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Montebourg, le discours de la méthode

Cécile Maillard , ,

Publié le

Lors de sa première visite de terrain, vendredi 25 mai, Arnaud Montebourg esquisse une méthode : combativité, cas par cas, et... sens de la communication. Durera-t-elle ? Car jusqu’au 17 juin, l’équipe gouvernementale est encore en campagne.  

Montebourg, le discours de la méthode © Jackolan1 - wikimedia commons - c.c.

 Les conseillers du ministre du Redressement productif lui ont déjà trouvé un surnom : la "war room". Une pièce de Bercy où est affichée une carte de France des sites industriels menacés de fermeture, de plan social, de cessation de paiement. Trois membres du cabinet y travaillent en permanence, bientôt rejoints par d'autres, notamment un spécialiste de fiscalité – le ministre a droit à 15 conseillers, seuls 9 ont été nommés.

Objectif : gérer l'urgence. Identifier les priorités, parmi les dizaines de dossiers qui remontent à cette cellule "Restructurations", par les préfets, les syndicats, les collectivités locales, le réseau. "Le nombre de dossiers est sérieux, le volume est une surprise", note un conseiller. Selon lui, le CIRI, comité interministériel chargé d'aider les entreprises de plus de 400 salariés en difficulté, "est à son pic d'activité".

Parmi les urgences, l'usine Fralib, à Gémenos, que souhaite fermer Unilever. Ses salariés occupent les locaux, et doivent être expulsés le 1er juin sur décision de justice. C'est ce lieu emblématique de la campagne présidentielle qu'Arnaud Montebourg a choisi pour sa première sortie de ministre, vendredi 25 mai. Il y était déjà venu pendant la campagne des primaires socialistes, et les salariés l'attendent de pied ferme, histoire de lui rappeler ses promesses.

Dans le TGV qui l'emmène de bon matin vers Marseille – la consigne est d'utiliser le moins possible l'avion, Arnaud Montebourg, satisfait du vaste périmètre de son ministère, file la métaphore guerrière pour évoquer sa mission. Parle d'un "travail d'unification de la Nation autour de la reconquête des outils de production", dit se placer "dans une démarche patriotique", en appelle aux "dirigeants français qui ont l'amour de leur pays"... Il souhaite "faire un travail de réarmement de la puissance publique face à l'économie, pour qu'elle soit de moins en moins démunie face aux pouvoirs financiers".

Une heure plus tard, au pied de l'imposant massif de la Sainte-Baume, la coquette mairie de Gémenos accueille dans une grande salle sous les toits la rencontre entre le ministre, une délégation de salariés, et une brochette d'élus locaux. Le ministre n'est pas venu les mains vides, la bonne nouvelle sera communiquée à tous une heure plus tard, à l'entrée du site – impossible pour un ministre de pénétrer dans une usine occupée par ses salariés : "La direction d'Unilever France accepte de revenir à la table des discussions et des négociations ", annonce Arnaud Montebourg, applaudi par des salariés qui ont sorti banderoles et tee-shirts militants.

Un médiateur est nommé, le directeur régional du travail, qui prendra contact avec Unilever dès mardi. Le site ne sera pas évacué par les forces de l'ordre, et la direction s'est engagée à ce que les machines ne quittent pas l'usine, le temps de la négociation. Rendez-vous est pris dans un mois. "La France est en état de mobilisation générale autour des sites et des emplois industriels", conclut le ministre, toujours aussi guerrier.

Défendre des projets pérennes

La victoire n'est pas énorme, mais les salariés sont soulagés. "On a une lueur d'espoir, note Jean-Marc, 44 ans, mécanicien de maintenance. Cela fait 605 jours aujourd'hui qu'on se bat, sans aucune nouvelle de l'Etat. On voit que ça a changé." "Rien n'est joué, tempère Gérard Cazorla, le secrétaire CGT du comité d'entreprise. On veut défendre notre projet de reprise. Les collectivités territoriales veulent bien s'engager. Si Unilever est prêt à la négociation, on avancera."

"Nous aurons à bâtir des solutions dossier par dossier", affirmait le matin, dans le train, le ministre. Le dossier suivant, toujours dans les Bouches-du-Rhône, est différent de celui de Fralib. Arnaud Montebourg rencontre l'intersyndicale de la raffinerie LyondellBasell à la mairie de Velaux, où habitent de nombreux salariés du site de l'étang de Berre. Son propriétaire souhaite la fermer, mais face à la mobilisation, a accepté que les salariés partent à la recherche de repreneurs.

Ceux-ci ont trois pistes, mais réclament l'appui des pouvoirs publics pour aller plus loin. L'enjeu semble diplomatique, voire géostratégique. A sa sortie du site pétrochimique, où il a rencontré la direction, Arnaud Montebourg annonce que son "conseiller spécial", Christophe Béjach, devient l'interlocuteur des salariés. C'est peu, mais les salariés y voient confirmation que l'Etat soutient leur démarche. Pas question, pour des questions stratégiques, de laisser tomber le raffinage sur le sol français, confirme l'entourage du ministre. Il faudra peut-être aider le futur repreneur à reconvertir la raffinerie pour qu'elle produise du gasoil ? L'investissement est estimé à 500 millions d'euros...

Toute la journée, le ministre du Redressement productif s'est montré prudent. "Nous avons avancé, mais rien résolu", avait-il dit aux salariés de Fralib. A ceux de LyondellBasell, il affirme : "nous ne sommes pas sûrs de réussir". Il leur rappelle une dure réalité : "Les experts de l'intersyndicale estiment le taux de réussite à 20%. Ce serait criminel de ne pas jouer ces 20%". Plusieurs fois lors de ses visites, il affirme que le gouvernement n'a pas vocation à venir en aide aux entreprises non rentables, qu'il faut utiliser l'argent public pour défendre des projets pérennes.

La politique n'est jamais loin, et Arnaud Montebourg profite de chaque exposition devant les caméras pour rappeler que son gouvernement a besoin d'une majorité à l'Assemblée nationale pour mener les batailles promises. En campagne, il ira soutenir ses amis socialistes des Bouches-du-Rhône avant de reprendre le TGV pour Paris.

En campagne, le ministre l'est aussi quand il s'occupe d'abord de l'urgence, espérant déminer quelques dossiers chauds avant les 10 et 17 juin. Après, pour ne pas être cantonné à un rôle de pompier, il passera aux réformes de fond. Dans quelques semaines, il présentera au premier ministre un "plan de reconquête industrielle". "Pour ne pas être que dans le défensif, mais aussi dans l'offensif", décrypte un conseiller. Un plan rendu public entre les deux tours des législatives, peut-être ?

Les généraux de la "war room"
- Fanny Letier, nommée directrice de cabinet adjointe, était jusqu'ici secrétaire générale du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI). Elle connaît tous les dossiers concernant les entreprises de 400 salariés que l'organisme traite, discrètement, avant que les catastrophes n'arrivent.
- Boris Vallaud, énarque, "sous-préfet talentueux" selon Arnaud Montebourg, était son directeur général des services au conseil général de Saône-et-Loire. Le mari de Najat Vallaud-Belkacem, ministre du Droit des femmes, a notamment suivi le dossier Fralib pendant la campagne.
- Christophe Béjach, "conseiller spécial", arrive du secteur financier, membre du directoire de la Compagnie financière Saint-Honoré (groupe Edmond de Rothschild). Co-fondateur du think tank Terra Nova, dont le président actuel, Olivier Ferrand, est candidat aux législatives dans la circonscription de LyondellBasell, cet ingénieur Ensimag a notamment suivi le dossier des raffineries pendant la campagne.
- Nadia Feraoun-Bouzigues, directrice de la stratégie chez St Gobain, ancienne rapporteure au CIRI (2009-10), diplômée des Mines et de Normale Sup'. Ses spécialités: les négociations bancaires, les restructurations financières et le droit des entreprises en difficulté.

 

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