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[Muses industrielles] "De l'autre côté des montagnes", l'ode à la vie malgré tout de Kevin Canty

Christophe Bys

Publié le

Dans la famille des grands romanciers américains, Kevin Canty occupe la place du méconnu, ou du "pas assez connu". C'est dommage, car il appartient à cette lignée d'auteurs minimalistes et humanistes. Son dernier roman "De l'autre côté des montagnes" relate le retour (possible ou non ) à la vie d'un groupe de personnages après une catastrophe dans une mine d'argent. L'écriture est aussi délicate que la réalite décrite est violente. Du très grand art.

[Muses industrielles] De l'autre côté des montagnes, l'ode à la vie malgré tout de Kevin Canty © Christophe Bys

A l’heure où le terme "résilience" est devenu tellement utilisé qu’on ne sait plus ce qu’il veut dire et que l’expression "faire son deuil" est devenue une formule toute faite quand on ne sait plus quoi dire, l’écrivain américain Kevin Canty en offre une version romanesque qui redonne à ces deux expressions toute leur noblesse et leur profonde subtilité.

Dans les années 1970 à Silverton, on ne peut pas vraiment dire que la vie soit euphorique. Dans cette petite ville, la mine d’argent constitue le principal centre d’attraction, avec ses bons salaires. Le travail est dur mais on peut mettre un peu de beurre dans les épinards, les enfants sont contents, on peut leur acheter ce qu’on appelait encore des baskets de marque. Les autres portent des copies. Sinon, pour s’amuser et se divertir, il y a le saloon, où les cuites sont la norme et les bagarres l’issue normale. Il y aussi une église où se réunit tout ce petit monde.

Pour décrire ce site qu’il connaît bien, Kevin Canty écrit "à l’arrivée en ville, le train est généralement vide. Dans l’autre sens, il emporte le minerai d’argent et les jolies filles." Canty appartient à cette famille d’écrivains sachant capter le détail qui a du sens et apte à le retranscrire en très peu de mots. On est loin d’une écriture flamboyante, accumulant le détail pour faire vrai. Au contraire, on épure toujours plus pour arriver à l’essence, se fixant sur un rayon de soleil qui illumine un meuble ou sur un mouvement inhabituel. On parle bas mais on dit tout.

Accident dans la mine d'argent

A Silverton donc, les jours s’écoulent, laissant chacun des personnages mis en avant par l’auteur (Ann, David, Lyle ou encore Jordan: on les appelle par leurs prénoms parce qu’on ignore leur patronyme mais aussi parce qu’ils deviennent des frères humains) entre leurs rêves et la réalité. L’un voudrait bien partir étudier dans la ville la plus proche, l’autre mariée à la sortie de l’adolescence voudrait bien encore désirer son mari… La vie comme elle va ou pas.

Quand survient un accident majeur à la mine (ce qui est vraiment arrivé), les victimes ne sont pas les ouvriers retrouvés morts au fond des puits. C’est toute la communauté (ce mot si important aux Etats-Unis) qui est touchée. Là encore, l’auteur ne partira pas dans de grandes descriptions épiques ou dans des condamnations argumentées, même s’il critique mezzo voce l’obsession du profit qui fait oublier la valeur de la vie des Hommes. "…Un groupe d’hommes sort de l’entrée du puits. Ils ressemblent à des photos de guerre, hébétés, le visage noirci. Ils ont vu des choses qu’ils n’auraient pas dû voir. Ils les voient encore ". Et ce sera tout… c’est dire la maîtrise de l’écrivain.

Quand la vie reprend...

C’est à la vie qui reprend qu’il s’attache alors, travaillant comme un sismographe guettant la vie qui repart, comme ses fleurs qui percent la neige à mesure que le printemps approche. Rien de spectaculaire on l’aura compris, mais une profonde empathie pour des personnages qui ne sont jamais réduits à des archétypes, à la fois victimes et emplis de contradictions, entre la perte et le rachat. Aussi mince soit-il, l’espoir demeure : "C’est peut-être ce dont elle a besoin : retrouver le lieu de l’émerveillement, quand tout n’était pas encore écrit, quand elle ignorait de quoi le monde était fait et voyait celui-ci comme une succession de surprises et de miracles."

Arrivé à la dernière ligne de ce subtil roman, le chagrin peut peut-être s’estomper et une renaissance survenir.

On se souvient aussi de la scène d’ouverture, quand un chat joue avec un lapin qu’il a attrapé. "Pour le chat c’est un jeu, pour le lapin il s’agit de sauver sa  peau. L’un a le pouvoir, il peut s’arrêter quand il veut, l’autre doit jouer jusqu’à sa mort." Remplacez chat par « temps » et lapin par homme ou femme.

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Kevin Canty De l’autre côté des montagnes Albin Michel collection Terres d’Amérique

22 euros

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