Moment de vérité

Quelle gageure que de trouver de nouvelles sources de business, alors que les clients n'ont en tête (eux aussi) que la réduction de leur voilure!

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Moment de vérité

Hier encore, l'objectif lancinant du gouvernement était le suivant : comment passer d'une croissance de 2 à 3% l'an?

Ce point de plus obsédait le pouvoir. Des rapports fameux et des programmes électoraux lui étaient consacrés. En 2005, le patron de l'institut Rexecode, Michel Didier, avait ainsi invité une vingtaine d'économistes à un brainstorming tendu vers le tauxmagique. Ces 3% à compter desquels le nombre de chômeurs diminue, le budget de l'Etat et les comptes sociaux retrouvent leur équilibre. Leurs recommandations? Encourager la concurrence, faire confiance auxmécanismes naturels de l'économie, redéployer l'ensemble des dépenses publiques en direction de l'enseignement supérieur, de la recherche, de l'investissement, de l'innovation.

L'an dernier, missionné par l'Elysée, Jacques Attali faisait plancher 43experts et intellectuels pour «libérer la croissance». Son rapport préconisait 316 réformes audacieuses, certaines d'inspiration libérale, d'autres davantage teintées de social. Selon Attali, gagner un point de PIB représenterait chaque année, à la fois 500euros de pouvoir d'achat par ménage, 150000emplois nouveaux, 90000logements sociaux supplémentaires, 20 000 enfants handicapés scolarisés, 20000places d'hébergement d'urgence en plus, 4000euros de dette publique enmoins pour chaque citoyen...Pas étonnant que le président de la République fût lui-même prêt à tout pour arracher ce petit point salvateur!

Hélas, ce n'est plus 1%de croissance que Nicolas Sarkozy doit aller chercher avec ses dents, mais plutôt... 6. En effet, si l'on en croit les toutes dernières prévisions de la Commission européenne, moins encline que Bercy à appeler le docteur Coué à la rescousse, la richesse de la France reculerait en 2009 de 3%. Piloter des économies à -3 ou -4%, enmaintenant leur cohésion sociale, c'est un défi auquel les gouvernements ne sont guère préparés. Les entreprises non plus.

Et pourtant, certaines d'entre elles voient leurs ventes s'effondrer en ce début d'année. Sans aller jusqu'aux constructeurs américains, comme GMou Chrysler, qui écoulent deux fois moins d'autos sur le marché, de nombreuses belles affaires industrielles françaises font face à une chute soudaine de leurs revenus: Seb a perdu plus de 5% de chiffre d'affaires sur le premier trimestre, Bongrain près de 11%, Michelin 14%, STMicro 33%... Ces chocs appellent des réponses rapides, et souvent cruelles. Les comités exécutifs n'ont jamais été aussi durs, aussi dangereux qu'aujourd'hui. Jamais, dans ces cénacles, les décisions n'ont été faciles à prendre. Désormais, elles sont cornéliennes. Quelle responsabilité que de réduire drastiquement les charges, au risque d'abimer son fonds de commerce, alors que l'on ne sait rien de la durée de la crise! Quelle gageure que de trouver de nouvelles sources de business, alors que les clients n'ont en tête (eux aussi) que la réduction de leur voilure ! Dans «L'Art de la Guerre », écrit cinq siècles avant notre ère, Sun Zi met en garde le chef militaire contre deux dangers : «la trop grande ardeur à risquer la mort» et «l'excès de précaution à conserver sa vie». Entre les deux se situe le bon stratège. Comme la guerre pour le général, la récession est un moment de vérité pour le dirigeant.

Laurent Guez

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