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[Muses industrielles] Frédéric Beigbeder en quête d'immortalité, une bonne nouvelle pour ses lecteurs ?

Christophe Bys

Publié le

La cinquantaine passée, Frédéric Beigbeder découvre que les avancées de la science promettent la vie éternelle pour bientôt. Ce serait trop bête de ne pas en profiter se dit le romancier. Tel est le point de départ d'une enquête menée auprès des scientifiques et des médecins sur le thème de la fin de la mort. Le tout entrelardé de réflexions sur le temps qui passe d'un auteur pas toujours très inspiré.

[Muses industrielles] Frédéric Beigbeder en quête d'immortalité, une bonne nouvelle pour ses lecteurs ?
C'est bien connu : seul l'amour est éternel. Et les clichés !
© Pixabay

Parce que sa fille aux cheveux de paille lui a dit un jour qu'elle ne voulait pas qu'il meure, Frédréic Beigbeder (ou un narrateur qui ressemble à Frédéric Beigbeder) décide de partir en quête d'immortalité, parce que mourir lui semble moins séduisant qu'une soirée au Club Saint-Germain. A partir de ce point départ ténu (mais qui en vaut bien d'autres), l'enfant rebelle (un peu mais pas trop) de Saint-Germain-des-Prés décide d'enquêter, inventant ce faisant (c'est lui qui le dit) un genre littéraire : le roman de science-non fiction. La formule est aussi jolie qu'un peu creuse, même si elle possède l'indéniable attrait de surfer sur la mode du récit de non-fiction tel que le pratiquent les ambitieuses éditions du sous-sol. 

Mauvais jeu de mot

Disons le d'emblée : on n'a pas commencé ce livre dans les meilleurs dispositions. On avait lu dans un news magazine cinq pages d'un dialogue avec Régis Jauffret  pas vraiment passionnantes. "La mort, c'est pas bien", "la littérature c'est important" et "les transhumanistes sont des nazis" (pour ceux qui ne suivraient pas, ils sont très très méchants), telle était la sainte trinité de ce dialogue très rive gauche. Soit. Disons que rien ne s'est arrangé quand page 27 d'Une vie sans fin on est tombé sur cette ânerie monumentale :

"Après tout, Genève contient le mot gêne dans son nom : bienvenue dans le pays qui a toujours voulu contrôler l'humanité". Après tout, Frédéric contient le mot fric dans son nom : bienvenue dans le livre d'un auteur opportuniste qui cherche à payer ses impôts à coups de formules creuses. A chacun selon ses moyens pour rester propre et continuer à trouver de quoi rendre la vie supportable. 

Mais il faut aller au-delà des agacements que peuvent provoquer les formules pataudes du chroniqueur de France Inter, Lui ou du Figaro Magazine, même si c'est difficile parce que le livre en est empli. Mais pas seulement, on y trouve aussi des clichés. Arrivé en Israël où il va consulter une somité es cellules souches (pourtant il n'y pas le mot cellule dans Jérusalem), il note "Israël, c'est le Marais en plus grand, avec un ciel plus large" ou encore, plus audacieusement "tous les Juifs ressemblaient à Jésus en short".  On vous épargne le "Même la lumière est métaphysique" d'une audace folle. Rien sur les fallafels. Dommage parce qu'au moins à Genève, Frédéric et sa famille mangent une fondue. Au passage, Frédéric Beigbeder, ancien élève de Sciences Po doit se rendre à Jérusalem pour faire une découverte fondamentale : "une chose m'a surprise : la mosquée Al-Asqa repose partiellement sur le mur des lamentations. A Jérusalem, l'Islam est porté par le judaïsme". 

La complainte du quinqua encore jeune mais non

Pourtant, Frédéric Beigbeder possède sans aucun doute un talent pour capter quelque chose de l'air du temps, qu'on pourrait appeler la crise de milieu de vie de l'occidental quinquagénaire, paniqué à l'idée de voir la vieillesse se rapprocher, alors qu'il se sent encore très jeune. Sûrement plus jeune qu'on ne s'est jamais senti à 50 ans. Pour oublier l'horloge qui tourne, Frédéric trouve une jeune épouse, lui fait un enfant aux cheveux couleur de paille et qui sent bon l'abricot (ou la pêche, on ne sait plus et on n'a pas envie de vérifier) et se révèle un papa gâteau attendrissant.

Le récit alterne les visites de Frédéric Beigbeider à des sommités de la Recherche (indispensable docteur Saldmann) qu'il interroge sur les possibilités de vie éternelle grâce aux avancées de la science. Ces moments d'enquête sont entrecoupées de scènes de la vie familiale de l'auteur, de ces réflexions sur le temps qui passe ou encore de listes qu'il fait sur les bonnes raisons de vivre et de mourir ou encore des personnalités mortes trop jeunes ou de celles disparues trop vieilles, dans lesquelles, avec une classe folle, il place Jeanne Moreau, David Bowie ou Yves Saint-Laurent... ou Gérard Depardieu !

Goût du paradoxe et égotisme

Même s'il ne rate jamais une mauvaise blague qui se présente, s'il accumule les poncifs, la lecture d'Une vie sans fin n'est pas fondamentalement désagréable. Le livre est à l'image du personnage de son auteur : plutôt malin, avec un sens de l'observation et du paradoxe qui fait parfois mouche, et surtout terriblement égocentrique dans cette variété subtile d'égocentrisme qui pour mieux se 

dissimuler fuit l'auto-complaisance. 

Au fond lire ce roman de Beigbeder c'est un peu comme bruncher avec un vieux pote sympathique un dimanche pluvieux où on ne sait pas trop quoi faire. On passe un bon moment, on s'ennuie un peu quand la conversation fait du surplace et on est malgré tout soulagé une fois la porte refermée : on va enfin pouvoir passer ce qui reste de son dimanche à faire des choses intéressantes (regarder Laurent Delahousse par exemple).

De là à avoir appris quelque chose sur la science et les possibilités de vie éternelle. Oui, oui on en a parlé mais de façon tellement superficielle qu'on a déjà tout oublié. Alors l'heure est venue de lire un livre qui fera peut-être moins son intéressant, mais qui le sera bien davantage. 

 

Une vie sans fin Frédéric Beigbeder éditions Grasset 

22 euros (le livre est cartonné et recouvert d'une jacquette comme autrefois, ça a un prix)

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