Mon père, ce working class hero

Dans « Loin du monde », Sébastien Ayreault évoque avec justesse l'enfance d'un fils d'ouvrier dans la France des années 80. Loin du misérabilisme, il se concentre sur l'éducation plus sensuelle que sentimentale de son narrateur, David 10 ans.

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Mon père, ce working class hero

Pour son premier roman, Sébastien Ayreault raconte l'enfance d'un fils d'ouvrier dans les années 80, à Maulévrier, un village de la région de Cholet. Comme l'auteur, (tiens tiens) qui y est né en 1976. La ressemblance s'arrête là : le narrateur du roman se prénomme David, éloignant l'idée d'un roman autobiographique. Tout au plus semble-t-il inspiré de souvenirs intimes, le ton du récit étant plus à l'évocation qu'à fastidieuse reconstitution.

Vu par un enfant, la condition ouvrière d'alors dans l'ouest de la France n'évoque pas vraiment les mines et Zola. Il y a bien un grand-père qui a pour héros François Mitterrand, depuis que ce dernier a institué la cinquième semaine de congés payés. Résumant la carrière de cet aïeul, Sébastien Ayreault écrit : "A 8 ans, il ferrait les chevaux ; à 12 ans, il était cordonnier ; à 16, serrurier ; à 20 fraiseur ; et ainsi de suite jusqu'à roi du pneumatique, Michelin - chef d'équipe. Une situation enviable dans une époque où le salarié jouit d’un rapport de force favorable par rapport à son employeur. Comme le résume le grand-père : «De notre temps, si le patron t'emmerdait, tu lui foutais un coup de barre à mine dans la tronche et tu allais bosser chez le voisin.»" Et de passer à autre chose, les choses sont dites, mais rien n'est appuyé.

Les joies et les larmes de la découverte du monde

Une génération plus tard, les temps ont changé. La mère du narrateur travaille chez Var un imprimeur et le père est mécano chez Plastil, où il répare "des machines à fabriquer des lames plastique. C'était bizarre. Il partait tôt le matin, à vélo, et revenait sur les coups des 7 heures le soir et toujours à vélo. Qu'il fasse soleil, qu'il pleuve ou qu'il neige : à Maulévrier, y'avait quatre saisons, une zone industrielle et deux terrains de foot."

Le ton est donné. Fantaisiste, Sébastien Ayreault réussit en effet à trouver une voix enfantine juste. Sa description des différences sociales vue par un enfant est réjouissante. David réalisant que les gens plus riches ont de plus grosses maisons, des voitures de sport (quand sa famille possède une R12) et partent en vacances au bord de la Méditerranée plutôt qu'à l'océan proche, en conclut : « plus ta maison est neuve, plus ta voiture est plate" !

Surtout la grande affaire du narrateur ce n'est pas la condition ouvrière ou l'injustice du monde, mais avec une précocité vigoureuse ce que le chanteur Alain Souchon appelait "voir sous les jupes des filles" et, symétriquement, son rapport avec un Dieu qu'il s'est bricolé. Court récit d'initiation sensuelle d'un pré ado au début des années 80, "Loin du monde" évoque la joie et les larmes qui accompagnent la découverte du monde.

Le père ayant été recruté chez Scania, la famille qui s'agrandira d'une petite soeur doit rejoindre Angers, : "Je n'avais jamais vu autant de monde assis à la terrasse d'un café, même en plein été. Et des cafés il y en avait tous les cinq mètres ! {…} J'en faisais partie. Bel et bien. J'appartenais à cette ville. J'appartenais au monde. Le monde était là. Et il bouillonnait. Et le monde allait bientôt me connaître, sûr !" Pas si sûr vu la suite et la chute du roman.

« Loin du monde » Sébastien Ayreault, Editions Au diable vauvert 15 euros

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