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[Muses industrielles] Décodage réussi au théâtre pour la machine de Turing

Christophe Bys

Publié le

La vie d'Alan Turing était déjà un film. Elle fait désormais l'objet d'une pièce de théâtre, Dans La machine de Turing, à l'affiche à Paris. Celui qui fut un héros de la seconde guerre mondiale finit par se suicider après avoir été condamné pour homosexualité. Il fût gracié par la reine Elisabeth II 60 ans après sa mort.

[Muses industrielles] Décodage réussi au théâtre pour la machine de Turing
Deux acteurs au sommet pour retracer la vie d'Alan Turing
© Fabienne Rappeneau

La vie d’un mathématicien peut-elle faire une bonne pièce de théâtre ? Avec Alan Turing, tous les éléments sont réunis, tant sa vie est hors norme. Décodeur de la machine de cryptage Enigma utilisé par les nazis, il est condamné après-guerre pour homosexualité. Choisissant la castration chimique plutôt que la prison, il finira par se suicider avec une pomme empoisonnée (il était fan de Blanche-Neige) alors qu’il ne peut plus accéder à son laboratoire.

Autant dire que tout était réuni pour une tragédie. Et pourtant, on rit pendant la pièce écrite par Benoit Solès, actuellement à l’affiche du théâtre Michel à Paris. Et c’est un de ses mérites : rendre toute son humanité à cet homme. Curieux, insatiable de percer les secrets de la nature, Turing apparaît aussi comme un homme drôle, parfois malgré lui, capable de saisir un problème mathématique en moins de temps qu’il n’en faut, mais passant à côté de certains usages.

Collisions temporelles

L’écriture de la pièce ne suit pas l’ordre chronologique, mais décrypte peu à peu la vie de ce génie, dont on dit qu’il est à l’origine de l’invention de l’ordinateur. En déconstruisant la progression temporelle, l’auteur donne à voir de nouvelles correspondances dans la vie de celui dont on pensait tout savoir (à cet égard, France Culture lui a consacré près de 8 heures l’été dernier dans un documentaire au long court qu’on ne peut que recommander).

Entre le secret et la vérité, le scientifique n’a jamais hésité. Quand? dans sa privée, la prudence l’inviterait à ne pas porter plainte pour le vol de quelques broutilles (une vengeance de son amant), il n’hésite pas. Il n’a rien à cacher. Sa vie, son œuvre est de décoder, de trouver la vérité derrière les apparences. Pourquoi le ferait-il ? Pourquoi se cacher, quand, toute sa vie, consiste à trouver et révéler les lois de la Nature ?

Le théâtre étant le lieu de l’incarnation, il faut saluer la performance de Benoît Solès, qui ne s’est pas contenté d’écrire la pièce mais qui est Turing tous les soirs pendant une heure et demie. Le scientifique goûtait les joies du marathon et Solès a ce corps sec des grands sportifs. Parmi les belles idées de la mise en scène de Tristan Petitgirard, il y a la création de ces deux Turing : l’un bègue et l’autre non, le premier saisi dans sa vie quotidienne, le second qui est comme revenu de la mort pour commenter sa vie.

Aux côtés de Benoît Solès et incarnant les différents protagonistes (un commissaire de police, un condisciple d’Oxford, l’amant financièrement intéressé), Amaury de Crayencour excelle lui aussi, passant de l’un à l’autre avec une facilité bluffante. Il crée aussi d’étranges passerelles, interrogeant notamment sur la relation entre le scientifique et le policier… toujours cette recherche de la Vérité.

Un succès théâtral

Surtout, vous ne regarderez plus jamais de la même façon le tiret clignotant qui s’affiche sur votre écran d’ordinateur après avoir vu cette pièce. Présenté à Avignon, elle connaît depuis  un grand succès et entamera une tournée internationale. Sûrement parce qu’elle réussit à poser des questions sur les sciences en résonance avec nos angoisses quant à l’intelligence artificielle. Parce qu’elle réussit à les incarner avec un personnage touchant, humain parmi les humains et aussi parce qu’elle s’adresse aussi bien à des scientifiques confirmés qu’à des ignorants. En leur parlant à hauteur d’Homme. Que demander de plus ?

 

Benoît Solès porte de bout en bout le personnage de Turing (Photo F. Rappeneau)

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