"Mon pote ce robot", des salariés racontent l’impact du robot sur leur environnement

Le cluster en robotique Proxinnov doit présenter, mercredi 11 octobre au salon Sepem Industries à Angers, les résultats d’une enquête sociologique sur la robotique et la qualité de vie au travail. Les confidences des salariés interrogés, des surnoms donnés aux machines aux conséquences sur la dureté de leurs tâches, permettent de mieux saisir les ressorts d’une implantation réussie.

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Un robot n’est pas qu’une technologie, c’est aussi un perturbateur de l’environnement humain. Pour la première fois en France, une enquête sociologique révèle des retours d’expériences sur des implantations de robots en PME sous l’angle de leur impact sur la qualité de vie au travail des salariés. Initiée par Proxinnov, plate-forme d’innovation dédiée à la robotique de la région Pays-de-la-Loire, avec le concours de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), cette étude doit être présentée au salon Sepem Industries mercredi 11 octobre à Angers, après une restitution aux participants en juin.

Les surnoms parfois donnés par les salariés à la machine sont révélateurs de la relation qu’ils ont nouée avec elle et montrent une intégration vécue plus ou moins positivement. "On l’a baptisé car il participe complètement à la vie de l’entreprise. C’est moins rébarbatif que ‘robot’", raconte un responsable de planification interrogé. "Mon robot s’appelle Manu, parce que Manu c’est moi en fait", confie de son côté un conducteur de robot. Pour un autre, c’est "mon pote". Ailleurs, "speed connector".

Retrouver de l’échange avec les îlots robotisés

D’autres surnoms dénotent un rapport plus complexe à la machine. "Parfois le robot a le nom du salarié parti à la retraite qu’il remplace", rapporte la sociologue Emilie Coutant, du cabinet Tendances Sociales, qui fait partie des trois enquêteurs qui ont au total interrogé les salariés et dirigeants de six PME et quatre intégrateurs de différents secteurs. Et de citer également un robot appelé Wilson, en référence au film Seul au monde avec Tom Hanks, par un opérateur qui se sent seul face à lui.

A l’inverse, certains salariés estiment être "plus en contact des collègues", avoir "plus de dialogue depuis l’arrivée du robot". "Un aménagement en îlots robotisés permet parfois de retrouver de l’échange et de la convivialité par rapport au moment où le travail se faisait autour d’une ligne de production linéaire", souligne Emilie Coutant. Cette enquête, qui porte en majorité sur des projets de robotique industrielle et sur deux cas de robotique collaborative, montre d’ailleurs qu’il est préférable d’avoir plusieurs opérateurs formés à l’utilisation du robot afin qu’ils puissent tourner et échanger.

Des facteurs clé pour une implantation réussie

"C’est dans l’air du temps, l’ère du changement", "cela permet de lever des nouveaux marché et de créer de nouveaux emplois", "l’image de l’entreprise se modernise, ça nous donne l’impression d’évoluer" : les témoignages – tous anonymes – montrent que les représentations des salariés ne sont pas forcément négatives, loin de là. Même si les appréhensions ont parfois la vie dure. "On n’a pas envie d’être complètement automatisé : on n’a pas envie que des robots remplacent des humains et nous piquent notre boulot. Cette peur existe pour tous", confie ainsi un chargé d’affaires âgé de 27 ans.

Autre leçon : la question clé du timing de la communication du projet. "S’ils en avaient parlé avant, on aurait peut-être eu peur pour notre place. Mais il aurait fallu quand même en parler à un moment donné. Parce que là, du jour au lendemain, ils étaient là, les robots. On s’est adapté, mais bon…", témoigne ainsi un opérateur, conducteur de ligne robotisée.

Par effet de miroir, ces témoignages mettent en exergue les facteurs clé pour une implantation réussie : communication réfléchie en amont du projet, déconstruction du problème, explicitation des objectifs et enjeux du projet de robotique, intégration des salariés dans le processus, organisation de formations en amont et en aval de l’installation notamment. "La formation, c’est capital. C’est bien d’en avoir refait une quelques temps après. Et avec le recul, ce n’est encore pas suffisant, je serai re-demandeur de formation", confie ainsi un responsable d’équipe.

"Le sentiment de performance est perturbé"

Alors que la robotisation est souvent présentée comme un moyen de réduire la pénibilité au travail, les cas rapportés mentionnent bien une réduction des tâches physiquement difficiles mais une augmentation de la charge mentale. "Tu dois surveiller, contrôler en permanence et s’il y a un souci, t’es responsable, même si vous êtes deux, le robot et toi", confie une opératrice. "Faut le gaver, le nourrir de pièces et taper dessus pour que ça rentre parce qu’il est trop précis", témoigne encore un conducteur de ligne robotisée.

"Il y a souvent un côté stimulant et valorisant à avoir des outils nouveaux, mais chez certains opérateurs, cela peut créer une peur de ne pas être à la hauteur", souligne Emilie Coutant. Et d’insister sur un point : "Avec l’introduction d’un robot, on observe que le sentiment de performance, de satisfaction à avoir bien fait son travail est perturbé. Les entreprises doivent engager des discussions avec leurs salariés sur la considération de cette performance dès le lancement du projet."

Quels qu’aient été les témoignages et le degré de réussite de l’implantation, aucun des salariés interrogés n’a dit souhaiter revenir en arrière. Un signe encourageant.

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