde de Richard Powers quand les arbres deviennent des personnages de roman
La forêt un organisme vivant au fonctionnement complexe, révèle aussi ce roman du grand auteur Richard Powers.
© Wikimedia Commons

Tous les lecteurs de Richard Powers le savent : depuis plus de 20 ans, ce diplômé de sciences physiques est une voix qui compte dans la littérature des Etats-Unis. Ainsi en va-t-il de son dernier roman paru aux très fidèles éditions du Cherche-Midi, L'arbre monde. Soit le roman de la cohabitation des hommes et de la Nature, un thème qui, on le sait, est essentielle dans la littérature américaine, qu'on pense à l'oeuvre de Henry David Thoreau, ou, plus proche de nous à "Into the wild", le récit de Jon Krakauer qui inspira le film éponyme de Sean Penn.

Paradis perdu 

Il y a souvent dans ces ouvrages la vision de la nature comme un paradis perdu, ultime refuge des victimes de la modernité à la recherche de sagesse et de sérénité. Et l'arbre-monde n'y échappe pas. Il commence par les portraits successifs de neuf personnages, qui constituent autant de joyaux pour les amateurs de nouvelles. Tous ont un lien avec la nature américaine et un arbre en particulier. On n'est pas près d'oublier les figures de Mimi Ma, Adam Appich ou de Patricia Westerford, la scientifique en avance sur ses pairs.

A cet égard, il faut noter que le roman de Powers décrit assez bien toutes les subtilités du monde scientifique, rendant hommage comme c'est souvent le cas chez cet auteur aux pionniers qui partent à l'abordage d'un champ de connaissances inexplorées. Mais sans rien ignorer du conformisme des académies et de la mesquinerie des ambitions. A ce titre, le personnage de Patricia est peut être un des plus beaux de ce roman, femme brisée et bientôt réhabilitée. 

Argent fou et forêt centenaires

Tous ces personnages vont converger dans un second temps vers une sorte de ZAD pour défendre des arbres pluri-centenaires menacés d'abattage par le monde des hommes et de l'argent devenu fou. Comme toujours chez Powers, on admire la capacité à mélanger les niveaux de narration : peu nombreux sont les auteurs capables à la fois d'expliciter la vie collective d'une forêt, les motivations intérieures des personnages et la logique financière folle simultanément. Mais tout ne finira pas aussi bien et les causes, aussi justes semblent-elles, n'obtiennent pas toujours gain de cause, ou pas complètement. 

Dans cet ouvrage dense comme une forêt amazonienne et majestueux comme un sequoïa (un autre grand classique de la culture nord-américaine), Richard Powers se place quasiment du point de vue des arbres qui deviennent des personnages et qui semblent s'interroger : "est-ce ainsi que les hommes vivent ?" Oui, sûrement. Car si la petite dizaine de personnages ont une singularité, nous dit Powers, c'est qu'ils savent voir ce que d'autres n'aperçoivent même pas. 

Prix littéraires

C'est dire que le thème est plus que jamais d'actualité, à l'heure du réchauffement climatique et de la crainte d'une nouvelle vague d'extinction des espèces. Sans oublier l'incroyable succès de l'essai de l'ingénieur forestier Peter Wohlleben, "la vie secrète des arbres". 

Rien d'étonnant si "L'arbre monde", après avoir obtenu en France à l'automne dernier le prix de littérature américaine, s'est vu décerné récemment le prestigieux prix Pulitzer dans la catégorie fiction. Un choix autant esthétique que politique ? Malgré ses indéniables qualités - on le redit, Powers est sûrement un des plus importants auteurs américains vivants -  il reste qu'il serait utile qu'à défaut de couper les arbres, les écrivains américains apprennent à couper leurs textes. Pas seulement pour protéger les forêts qui servent à produire le papier, mais aussi pour leurs lecteurs. Ce texte de plus de 500 pages (dans sa version française) aurait gagné en efficacité et en force s'il avait été raccourci. Ces pages de trop ne doivent pas dissuader de lire ce roman vraiment singulier, ne serait-ce que pour les neuf nouvelles initiales qui devraient rappeler aux habitants des Etats-Unis, qu'ils soient ou non écrivains : plus n'est pas synonyme de mieux. 

L'arbre monde, Richard Powers Le cherche Midi, 22 euros. Traduit par Serge Chauvet

 

 

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