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[Muse industrielle] "A malin malin et demi" de Richard Russo ou quand l'Amérique déraille joyeusement

Christophe Bys

Publié le

Prenant prétexte de décrire deux jours extraordinaires d'une ville ordinaire des Etats-Unis, Richard Russo signe un roman des plus réjouissants. Drôle et mélancolique, il témoigne d'une connaissance sensible de l'âme américaine.

[Muse industrielle] A malin malin et demi de Richard Russo ou quand l'Amérique déraille joyeusement © Loving earth - Flickr - C.C.

Oh la bonne nouvelle, un week-end pluvieux pour les veinards qui vont se plonger dans "A malin, malin et demi" de Richard Russo et qui en ressortiront dimanche soir, enchantés et rassérénés pour la semaine qui commencera alors. Auteur américain, primé par le prix Pulitzer en 2002, Russo appartient à ce qu’on pourrait appeler la littérature humaniste comme on parle de photographies humanistes. Entendez par là qu’il est à la hauteur de ses personnages qui sont de braves femmes et de braves types, qui se débrouillent comme ils peuvent dans le monde moderne.

L'usine et ses lofts

Bienvenue à Bath, une ville du Nord de l’Etat de New York, pas vraiment gâtée. Ni par la géographie, ni par l’histoire. Là où elle semble survivre difficilement, sa voisine cumule tous les atouts. L'ouverture du roman qui est une description géographique du cimetière est un morceau de bravoure. En quelques pages, le décor est planté, tout est dit de l'âme de la ville et du lieu où reposent ses morts, un site important pour le reste du récit.

Pour conjurer ce sort, le récent maire de la ville a l'idée de convertir une vieille usine désaffectée pour en faire des lofts luxueux pour attirer hipsters et bobos. Sauf que l’entrepreneur n’est pas le plus honnête qui soit et le mur de la façade s’effondre sur la rue. 

Ce sont donc deux journées extraordinaires de la vie de cette ville bien ordinaire qui sont racontées dans ce gros roman de 600 pages qui se dévore sans faim. Python en fuite, chaleur étouffante, enterrement du juge, célébration de l’institutrice décédée, poursuite d’un malfrat… les catastrophes se succèdent. Mais si la mécanique du roman est impeccable, ce qui intéresse Russo est ailleurs, dans l’évolution des personnages qui doivent faire face avec les moyens dont ils disposent.

Un policier dépressif et des citoyens azimutés

A commencer par Douglas Raymer, le chef de la police, qui rêve de démissionner, obsédé par la mort de son ex-femme et sur le point de retomber amoureux. Il n’a rien d’un flic eastwoodien pour la force ou pour la capacité de déduction d’un Columbo. Il est plutôt du genre balourd, obsédé par cette télécommande qui devrait ouvrir la porte de garage de l’amant de son épouse. Autour de lui gravitent plusieurs personnages tout aussi hésitants, entre leur envie d’être heureux et la difficulté à affronter un quotidien pas toujours rose dans ces Etats-Unis ravagés par la crise et au fin de mois difficile. A commencer par Sully obsédé par le diagnostic porté par un médecin militaire qui lui laisse peu de temps à vivre, un fossoyeur bègue...

Avec "A malin malin et demi", Russo réussit un cocktail pour le moins original mêlant humour et mélancolie sans que ni l’un ni l’autre ne prenne le dessus. C’est du grand art, quelque part entre les frères Coen ou un Capra. "Tandis que les orages se déchainaient provoquant des baisses de lumière et projetant des rafales de pluie contre les murs, Sully songea (ce n’était pas la première fois ) qu’il n’existait, par mauvais temps, de meilleur endroit qu’un tabouret de bar. Par n’importe quel temps d’ailleurs". Un tabouret de bar ou un bon fauteuil avec un livre de Richard Russo à la main.

A malin, malin et demi Richard Russo, traduit de l'anglait par Jean Esch , Edition Quai Voltaire 24 euros.

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