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Ministre de l’Ecologie et de l’Energie : mission impossible ! 

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Analyse Interdire le gaz de schiste tout en protégeant les gros consommateurs de gaz. Vouloir fermer des centrales nucléaires françaises, mais valoriser la filière nucléaire à l’export. Développer les énergies renouvelables et maitriser les tarifs de l’électricité. Le grand ministère de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie est une très belle idée… impossible à tenir.

Ministre de l’Ecologie et de l’Energie : mission impossible ! © Arnaud Bouissou / MEDDE

A l’aube d’un remaniement ministériel qui devrait tomber après le deuxième tour de l’élection municipale (qui se déroulera le dimanche 30 mars), ce ne sont pas seulement le nom des ministres qui sont attendus, mais aussi leurs nouveaux périmètres. Le devenir du grand ministère de l’Ecologie, du développement et de l’énergie pose question. Plusieurs hypothèses sont avancées. Toutes envisagent des changements importants, comme celui de réunir écologie et logement, tout en écartant l’énergie.

En 2012, la création de ce ministère réunissant écologie et énergie en son sein a plutôt séduit, aussi bien les défenseurs de l’environnement que certains industriels. D’aucuns y voyaient la possibilité d’allier en un même lieu le besoin de compétitivité dans l’énergie et la nécessité de politiques écologiques fortes. Mais les faits sont tétus. Ils ont donné tort à cette belle initiative. Ce grand ministère souffre d’un dédoublement de la personnalité. 

Trois ministres en 14 mois

Trois ministres ont été nommés entre mai 2012 et juillet 2013. Le premier mois, Nicole Bricq était en poste. Cette dernière, après avoir menacé de stopper le grand programme d’exploration pétrolière en Guyane, a été débarquée et reléguée au Commerce extérieur. La suivante, Delphine Batho, a été remerciée après avoir critiqué publiquement le budget de son ministère… Elle a surtout servi d’exemple pour réaffirmer l’autorité du Premier ministre. Le dernier, Philippe Martin, est encore en poste aujourd’hui. Il a hérité d’un ministère qui sonne dans le vide.

Sans engager la qualité de ces personnalités, ni nier leurs initiatives, aucun n’a réussi à être la fois ministre de l’Environnement et ministre de l’Energie. A chaque fois, la première fonction a pris le dessus sur la seconde. Nicole Bricq s’est immédiatement opposée aux pétroliers. Delphine Batho a eu le mérite d’organiser deux exercices difficiles : la première conférence environnementale et le débat national sur la transition énergétique. Mais, dans les deux cas, la ministre a laissé la part du lion aux ONG, reléguant les voix industrielles au second plan.

Gaz de schiste et nucléaire

Pire, Delphine Batho a critiqué les travaux parlementaires et ceux des cinq grandes académies quand ils allaient dans le sens de l’industrie. Ce fut le cas sur le gaz de schiste, un sujet récurrent, source de conflits au sein du gouvernement. La ministre a traité de lobbyistes pro-pétroliers les membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques. Elle a aussi jugé les travaux de l’Académie des sciences irrecevables. Ces deux entités proposaient essentiellement l’exploration du sous-sol français sous le contrôle d’une autorité publique.

Quant à Philippe Martin, sa place est difficile. Il a hérité d’un ministère amputé. Les grandes décisions énergétiques sont aujourd’hui prises à Matignon. En théorie, il est en charge de rédiger la future grande loi de transition énergétique, mais son contenu apparaît pour l’heure très flou. Et comme ses deux prédécesseurs, il a surtout affirmé sa fonction en s’opposant au secteur pétrolier et … à son collègue du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Ce dernier n’a de cesse d’envisager l’utilisation de technologies alternatives à la fracturation hydraulique pour explorer le potentiel français en hydrocarbures non conventionnels.

La position de ces ministres est aussi schizophrénique sur le nucléaire. En tant que ministre de l’Ecologie, Philippe Martin défend la réduction de l’atome dans le mix électrique français et s’engage à fermer la centrale de Fessenheim jugeant que son âge la rend obsolète et dangereuse. En tant que ministre de l’Energie, il doit aussi valoriser la filière nucléaire française notamment dans le cadre des exportations vers la Chine, le Royaume-Uni, la Turquie… Une position quasi-intenable ! 

Réunir industrie et énergie

Un grand patron de l’énergie français se désole : "J’y ai cru à ce grand ministère, mais ça ne fonctionne pas. C’est le ministère de l’Environnement, pas de l’Energie." Quant aux ONG, elles ne montrent pas plus d’enthousiasme. Greenpeace a refusé de participer au grand débat national sur la transition énergétique et les ONG anti-nucléaires ne cessent de douter de l’honnêteté du gouvernement à propos de Fessenheim.

La solution est sans doute de revenir à un grand ministère de l’Environnement comprenant le logement. L’actuelle ministre du Logement, Cécile Duflot., semble tenir la corde. Quant à l’énergie, elle rejoindrait l’industrie dans un "ministère de la Compétitivité"… peut-être dans les mains d’Arnaud Montebourg.  

Ludovic Dupin

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