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Molex: saga d'une lutte contre la désindustrialisation

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Le tribunal de commerce de Paris vient de prononcer la liquidation judiciaire des activités françaises du groupe américain Molex. L'entreprise n'a pas fini de payer le plan social de son usine de Villemur-sur-Tarn. Usine Nouvelle revient sur les dates d’une saga qui aboutit aujourd’hui à la confrontation du ministre de l’Industrie à une multinationale américaine.

Molex: saga d'une lutte contre la désindustrialisation © AFP PHOTO / PASCAL PAVANI

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Molex liquidé. Après onze mois de lutte des salariés, elle est devenue le symbole d'entreprises jugées rentables mais sacrifiées aux intérêts des actionnaires. Le tribunal de commerce de Paris vient de liquider les activités françaises de Molex. C'était ce que souhaitait le groupe américain dont l’usine de connectique, qui employait 283 salariés, a été fermée à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) en 2009.  L'enjeu aujourd’hui est de savoir qui va payer les sommes encore dues aux anciens salariés de l'usine de Villemur-sur-Tarn.

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi s'est engagé à ce que les congés de reclassement soient pris en charge par l'association de garantie des salaires (AGS), un organisme patronal, et que l'Etat fasse l'avance nécessaire pour régler l'équipe de reclassement mise en place pour les employés encore au chômage. Mais il veut aller encore plus loin et poursuivre le fabricant de composants électroniques en justice.

Après sa nomination, "le liquidateur devrait engager la procédure contre Molex au civil et le gouvernement sera fondé à accompagner l'action du liquidateur en justice", a-t-il déclaré le ministre. La direction de Molex se dit prête à discuter mais à la condition sine qua non que les salariés retirent leur plainte aux prud'hommes et ne veut pas remettre la main à la poche, estimant s'être montrée déjà très généreuse envers les Français, alors que des usines ont été aussi closes dans d'autres pays.

2008. Résistance

23 octobre 2008. Le ciel vient de tomber sur la tête des salariés de Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne). Ils apprennent que leur employeur américain envisageait d’ arrêter les chaînes de production.

31 octobre 2008. Bernard Thibault se rend sur les lieux. Il qualifie l’affaire de « cas d’école ». « Certaines entreprises prennent prétexte de la crise pour glisser un plan de restructuration », dénonce-t-il.

Début novembre. Plus de 3000 habitants de Villemur-sur-Tarn, qui n'en compte que 5 000, se regroupent derrière les salariés menacés. Des allusions à un petit village gaulois qui résiste encore et toujours fleurissent ça et là.

 

 

2009. Lassitude

Avril 2009. Après avoir appris l’ouverture d’un nouveau site Molex aux Etats-Unis utilisant les mêmes outillages que dans l’usine de Villemure-sur-Tarn, les ouvriers séquestrent pendant une nuit le cogérant du site et la directrice des ressources humaines. Sur la photo, des salariés amènent des matelas pour passer la nuit.

4 août 2009. Un responsable de Molex annonce la rupture des négociations avec un repreneur potentiel. Le personnel réagit à cette annonce. Selon les syndicats, le responsable a été victime d’un simple jet d’œufs. Celui-ci s’est néanmoins dit « molesté et injurié ».

15 septembre. Lassés, les ouvriers votent à 140 voix contre 70 le plan de sauvegarde de l’emploi. Le texte est relativement avantageux avec des indemnités de licenciement légales majorées de 45 à 110% en fonction de l’ancienneté. Voici l'esprit dans lequel se trouvait les salariés avant le vote :

 

 

 

1 er octobre. Le licenciement des salariés est officiellement annoncé. Seuls le renvoi des représentants de personnel est repoussés de six mois.  

2010. Recours

Septembre. Les “Molex” comme on les surnomme désormais n’ont toujours pas baissé les bras. Près de 200 salariés sur 283 -la plupart sont aujourd'hui au chômage- qui contestent leur licenciement économique et réclament 25 millions d'euros. Ils engagent une action devant les prud’hommes.

4 octobre. L’industriel américain vient d’annoncer un chiffre d’affaires record de 33% sur le troisième trimestre. Une nouvelle qui fait tousser quand elle est combinée à l’annonce de la direction : en réaction à l’action en justice, Molex ne financera plus le plan social de l’usine. Molex a déjà versé 30 millions d'euros pour le plan social et près de 20 millions pour réindustrialiser la région et refuse à présent de payer les quelques 4 millions manquants. La grande majorité d'entre eux a en fait touché l'intégralité de leurs indemnités et l'arrêt du financement du plan social touche principalement 19 représentants du personnel, licenciés six mois après les autres.

La semaine dernière. Christian Estrosi a demandé « qu’il n’y ait plus le moindre échange commercial » entre les constructeurs automobiles PSA et Renault  et l’entreprise Molex « qui méprise les institutions de notre pays, le respect de leurs engagements dans le domaine social ». L’appel du ministre n’a pas été entendu par les constructeurs français et Molex, qui n'entend pas se faire dicter sa conduite, dénonce cette tentative.

 

 

? ET AUSSI : Christian Estrosi, nouvellement ministre de l'industrie, se faisait défenseur de l'activité industrielle à Villemur-sur-Tarn aux 4 vérités, sur France 2, le 15 septembre 2008.

 

Morgane Remy Marina Angel

Crédits photos AFP (photo 1: PASCAL PAVANI ; photo 2:REMY GABALDA ; photo 3: PASCAL PAVANI)

 

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2 commentaires

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05/11/2010 - 16h54 -

180000 euros, ca leur paye le smic pendant 15 ans!
Et ils se plaignent!? Alors que des gens n'ont même pas de logement... c'est honteux de la part des représentants syndicaux
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Nom profil

04/11/2010 - 23h00 -

Votre article oublie de préciser que le plan social Molex est de 54 Mio Eur pour 283 salariés soit 180 000/personne. Molex US a payé 50 Mio et comptait bien finir de payer les 4 restants, mais les syndicats ont convaincu 200 salariés de faire une action aux prud-hommes pour réclamer 25 Mio de plus soit 280 000 eur/personne à la fin. Molex US qui n'était meme pas obligé de remettre de l'argent avait accepté le deal de payer 54 Mio et point final. A force de tirer sur la corde on finit par la casser ... Moi je ne plains pas les Molex car le plan initial était vraiment généreux...
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