Environnement

Michelin s’associe à l’Ifpen pour produire des bio-caoutchoucs synthétiques

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Michelin, l’IFP Energies nouvelles (Ifpen) et Axens se sont attelés au développement d’un procédé de production du butadiène - un intermédiaire chimique utilisé dans la fabrication des caoutchoucs synthétiques - à partir de biomasse.

Michelin s’associe à l’Ifpen pour produire des bio-caoutchoucs synthétiques © D.R.

Ils y travaillent depuis déjà un an mais ont préféré la discrétion jusque-là. Michelin, l’IFP Energies nouvelles (Ifpen) et Axens se sont associés pour développer et commercialiser un procédé de production du butadiène, un intermédiaire chimique utilisé dans la fabrication des caoutchoucs synthétiques à partir de … ressources renouvelables.

Le projet, baptisé Biobutterfly, a été retenu en 2011 par l’Ademe dans le cadre du programme des Investissements d’avenir. D’une durée de huit ans et d’un montant de 52,1 millions d’euros, il est  financé à hauteur de 14,7 millions d’euros par les pouvoirs publics. Michelin, d’un côté, et l’Ifpen et Axens - une filiale de l’Ifpen spécialisée dans la fourniture de procédés catalytiques et de catalyseurs -, de l’autre, finançant le reste à parts égales.

Une usine de 150 000 tonnes par an en 2020

Leur idée ? Utiliser des végétaux afin de produire par fermentation des alcools, qui après modification catalytique, seront transformés en butadiène. Cet intermédiaire chimique sera à son tour utilisé pour fabriquer du caoutchouc synthétique. L’objectif : construire, d’ici 2020, une unité de production de bio-butadiène de 150 000 tonnes par an. "Nous regardons plusieurs types de biomasse comme des plantes entières non alimentaires, des résidus forestiers et des déchets agricoles car nous voulons éviter la compétition avec l’alimentaire", avance Jean-Pierre Burzynski, le directeur centre de résultats Procédés de l’Ifpen. Et pour éviter les déboires rencontrés par les agrocarburants de première génération (un bilan environnemental jugé au final très mitigé), des analyses de cycle de vie sont en cours afin d’évaluer l’impact environnemental de la production du bio-butadiène.

Selon le calendrier prévu, un démonstrateur industriel, mis en œuvre par Axens, devrait voir le jour vers 2018. "Nous commercialiserons la technologie de production de butadiène biosourcé et nous voulons l’exporter à l’international", expose Jean-Luc Nocca, le vice-président exécutif Développement technologique et innovation d’Axens. Les défis à relever sont auparavant nombreux : le biobutadiène devra être économiquement compétitif et les caoutchoucs synthétiques à base de ce composé devront avoir des performances égales à leur version fossile.

Un enjeu crucial pour Michelin

Si Michelin n’a pas hésité à se lancer dans cet ambitieux projet, c’est que les enjeux sont cruciaux pour le géant des pneumatiques. "Nous avons pour défi de garantir l’approvisonnement de nos différentes matières premières, avance Vincent Ferreiro, le directeur partenariats de Michelin, les caoutchoucs synthétiques sont des matériaux stratégiques et critiques".

Chaque année, 60% des 11 millions de tonnes de butadiène produites au niveau mondial, sont destinées au secteur des pneumatiques. En 2012, Michelin a fabriqué 170 000 tonnes de pneus, ce qui a nécessité … 4 millions de tonnes de matières premières dont un million de tonnes de caoutchouc synthétique. Or, le marché des pneumatiques ne cesse de croitre (4% par an dans le monde) alors même que la production de butadiène est aujourd’hui sous tension. Ce composé est co-produit lors de la fabrication d’éthylène par vapocraquage du naphta à hauteur de 6 à 8%. Seulement le gaz - notamment de schiste - moins cher est désormais préféré au naphta. "Le gaz de schiste va accentuer le problème de la disponibilté en butadiène, on ne peut pas rester dans cette situation critique d’où notre volonté de diversifier ses modes de production en passant par les ressources renouvelables", poursuit Vincent Ferreiro, le directeur partenariats de Michelin.

De nombreux travaux dans le monde 

En parallèle, Michelin travaille à sécuriser ses approvisionnements pour une autre de ses matières premières clés : l’isoprène, composé de base du caoutchouc synthétique ou naturel. Il a lancé, en 2011, une collaboration avec l’entreprise de biotechnologies américaine Amyris visant à produire de l’isoprène à partir de sucres végétaux . La commercialisation de ce bio-isoprène est prévue pour 2015.

Michelin, l’Ifpen et Axens ne sont pas les seuls à s’intéresser au développement de bio-butadiène. Ainsi, le pétrochimiste italien Versalis et l’entreprise de biotechnologies américaine Genomatica ont créé une société commune en avril dernier afin de mettre au point un procédé de production à partir de biomasse non alimentaire, destiné à être commercialisé en Europe, Asie et Afrique. De leur côté, la start-up française Global Bioenergies et l’industriel polonais du caoutchouc Synthos travaillent au développement d’une voie métabolique pour convertir des ressources renouvelables en butadiène.

Camille Chandès

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