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[Muses industrielles] "L'affaire Mayerling" ou quand l'irrationnel s'empare d'un immeuble

Christophe Bys

Publié le

Mais qu'arrive-t-il aux habitants de la résidence Mayreling ? Depuis qu'ils ont emménagé, tout semble se dérégler dans leur vie. Jusqu'où cela ira-t-il ? Et si c'était l'immeuble qui voulait se venger... La bataille entre l'Homme et sa création s'annonce sans merci. L'affaire Mayerling offre un roman fantastique des plus réussis.

[Muses industrielles] L'affaire Mayerling ou quand l'irrationnel s'empare d'un immeuble © Wikipedia

 

C'était le rêve de leur vie. Cela devait être une construction de haut standing réservée à quelques privilitgiés, sise au milieu d'un parc forcément luxuriant. La construction de la résidence Mayerling dans la ville (imaginaire) de Rouvières avait tout d'une bonne nouvelle et pourtant. On passe parfois du rêve au cauchemar insensiblement, sans s'en rendre compte. 

Une satire et un thriller

Tel est le cas des habitants du Mayerling, qui sont les héros malgré-eux de ce roman de Bernard Quiriny. Pince-sans-rire, ce dernier s'amuse de la passion contemporaine pour l'immobilier (n'oublions jamais qu'on peut regarder à 21 heures sur une grande "chaîne" des agents immobiliers trouver l'appartement correspondant aux rêves de leurs clients). Pour cela, Bernard Quiriny imagine les habitants de cet immeuble pris de malaises et de déréglements, suite à leur emménagement : nymphomanie chez les uns, intolérance maladive au bruit chez d'autres... quand ce n'est pas l'immeuble lui-même qui semble les provoquer avec un certain sadisme. Ah la tuyauterie capricieuse qui renvoie aléatoirement les eaux usées des uns et des autres. Peu à peu, ces incidents de plus en plus graves vont non seulement perturber la vie des habitants mais susciter des réactions de plus en plus violentes. Entre l'immeuble et ses habitants, la guerre sera bientôt déclarée et tous les coups seront permis. 

Amis du rationalisme ce livre n'est pas fait pour vous, car, au fond, ce qu'il raconte, c'est l'histoire du combat entre l'immeuble, incarnation de la Raison, et les passions humaines. Tout paraît crédible (ou presque) dans ce roman, et c'est grâce à l'art du récit de Bernard Quiriny. Pour raconter cette histoire d'apparence démente (des habitants qui luttent contre un immeuble qui veut se débarrasser d'eux), l'auteur crée une narration très maligne. D'abord en créant un narrateur passionné d'immobilier, fil rouge du récit, et son ami lettré, critique de la modernité, à la discrète ironie. 

Du rythme et des pastiches

Parallèlement, le récit est composé de petites vignettes, un peu comme des plans de cinéma ou des épisodes d'un feuilleton. On passe d'un habitant à l'autre, on change d'étage.... Cela donne un rythme de lecture rapide qui donne envie d'aller voir plus loin. Pour "crédibiliser" un peu plus son récit, il insère, ici et là, des éléments pour "faire vrai" comme ces copies d'articles de journaux censés crédibiliser les aventures des habitants du Mayerling. On trouve aussi des citations de romans avec un immeuble pour héros que les auteurs s'appellent Aymé, Perec ou Ballard. Il y a aussi quelque chose de l'Hôpital et ses fantômes, la série réalisée par Lars von Trier (plus trash et plus franchement versée dans le métaphysique dérangé) dans cette description d'un déréglement progressif de la réalité. 

Mais la fin (qu'on ne révèlera pas) montre que derrière le récit réussi du monde raisonnable gagné par les sentiments les plus archaïques, il y a, dans ce roman - que les Nord-Américains nommeraient page-turner -  une élégante réflexion sur l'homme et ses constructions. Ce n'est pas forcément une révélation (ça fait bien longtemps qu'on sait que vanité, vanité, tout est vanité) mais ça ne fait jamais de mal de le rappeler dans un siècle, où on loue du soir au matin l'intelligence artificielle avec un fanatisme de midinette devant un boys band. 

 

L'affaire Mayerling, Bernard Quiriny, Editions Rivages,20 euros


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