Moll : Robosew automatise la confection

Les grandes cadences de ce procédé, ainsi que son extrême flexibilité, pourraient bientôt bouleverser l'organisation des entreprises du textile et de l'habillement.

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MOLL

Robosew automatise la confection

Les grandes cadences de ce procédé, ainsi que son extrême flexibilité, pourraient bientôt bouleverser l'organisation des entreprises du textile et de l'habillement.

Du cousu main. Et pourtant, c'est un robot qui tient l'aiguille! Moll, une toute jeune PMI allemande d'Alsdorf, près d'Aix-la-Chapelle, a réussi à automatiser le piquage tridimensionnel de la sellerie automobile. Une première qui pourrait bientôt s'étendre à l'ensemble de l'industrie de l'habillement.

A l'origine de cette innovation: une requête pour mettre au point un appareillage destiné à recoudre automatiquement la peau humaine. Le responsable d'un établissement hospitalier de la région avait remarqué que son équipe de chirurgiens passait plus de temps à poser des points de suture qu'à opérer. Il consulte alors l'entreprise d'ingénierie de Philipp Moll pour résoudre ce problème. Celui-ci développe une machine automatique de suture qu'il suffit de passer sur les bords de la plaie pour la refermer avec la plus grande propreté. Elle sera utilisée pour la première fois dans un institut médical l'été prochain.

L'aventure aurait pu s'arrêter là. Mais, pour Philipp Moll, spécialiste des machines de piquage industrielles, recoudre des chairs ou des étoffes relève de la même technique. Il ne lui restait plus qu'à étendre l'utilisation de son invention à l'industrie du textile.

C'est aujourd'hui chose faite. Il fallut cependant faire table rase de tout ce qui avait été tenté auparavant dans le domaine de la confection robotisée. Inutile d"essayer d'approcher la dextérité d'une ouvrière, explique Philipp Moll. La solution? Décomposer la tâche, particulièrement complexe, en une succession d'opérations élémentaires.

La qualité est améliorée

L'appareillage Robosew est mis au point. Ses performances ont immédiatement séduit Mercedes. Travaillant en deux équipes depuis 1992 pour la fabrication des appuie-tête de ses séries 200 et 300, le Robotsew lui a permis de passer de deux à trois minutes à moins de seize secondes par opération La qualite est egalement améliorée, explique Bernardo Trier, responsable commercial de Moll. En effet, la tenue de cet accessoire automobile dépend du volume de son enveloppe. Trop petite, les coutures craquent.

Trop grande, le tissu bâille. Utiliser la forme finale de l'appuie-tête comme gabarit nous libére de tels aléas.

Déjà, deux autres entreprises européennes, dont une en France, se sont dotées de cet appareil (une installation complète coûte de 3 à 5millions de francs environ). Elles tiennent cependant à cacher leur identité, car elles considèrent cette acquisition comme un véritable atout stratégique. En effet, les grandes cadences de ce procédé, ainsi que sa très grande flexibilité, pourraient bouleverser l'organisation des entreprises du textile. Il devrait notamment permettre à certains producteurs de tissus d'augmenter la valeur ajoutée de leurs produits en confectionnant eux-mêmes en grande série des housses pour sièges de métro, d'avion, d'automobile, d'enfants, ainsi que pour les fauteuils de bureau... Mais pour l'instant, nous voulons nous consacrer à l'automobile, confie Philipp Moll, qui évalue ce marché à plus de mille machines dans le monde. Si nous nous dispersons, nous risquons la crise de croissance. n





Deux robots pour huit ouvrières

Le Robosew se compose de trois postes. Sur le premier, une série de petits manipulateurs pneumatiques plaquent les différents coupons sur un gabarit aux formes de la pièce à obtenir. La géométrie de l'ensemble est prévue de telle sorte que les bords de la matière soient relevés d'environ 45degrés à l'endroit où la piqûre doit être effectuée.

Deux robots antropomorphes en vis-à-vis, équipés de têtes issues des machines chirurgicales, se mettent alors à l'ouvrage. Programmés par apprentissage à partir de logiciels de soudage, ils suivent les contours de piquage avec une précision supérieure au dixième de millimètre et une cadence de 1500points par minute. Le troisième poste contrôle et éjecte la pièce finie.

Dans ces conditions, les performances des meilleures ouvrières sont largement dépassées. Cette unité robotisée abat en effet le travail de cinq à huit personnes.



L'installation Mercedes

Cette installation, d'un montant de 4,5millions de francs, se compose d'un poste d'approvisionnement, d'une station de couture comportant deux robots ABB et deux têtes de piquage, d'un poste de contrôle et d'un jeu de formes. Sa capacité atteint 730000appuie-tête par an, soit 730000mè-

tres de piquage, ou l'équivalent de 170000pantalons. Elle permet une augmentation de capacités de 400%, avec une réduction des coûts de l'ordre de 50%. ces permettent d'envisager un retour sur investissement sur trente mois, affirment les dirigeants de Moll.



Une PMI de 17 personnes

La société Moll Automatische Nähsysteme a été créée en janvier 1993 pour commercialiser et continuer de développer le Robosew. Elle emploie aujourd'hui 17personnes et prévoit un chiffre d'affaires de 5 à 7millions de francs pour 1994. Son capital est détenu à 51% par Philipp Moll, les

49% restants par le groupe financier allemand BGA. Fondée en 1987, cette filiale de la société minière EBV acquiert des participations dans les industries de la région d'Aix-la-Chapelle afin de stimuler l'économie et relancer l'emploi.

USINE NOUVELLE - N°2448 -

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