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[Muses industrielles] "Etat de nature" de Jean-Baptiste de Froment ou le roman du pouvoir

Christophe Bys

Publié le

Dans une France imaginaire mais pas trop, le désordre survient quand une préfette devient trop populaire dans le département populaire de la Douvre. Ceux qui, croyant bien faire, ordonneront son déplacement ne feront qu'accélérer leur chute. Une fiction politique à l'humour subtil et au sous-texte ravageur sur la réalité du pouvoir en 2019.

[Muses industrielles] Etat de nature de Jean-Baptiste de Froment ou le roman du pouvoir
Normalien et agrégé de philosophie, Jean-Baptiste de Froment est passé par l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy.
© Amaury Da Cunha pour aux forges de vulcain

La France, ce pays qu'on dit politique, compte finalement peu de romans qui font de cette activité le coeur du récit. On en est d'autant plus reconnaissant à Jean-Baptiste de Froment d'avoir pour son premier roman choisi de s'intéresser à ce domaine qu'il connaît bien. Normalien et agrégé de philosophie, il a conseillé Nicolas Sarkozy et siège aujourd'hui au Conseil de Paris. Si cette expérience a vraisemblablement nourri "Etat de nature", il ne s'agit pas vraiment de souvenirs déguisés ou de roman à clés à proprement parlé. 

Calife à la place de la calife

Dans une France qui n'est pas vraiment la notre mais qui n'en est pas vraiment éloignée, règne une Présidente lasse et semi grabataire, dont tout le monde guette la fin prochaine. Le pays est dirigé par Claude, une sorte de super intendant, le Commandeur, chef tout puissant de l'administration, dont les vrais dirigeants sont passés par La Sapience, une école qui tatoue ses anciens élèves.

Tout va pour le mieux dans ce pays tranquille, où le numéro 2 rêve de la place de la numéro 1 et pousse ses pions... Sauf qu'un département éloigné, la Douvre est bientôt la proie d'une agitation inattendue après que la trop populaire Préfette a été éloignée. Illustrant à merveille la formule résumant la théorie du chaos, selon laquelle un battement d'ailes de papillons au Japon provoque une tornade en Floride, le déplacement de la flamboyante et rousse représentante de l'Etat va perturber les plans des uns et des autres.

Le roman brille par l'originalité de son ton, quelque part entre les fables ironiques de Voltaire et l'équivalent littéraire de la ligne claire d'Hergé. Les chapitres sont courts, le rythme enlevé. Dans une époque où trop de romans semblent trop longs, Jean-Baptiste de Froment coupe toujours avant d'ennuyer le lecteur. On ne peut que le remercier. Son récit compte ce qu'il faut de morceaux de bravoures : qui le lira se souviendra d'une réunion politique dans une sorte de sauna, quand d'autres se remémoreront une scène d'amour torride dans une grange de la Douvre... 

 

Les secrets du pouvoir

Ici ou là, on croit reconnaître dans les personnages du roman des personnalités plus ou moins en vue du monde politique. Comme  cet écologiste passé dans une semi-clandestinité et qui veut faire la révolution via une convergence entre les technologies issues d'Internet et l'agriculture bio. 

On s'amuse mais on réfléchit aussi à ce que devient le pouvoir. Personnage veule, opportuniste dans la version chantée par Jacques Dutronc ("je retourne ma veste, toujours du bon côté"), le conseiller en communication est paradoxalement le grand gagnant de ce récit qui s'interroge sur la véritable nature du pouvoir. Le livre est parsemé de réflexion sur la nature de ce dernier. Certaines auraient pu figurer dans les ouvrages classiques du genre, quelque part entre Machiavel et Montesquieu.

 

"Les imbéciles croient que le pouvoir se gagne à force de voler, d’arracher aux autres ce qui leur est dû. C’est au contraire en leur abandonnant le plus possible, surtout lorsqu’ils ne le méritent pas, et en se privant soi-même pour cela, y compris du nécessaire, presque jusqu’à crever de faim, que l’on gravit les échelons.
ou encore 
"L’essentiel, le voici : de toute éternité, il n’y a de pouvoir que s’il y a des gens pour obéir. Le pouvoir, ce n’est même que cela : le fait que les gens obéissent, fassent ce qu’on leur dit de faire. Retirez cette obéissance, cette soumission, et tout s’écroule comme un château de cartes. L’organisation du pays peut être aussi sophistiquée et complexe que l’on puisse imaginer, cela ne change rien : si, à un moment donné, ceux qui le font fonctionner ne le veulent plus, c’est fini."

 

"Etat de nature", Jean-Baptiste de Froment. Editions Aux forges de Vulcain 

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