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[Muses industrielles] "Janesville, une histoire américaine", ou le récit intime de la grande récession

Publié le

Pour comprendre ce qu’a vécu l’Amérique avec sa pire crise depuis les années 30, la journaliste du Washington Post Amy Goldstein s’est plongée au cœur de la petite ville de Janesville. Elle raconte le parcours intime de ses habitants qui vivaient tranquilles et travailleurs à l’ombre d’une immense usine General Motors jusqu’à ce qu’elle s’arrête net en 2009.  

[Muses industrielles] Janesville, une histoire américaine, ou le récit intime de la grande récession
L'ancienne usine GM de Janesville.
© Cliffords photography - Flickr - CC 2.0

Les entreprises citées

A quoi ressemble une grande récession ? Et que se passe-t-il une fois que son souffle est passé ?  Par-delà les courbes de productions industrielles, le nombre de sites fermés, les pourcentages de chômeurs, les chiffres d’expulsions, Amy Goldstein, s’est intéressé aux êtres humains.

Cette journaliste du Washington Post ne s’est pas contentée d’un bref reportage de quelques jours, elle a suivi dans la durée la vie de toute une communauté. Depuis 2008 et pendant 7 ans, elle a posé son sac régulièrement dans la petite ville de Janesville dans le Wisconsin où General Motors produisait des Chevrolet depuis 1923. Tout allait bien dans cette ville industrieuse et dynamique jusqu’à la déflagration entraînée par la crise américaine des subprimes. Car le 23 décembre 2008 à exactement 7h07, la dernière Chevrolet fabriqué à Janesville est sorti des chaînes de montage.

Aujourd’hui, après une longue mise sous cocon et une fermeture définitive  "la carcasse d’une cathédrale de l’industrie de 446 000 m2 repose encore, silencieuse, au bord de la rivière." L’usine salariait plus de 4 000 personnes, la ville compte 13 000 habitants. Le livre construit chronologiquement, année par année depuis 2008, fait vivre avec empathie, non pas une galerie de personnages, mais de vraies personnes qui chacune à leur façon tentent de gérer la situation :  les anciens de GM, les salariés des sous-traitants, mais aussi ceux qui sont investis dans la communauté, responsables politiques, banquiers, professeurs, travailleurs sociaux, entrepreneurs  …

Des combats et des initiatives

Amy Goldstein raconte les combats contre la décision de fermeture puis la tentative de réouverture de l’usine, dans une concurrence féroce avec d’autres Etats américains à grands coups de subventions et d’avantages fiscaux. Elle décrit les tentatives pour capter des programmes de soutiens gouvernementaux qui n’arrivent que partiellement, le courage de ceux qui se retroussent les manches avec l’association "Forward Janesville" pour revivifier le tissu économique, les queues devant la banque alimentaire, les moyens de la solidarité qui se délitent et les stratagèmes des uns et des autres pour la maintenir. Car au pire de la crise, une foule d’associations se créent sur la seule volonté de quelques-uns. Son récit respire exclusivement à travers les citoyens de cette ville.

Des destins brisés

Il y a Bob, le responsable du Job center qui dès l’annonce du projet de fermeture comprend la vague qui vient et tente de convaincre les ex GMeurs "qu’ils ne sont pas responsables de leur licenciement". Il y Matt et Chris qui partent finalement travailler dans l’usine de GM de Fort Wayne dans l’Indiana, quittant leur famille chaque lundi, roulant 10 heures chaque week-end pour les retrouver. Il y a ceux qui ne supportant pas la séparation se résolvent à gagner 12 $ de l’heure quand ils percevaient 28 $ chez GM et voient leur niveau de vie s’écrouler, leurs enfants adolescents cumuler des petits boulots pour aider la famille. Il y a Barb qui a quitté l’école à 16 ans et qui, licencié de Lear, reprend une formation à l’institut technique local pour devenir agent de l'administration pénale, obtient son diplôme, puis entre en dépression face à la réalité du boulot de maton, démissionne puis se relance. Il y a Mike, le syndicaliste, issu d’une longue lignée de représentants des salariés, qui entreprend une formation en ressources humaines et tremble d’annoncer à son père qu’il va passer de l’autre côté, celui des employeurs.   

L'espoir quand même

 

Entre 2010 et 2013, 2 000 emplois ont été créés à Janesville, cela ne compense pas les emplois disparus, ni en quantité, ni en qualité. Ce n’est pas la pire des situations du pays, en 2015, le taux de chômage à Janesville est revenu à 4 % mais les salaires ont chuté. Et entre-temps un continent a disparu, celui d’une classe moyenne américaine qui vivait confortablement et avec de l’espoir pour leur famille.  La ville, examinée à hauteur d’hommes, échappe aux schémas préconçus. Si le Wisconsin est passé dans le camp républicain en 2016, la ville de Janesville a conservé son identité démocrate avec 52 % des électeurs du Comté qui ont soutenu Hillary Clinton. 

 "Janesville n’a eu comme seul recours que de s’appuyer, dans une mesure considérable que sur ces propres ressources. Heureusement ces ressources recèlent d’avantage de générosité, d’inventivité et moins d’amertume que dans de nombreuses communautés économiquement blessées. Certains sont affligés. Certains s’en sortent" écrit Amy Goldstein en revenant de son long voyage de 7 ans.

 

"Janesville, une histoire américaine" d'Amy Goldstein, éditions Christian Bourgeois.

 
 

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