MICRO-PROCESSEURSLA FUITE EN AVANT D'INTELLa nouvelle puce P6 annoncée par Intel est plus un ballon d'oxygène permettant de tenir à distance la concurrence qu'une révolution technologique.

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LA FUITE EN AVANT D'INTEL

La nouvelle puce P6 annoncée par Intel est plus un ballon d'oxygène permettant de tenir à distance la concurrence qu'une révolution technologique.



En micro-électronique, aucune pause n'est permise. Nul n'en est plus conscient qu'Intel. Le leader mondial des microprocesseurs pour PC est assiégé de toute part. A la fois par les architectures nouvelles (le PowerPC d'IBM, Apple et Motorola en technologie Risc), et par les clones de se propres produits, en particulier de son dernier-né, le Pentium (chez d'AMD, Cyrix, IBM et NexGen). C'est dans cet environnement à haut risque qu'Intel vient d'annoncer son nouveau processeur, encore baptisé du nom de code P6, et qui sera commercialisé vers le milieu de 1995. Intel espère que le marché adoptera cette puce, aux performances doubles de celles du Pentium, comme un progrès considérable. Et qu'il continuera à ignorer que son architecture classique s'essouffle face à la montée en puissance du Risc. Malgré les progrès réels apportés par le P6, il y a fort à parier que la puce jouera surtout le rôle d'un "super-Pentium", garde-fou contre une concurrence de plus en plus féroce. En effet, après avoir écrasé les prix de ses Pentiums pour étouffer dans l'oeuf la révolte (et les marges) des cloneurs, Intel ne dispose plus que d'une marge de manoeuvre réduite. Il lui faut pourtant continuer à écraser le marché pour conserver sa place. Ainsi, un P6 bien positionné, forcément lancé à un prix nettement supérieur au Pentium, permettra de continuer la même tactique tout en gardant ses marges. Le marché a-t-il besoin aujourd'hui d'une puce aussi puissante? La question se pose plus que jamais, alors que le Pentium n'a pas encore réussi son décollage auprès des entreprises. Intel a entrepris de longue date de développer des technologies périphériques, grosses dévoreuses de puissance, comme la vidéoconférence et le traitement d'images. Si le fabricant réussit à mener de front le développement de ses processeurs et de ces activités annexes, qui, seules, justifient le passage à de nouvelles générations de micro-processeurs, le marché suivra. Après tout, Intel bénéficie encore de l'avantage écrasant que lui confère la compatibilité avec l'énorme catalogue de logiciels peu onéreux aux formats MS-DOS et Windows. En revanche, si Intel ne réussit pas une croissance harmonieuse de ses projets technologiques, il risque fort de se retrouver en porte à faux, avec l'équivalent d'un moteur sans châssis. Car les merveilles technologiques d'un processeur 64bits comme le P6 sont de peu d'intérêt quand les environnements logiciels accessibles sont, au mieux, à 32bits et que les utilisateurs ne voient d'autre application à leur PC que la bureautique de papa. Dans ce cas, Intel deviendrait un géant aux puces d'argile et son architecture tomberait tôt ou tard sous les coups d'un PowerPC, encore bridé par sa jeunesse, mais qui, fort de sa technologie Risc, avancera plus vite que les processeurs d'Intel à chaque nouvelle génération.

Briser la barrière entre le Risc et le Cisc

La fuite en avant d'Intel est toutefois loin d'être aveugle. Le géant de Santa Clara court en fait vers un réel objectif. En 1997 ou 1998, il devrait sortir son P7, une puce différente qui verra la convergence du monde Intel avec l'architecture Risc de Hewlett-Packard. Conclu l'été dernier, l'accord devrait permettre de briser la barrière entre le Risc et le Cisc, quitte à abandonner enfin la compatibilité avec les familles antérieures à l'origine de la richesse comme des sueurs froides d'Intel. D'ici là, d'autres concurrents auront peut-être déjà changé l'avenir du microprocesseur. Dans le cas contraire, le P7 sera vraiment la première puce du troisième millénaire. Reste à Intel à tenir... Philippe DEROIN



Deux fois plus rapide que le Pentium

Le P6, successeur du Pentium, est une merveille d'intégration. Il y est obligé. Contrairement à son grand concurrent, le PowerPC, il doit en effet conserver la compatibilité avec les anciennes architectures Intel, ce qui occupe un place non négligeable sur la puce. Avec 5,5millions de transistors gravés en technologie 0,6micron et une fréquence d'horloge de 133MHz, la première version du P6 est plus de deux fois plus puissante que le premier Pentium et intègre dans le processeur une mémoire cache de 256K qui permet d'accélérer significativement le dialogue mémoire/unité centrale. En outre, le P6 va plus loin que le Pentium pour se rapprocher des puces Risc. Il possède trois décodeurs en parallèle qui décomposent le code Intel en micro-instructions exécutables comme des instructions Risc. Cette approche a déjà été adoptée par AMD, l'une des bêtes noires d'Intel, qui l'utilise dans son K5, un concurrent du Pentium émulant le fonctionnement de ce dernier sur une puce Risc.

USINE NOUVELLE N°2492

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