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Morpho, un français infiltré au FBI

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À l’origine, il s’agissait d’une start-up ayant développé un algorithme de reconnaissance des empreintes digitales ultra-performant. Depuis son rachat par Safran, ses ambitions sont mondiales.

Morpho, un français infiltré au FBI © La division Morpho, spécialiste de la sécurité, représente désormais 10 % du chiffre d’affaires de Safran.

Quel industriel fournit le système automatisé de reconnaissance d’empreintes digitales du FBI ? Qui équipe plus de 250 aéroports avec des technologies de détection d’explosifs présents dans les bagages ? Qui est le fournisseur principal du système biométrique chargé de recenser 1,2 milliard d’Indiens afin de leur donner accès à des prestations sociales ? Réponse : Safran ! Le groupe, né en 2005 de la fusion du motoriste Snecma et de l’électronicien Sagem, s’est imposé en quelques années sur le marché de la sécurité. "En cas de ralentissement du marché aéronautique, il est intéressant de pouvoir s’appuyer sur d’autres activités positionnées sur des marchés en croissance", justifie le PDG de Safran, Jean-Paul Herteman.

La sécurité high-tech

  • Effectif 8 400 salariés
  • Chiffre d’affaires 1,5 milliard d’euros
  • Innovation 9%  du chiffre d’affaires investis dans la R & D
  • Trois expertises biométrie, détection d’explosifs, identité numérique
Cette diversification du premier vendeur de moteurs d’avions au monde a été rendue possible grâce à une pépite nommée Morpho. Cette division, pas plus grosse qu’une start-up lors de la fusion en 2005, représente aujourd’hui 10% du chiffre d’affaires du groupe (1,5 milliard d’euros) et de son effectif (8 400 salariés). Un choix stratégique que Jean-Paul Herteman avait en tête au moment du regroupement. À l’époque, il se dépêche de vendre ou de fermer les activités grand public de Sagem, notamment les téléphones portables et les modems ADSL. En revanche, il privilégie les activités de sécurité de haute technologie portées par Sagem Sécurité créée en 2007. Dans cette entité se trouve une pépite technologique nommée Morpho Système. Cette société est née, aux débuts des années 1980, de la vision d’un ingénieur français, Bernard Didier, bien décidé à révolutionner les technologies de reconnaissance d’empreintes digitales. Son expertise, acquise à l’École des mines, repose sur sa capacité à concevoir des algorithmes dédiés à cette problématique. Tout s’enchaîne alors. Après avoir créé Morpho Systèmes en 1982 avec trois collègues et le soutien de la Caisse des dépôts, il décroche son premier contrat auprès du ministère de l’Intérieur et ouvre une filiale aux États-Unis… Morpho est lancé, jusqu’à son rachat par Sagem en 1993. Il compte alors quelque 400 salariés.

230 000 requêtes par jour

Vingt ans plus tard, ils sont vingt fois plus nombreux. Avec les moyens de Safran, Morpho a acquis une stature internationale, se développant fortement sur le marché américain. En 2009, il rachète à Motorola sa filiale Pintrak, spécialisée dans la biométrie, pour donner naissance à MorphoTrak. La même année, il fait l’acquisition de la division sécurité intérieure de General Electric, rebaptisée Morpho Detection. Deux ans plus tard, il rachète L-1 Identity Solutions, renommée MorphoTrust outre-Atlantique. Cette division produit chaque année 70 millions de permis de conduire, qui font office de carte d’identité aux États-Unis.

Le cœur technologique de la société bat toujours en France. L’entreprise consacre 30% de son effectif et 9% de son chiffre d’affaires à la R & D. Au total, 600 ingénieurs travaillent sur les sites d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et d’Osny (Val-d’Oise). "L’intelligence biométrique de nos produits est développée en France, explique Thomas Chenevier, le directeur des produits et de l’innovation. Nous nous appuyons sur nos centres d’expertise à l’étranger comme, aux États-Unis, pour personnaliser nos solutions pour nos grands clients .»

En optimisant ses algorithmes, Morpho a remporté en 2009 l’appel d’offres du FBI pour son système de reconnaissance d’empreintes digitales. Plus de 230 000 recherches quotidiennes sont réalisées dans cette base de données qui contient 70 millions d’empreintes ! En moins de trois minutes, le système répond si les empreintes d’un inconnu correspondent à celles d’un individu fiché. La fiabilité du système a même produit des résultats… inespérés. "Sur les six derniers mois, cette technologie a permis d’identifier plus de 5 700 coupables dans des affaires jusqu’ici non élucidées depuis des années", se félicite Clark Nelson, le directeur des ventes et du marketing de MorphoTrak. Les technologies de détection sont développées aux États-Unis.

À Newark, près de San Francisco, les ingénieurs de Morpho Detection conçoivent pour les aéroports des postes de filtrage capables de scanner en 3 D les bagages des passagers grâce à des scanners tomographiques à grande vitesse. Ils mettent aussi au point des technologies de détection des substances interdites (explosifs, drogues, produits radioactifs…) même à des niveaux infinitésimaux. "Avec ces technologies, les aéroports peuvent espérer réduire par deux le temps nécessaire aux passagers pour traverser les filtres de sécurité", explique Philippe Petitcolin, le PDG de Morpho.

Malgré ces succès, le chiffre d’affaires de Morpho a baissé en 2013 de 2,8%. Les raisons de cette contre-performance sont multiples : pression sur les budgets de sécurité des gouvernements liée à la crise, concurrence sévère sur le marché des documents d’identité numérisés, décalage des investissements attendus en matière de sécurité, notamment de la part des grands aéroports… Le groupe vise pourtant dans la sécurité une croissance deux fois supérieure à celle de l’aéronautique. Safran s’est trouvé un nouveau moteur.

Le grand public en ligne de mire

La prochaine vague biométrique sera celle du grand public. La concurrence se positionne déjà : le système de paiement en ligne PayPal et Samsung proposent, par exemple, aux utilisateurs du nouveau smartphone Galaxy S5 de payer leurs achats en ligne en s’identifiant grâce à leurs empreintes digitales plutôt que par mot de passe. Morpho est persuadé qu’il a une carte à jouer sur ce marché prometteur. La société a rejoint la Fast identity online (Fido), un consortium qui édicte des normes de simplification et de renforcement de l’authentification lors des transactions en ligne. Elle tente même une première incursion en direction du grand public, avec le lancement fin février de sa Morpho tablet. Cette tablette sécurisée fonctionne sous Android et garantit la sécurité des opérations mobiles grâce à un lecteur d’empreintes digitales et à une caméra haute résolution pour la capture et la vérification des données biométriques. La partie n’est pas gagnée. Car les clients de Safran et de Morpho sont les États, les compagnies aériennes, les aéroports, les forces de l’ordre… plutôt que le quidam. 

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