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Mobilité : Tout le monde veut son terminal

Christophe Bys ,

Publié le

Succès des smartphones et tablettes oblige, les salariés veulent se connecter avec leurs terminaux dans l'entreprise. Cette demande a un nom, le « Byod » (bring your own device), qui n'a pas que des adeptes.

Dans le budget annuel de Revevol, société de services informatiques spécialiste du cloud computing, à la ligne achat de matériel informatique, c'est un parfait zéro qui est inscrit. Les consultants apportent en effet leur propre matériel, que l'entreprise finance à hauteur de 50 euros par mois. Laurent Gasser, le PDG, justifie sa décision : « Quand je travaillais dans l'audit, j'ai entendu beaucoup de salariés se plaindre de leur ordinateur. » Afin d'éviter de supporter les mêmes griefs, il a opté pour cette solution qui a deux avantages : elle réduit le montant des immobilisations et satisfait des salariés.

Dans le jargon des directeurs des systèmes d'information (DSI), on parle de consumérisation de l'informatique pour indiquer que le salarié a de plus en plus la main (ou essaie de l'avoir), ou encore de « Byod », acronyme de « bring your own device » (apportez votre propre terminal), le « B » se traduisant aussi parfois par « buy » (acheter). Laurent Gasser l'entend de la seconde façon. Côté logiciels, seul un navigateur internet est indispensable, car toutes les applications utilisées par les salariés de Revevol sont dans le cloud. Un accès au réseau suffit donc au salarié pour travailler de n'importe où, pourvu qu'il ait son identifiant et son mot de passe. Laurent Gasser en est certain : « Ce que nous faisons aujourd'hui, la plupart des entreprises le feront dans cinq ans. » Et le PDG d'égrener les avantages de cette solution : « En cas de perte ou de départ d'un salarié, il suffit de désactiver son accès et les données sont protégées. » Car celles-ci ne se trouvent pas sur l'ordinateur, mais restent dans l'espace numérique alloué à l'entreprise.

 

Quid de la sécurité des données ?

Ces précautions ne rassurent pas Virginie Devos, avocate chez August et Debouzy. Le Byod soulève des interrogations, notamment sur la nature du lien entre le salarié et l'entreprise : « L'employeur est réputé fournir du travail et les moyens nécessaires à l'exécution des tâches qui sont demandées au salarié », explique-t-elle. Que se passera-t-il le jour où un salarié exigera qu'on lui fournisse un ordinateur ? Le PDG de Revevol n'a pas été confronté à ce type de situation. Employant 40 salariés en France, il pourrait sûrement s'arranger. Cela serait moins simple dans une grande entreprise. La spécialiste du droit pointe aussi la perte de contrôle des informations. Pour prouver un comportement déloyal, l'entreprise peut fournir sous certaines conditions, des courriels de salariés. Si, pour les consulter, elle doit violer un ordinateur personnel, la preuve ne sera plus recevable.

Les réticences sont nombreuses. Ainsi, cette chef de projet d'un grand groupe de formation n'a pas retenu le Byod pour équiper sa force de vente, car « quand un commercial fait une démonstration, je n'ai pas envie que le client voit un fond d'écran avec la famille du salarié en vacances. En outre, je ne suis pas certaine qu'il aura bien téléchargé la dernière version de la démonstration d'un serious game. Posséder un parc de tablettes permet de mieux contrôler ce qui est diffusé. » Sur ce dernier point, les spécialistes affirment pouvoir faire des mises à jour automatiques, mais pas effacer la photo du chien ou l'appli pour un site de rencontres qu'utilise le salarié sur son terminal personnel.

Plus généralement, la question de la sécurité des données est une obsession des juristes et des services informatiques. Jean-Marc Grémy, le vice-président du Club de la sécurité de l'information français (Clusif), s'inquiète : « Avec les solutions de mobilité, les informations sensibles sortent de l'entreprise sans que le salarié ne s'en rende forcément compte », décrypte-t-il. Laurent Geray, le responsable innovation chez Volvo IT, relativise : « C'était déjà la même chose avec une clé USB ou avec une disquette. Il faut former et informer les salariés sur les risques. » Chez Volvo, les salariés peuvent accéder à certains services depuis leurs téléphones mobiles ou leurs tablettes : le mail et le carnet d'adresses professionnel, l'agenda et certaines applications pratiques comme la réservation d'un taxi. Il peut même consulter des rapports produits par le progiciel de gestion maison, mais pas intervenir sur les données elles-mêmes. Preuve de l'intérêt pour ces solutions : 12 000 salariés de Volvo ont activé l'application sur leur portable ou tablette alors qu'elle a été lancée dans une totale discrétion en septembre 2011. Le directeur général d'Alcatel-Lucent entreprises, Mathieu Destot partage ce constat : le besoin est important car les salariés veulent pouvoir connecter leurs terminaux. « Quand j'ai demandé qu'on connecte des iPad, la DSI m'a dit qu'ils n'étaient pas supportés par le réseau. Alors j'ai demandé que les applications professionnelles soient accessibles depuis l'iPad », témoigne-t-il. Par rapport à son homologue de Volvo, il a franchi une étape supplémentaire en prévoyant l'accès à l'intranet maison et même à SAP. Et il a décidé d'offrir un exemplaire de la fameuse tablette à chacun des membres de la force commerciale. Pour une fois, ce ne sont pas les cordonniers les plus mal chaussés.

UN PROJET QUI IMPLIQUE PLUSIEURS SERVICES

  • La DSI a la main pour ouvrir ou non le réseau de l'entreprise. Dans un second temps, elle pourra développer des applications à la demande des services. Pour Laurent Geray chez Volvo SI, « l'imagination ne manque pas. »
  • Le service juridique aidera à bien gérer les risques liés au droit du travail : faire signer un avenant au contrat de travail concernant la nature des données à transférer, la possibiltié de couper l'accès...
  • La DRH communiquera vers les salariés et les managers. Et veillera à ne pas forcer les salariés et que outils ne soient pas une source de risques psychosociaux, mais au contraire, un moyen de mieux travailler.

 

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