[Muses industrielles] Kisanga d'Emmanuel Grand : terres rares, business et espionnage

Dans Kisanga, le roman primé d'Emmanuel Grand, un gisement de cuivre au Congo est l'objet de toutes les convoitises. Entre traîté de géopolitique officieuse et roman d'espionnage, le récit nerveux et l'écriture précise de l'auteur illustrent une version mondialisée du proverbe "tel est pris qui croyait prendre". Amoureux de la Morale s'abstenir.

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[Muses industrielles] Kisanga d'Emmanuel Grand : terres rares, business et espionnage

Dans les meilleurs romans d'espionnage, il y a un plaisir certain à ne jamais savoir qui manipule qui et à découvrir que celui qui croyait tirer les ficelles est finalement le sujet d'un autre encore plus fort que lui. Le dernier roman d'Emmanuel Grand, Kisanga paru aux Editions Liana Lévi, ne fait pas exception, en tissant une histoire mêlant presse et pouvoirs, pouvoirs politiques et miltaires, en France et au Congo, le tout sur fond de luttes d'influence entre la France, les Etats-Unis et la Chine. Ecrit de cette façon cela peut sembler complexe, sous la plume d'Emmanuel Grand c'est limpide.

Un gisement de cuivre et d'embrouilles

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Kisanga est le nom donné par l'auteur à un gisement de cuivre exceptionnel situé au Congo. L'entreprise tricolore Carmin a obtenu le droit de l'exploiter avec un partenaire chinois. C'est une très belle opération industrielle et financière qui commence et Carmin détache un quatuor de cadres pour lancer l'exploitation en trois mois. Car le ministre des affaires étrangères compte bien s'appuyer sur cette réussite de la diplomatie française pour assoir son influence nationale et son élection aux municipales. De la contingence en politique... Mais tout ne se passe évidemment pas comme prévu... Et Olivier Martel, l'ingénieur parti sur place, déjà ébranlé par la mort d'un collègue quelques mois plus tôt sur le territoire africain, commence à douter.

L'écriture est efficace et la construction du récit particulièrement soignée, alternant les points de vue, pour mieux embraser toutes les dimensions de l'intrigue (accessoirement, cela donne un rythme soutenu de la première à la dernière page). On suit l'équipe sur place qui va de découvertes en découvertes, les traders qui parient sur le potentiel du gisement et offrent à de riches clients d'en profiter, mais aussi un journaliste obsédé par une vieille affaire d'Etat, et un mélange de militaires officiels et d'hommes de mains officieux attirés par le cuivre comme les mouches par un morceau de viande en plein soleil.

Un roman qu'on ne lâche pas

La morale n'en sort pas forcément grandie, mais comme on dit dans ces cas là : "toute ressemblance avec des situations ayant existé serait purement fortuite". De quoi rassurer les lecteurs sensibles : tout cela est fiction. Le fond de l'histoire reste très bien documenté et l'écriture d'Emmanuel Grand réussit à restituer l'humeur africaine. Un seul regret : dans les très très grands romans d'espionnage, les personnages sont plus complexes, tourmentés et travaillés par la culpabilité, comme chez Graham Greene. Les personnages de Kinsaga sont moins ambivalents, plus archétypaux, mus par une seule et unique énergie. Mais ne boudons et ne boudez pas votre plaisir : si vous ouvrez Kisanga, vous ne le refermerez plus et vous aurez peut-être (un peu) changé de regard sur la réalité de la mondialisation.

Kisanga a obtenu le prix Landerneau Polar 2018 remis par les espaces culturels Leclerc. A cette occasion, l'auteur a dialogué avec Michel Edouard Leclerc.

A noter : les espaces culturels Leclerc organisent dans toute la France la 5e édition du festival Culturissimo

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