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L'Usine de l'Energie

Mounir Ghogho : "Le Maroc pourrait devenir le laboratoire des Smart Cities de demain"

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Publié le

Le professeur Mounir Ghogho de l'Université internationale de Rabat, a été récompensé par l’IBM Faculty Award pour un projet autour de  la ville du futur.

Mounir Ghogho : Le Maroc pourrait devenir le laboratoire des Smart Cities de demain © Ibm

Une première en Afrique francophone. IBM a annoncé le 4 septembre dernier avoir décerné un IBM Faculty Award au professeur marocain Mounir Ghogho, directeur du Laboratoire des technologies de l’information et de la communication (TIC) à l'Université internationale de Rabat. L'Usine Nouvelle lui a demandé de nous expliquer son concept.

L'Usine Nouvelle : Vous venez d’être lauréat du prix IBM Faculty pour vos recherches sur les Smart Cities, quelle est la problématique de la ville aujourd'hui ?
 
Mounir Ghogho : Les villes d’aujourd’hui font face à la double crise économique et environnementale. Alors qu’elles occupent à peine 2 % de la surface du globe, elles abritent 50 % de la population mondiale. En consommant 75 % de l’énergie produite, elles sont responsables de 80 % des émissions de CO². C’est pourquoi elles doivent être plus économes en énergie, dans leur système de transport et leur urbanisation. Mes travaux consistent à développer des solutions utilisant les dernières technologies de l’information et de la communication pour rendre les villes plus "intelligentes".

En quoi consiste votre projet spécifique ?

Il vise à développer un simulateur de trafic en temps réel pour la ville de Casablanca reproductible dans d’autres villes du Royaume. Le simulateur permet de prédire l’état du réseau de transport en se basant sur les informations communiquées en temps réel à travers des interfaces web. En 2011, l’ensemble urbain Casablanca-Rabat-Salé, réunissait le tiers de la population marocaine. À l’horizon 2030, la moitié de la population urbaine habitera une agglomération de plus d'un million d’habitants. En 2012, Rabat a été choisie parmi 140 villes dans le monde comme l’une des villes lauréates du ‘IBM Smarter Cities Challenge’, mettant la technologie d’IBM au service des villes. Un plan d’amélioration du transport public urbain a été présenté à cette occasion.

Justement où en est-on aujourd'hui au Maroc ?

Il reste un long chemin à parcourir pour que les villes marocaines deviennent intelligentes. Il faudrait arrêter une vision claire à long terme, mettre en place une meilleure coordination entre les différentes institutions, un observatoire des déplacements, créer un outil performant d’aide à la décision, assurer la régulation, la planification, l’arbitrage et le contrôle des politiques des transports… etc.

Quels sont les acteurs économiques concernés prioritairement par ces projets ?

L’État à travers les décideurs politiques et les administrateurs de la ville. Les architectes et les urbanistes ont aussi un rôle très important à jouer. L’utilisation des TIC permet l’obtention d’informations clés sur le fonctionnement des installations de production d’électricité renouvelable, celui des réseaux de distribution public, de la surveillance du trafic routier, la mesure des niveaux de pollution, un éclairage public intelligent, une vidéosurveillance ou encore une gestion intelligente des déchets. Les acteurs du secteur privé impliqués dans de tels projets sont les industriels des secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, les acteurs des réseaux télécoms et infrastructures, les constructeurs intervenant sur l’équipement matériel des villes "intelligentes", les intégrateurs et SSII, les éditeurs, les fournisseurs de progiciels et les sociétés de conseil. Enfin, les citoyens ont également une place centrale dans la ville de demain. Ils seront davantage considérés comme des partenaires avec cette place nouvelle accordée grâce à la démocratisation des moyens d’information permettant plus de participation.

Pensez-vous que le Maroc a les moyens d’une telle politique ?

La recherche dans ce domaine permet le développement de solutions peu coûteuses. Elles encourageront les pouvoirs publics à promouvoir de telles politiques. Le continent africain et en particulier le Maroc pourraient devenir le laboratoire des Smart Cities de demain ! Ainsi, avec seulement 13% de déplacements effectués en transport en commun, les autorités ont intérêt à tout mettre en œuvre afin d’atteindre leur objectif de 21% en 2019.

Quels sont les avantages des Smart Cities ?

Les systèmes de transport intelligents sont mon domaine de prédilection et je vise à les développer au Maroc. Ils peuvent apporter des progrès à la problématique de mobilité en intervenant dans les schémas de transport, la répartition des activités, les transports de masse à haute vitesse,  le transport ferroviaire régional, les métros et tramways ainsi que les ponts et tunnels constituent l'armature nécessaire des métropoles. Les systèmes d'aide à l'information des usagers des transports en commun joueront un rôle important pour convaincre les personnes disposant d'une voiture de ne pas l'utiliser en permanence vu le service rendu à l'usager.

Le projet de la ville nouvelle de Zenata entre Casablanca et Rabat rentre-t-il dans le cadre de ce que vous appelez ville "intelligente" ?

Le développement de la ville nouvelle de Zenata, nouveau pôle urbain destiné à accueillir près de 300 000 habitants à l'horizon de 2030, s'inscrit dans la  politique urbaine volontariste du Royaume. La mise en place d’un système de transport durable et efficace est une question essentielle pour réussir l’aménagement de ce territoire. L’ambition du Maroc et de l’aménageur de cette nouvelle ville est d’en faire la première ‘Eco-Cité’ du pays. Ainsi, Zenata sera construite selon une démarche globale et multisectorielle (bâtiment, énergie, transport) de développement durable. Cette démarche vise à garantir au sein de l’espace créé une mixité sociale et une maîtrise de l’empreinte carbone en favorisant la mixité fonctionnelle, les transports doux, les normes de construction strictes en matière d’efficacité énergétique, le recyclage, l’insertion de production d’énergie renouvelable, etc.


Existe-t-il de par le monde, une ville suffisamment "intelligente" à votre goût ?

Aujourd’hui, vivre dans le quartier de BedZED à Hackbridge au Royaume-Uni, à Boulder dans le Colorado aux États-Unis, dans le Songdo International Business District d’Incheon en Corée du Sud ou à Masdar aux Émirats arabes unis, donne déjà un aperçu de ce que sera la ville "intelligente" de demain. Ces villes expérimentent la mutualisation des infrastructures de communication et de partage de l’information, la gestion locale intelligente des sources d’approvisionnement et de consommation, la promotion de la mixité sociale et la réduction de l’empreinte carbone.

 

Propos recueillis par Nasser Djama

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