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L'Usine de l'Energie

Mettre en place des règles communes de sécurité

Ludovic Dupin

Publié le

Total travaille dans 130 pays possédant chacun sa propre culture. Pourtant, le groupe a su établir des règles de sécurité efficaces et partagées par tous.

Mettre en place des règles communes de sécurité
Total a mis en place une charte regroupant douze règles d’or applicables dans tous les métiers du groupe, y compris pour les sous-traitants.

A Ulsan, au sud-est de la Corée du Sud, Arnaud Breuillac, le directeur de l’exploration-production de Total, est venu sur le chantier naval de Hyundai Heavy Industries pour suivre l’état d’avancement de la construction d’un bateau géant, le « FPU Moho Nord ». De nombreuses questions sont évoquées : planning, coût, avancement… Mais parmi tous les sujets, il en est un qui prédomine, c’est la sécurité. L’entretien avec le directeur du projet, Sylvain Denoyer, débute avec un « Safety Moment », rituel immuable dans le groupe français. Sylvain Denoyer présente un cas d’accident : un ouvrier s’est coincé et cassé la main lors d’une opération de levage. L’accident ne concerne aucun salarié de Total et ne s’est même pas déroulé sur le bateau du pétrolier, mais sur un chantier voisin. Pour autant, les deux hommes discutent une dizaine de minutes de ce dossier et réfléchissent aux solutions pour éviter un tel accident.

Quelques heures plus tard, le grand patron se retrouve devant 700 ouvriers coréens pour célébrer les 100 millions d’heures travaillées sans accident. À la fin de son discours, Arnaud Breuillac lance en anglais : « Safety for me, for you, for all » (« Sécurité pour moi, pour toi, pour tous »), un gimmick repris en chœur par les ouvriers. Ce slogan, on le retrouve dans toutes les usines et sur tous les chantiers de Total, qu’ils se situent en Corée, en France, aux États-Unis, en Colombie, au Congo… Le groupe, qui travaille dans 130 pays, a réussi à imposer une culture de sécurité commune à tous ses salariés et tous ses sous-traitants. Le résultat est plutôt réussi, le pétrolier affiche un nombre d’accidents de 1,17 par million d’heures travaillées. Une performance proche de celles des autres pétroliers, mais bien meilleure que dans l’industrie en général.

1.Engager la direction

Même s’ils sont en première ligne face aux situations à risque, la question de la sécurité ne concerne pas seulement les opérateurs sur le terrain. La direction s’est engagée dans la sécurité pour mobiliser l’ensemble des 100 000 salariés. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a fait évoluer sa place lors de son arrivée à la tête du groupe fin 2014. Elle est passée du statut de « priorité » à celui de « valeur ». Ce n’est pas uniquement une affaire de mots. « Une priorité, on peut en changer. Pas une valeur ! », assène Bernadette Spinoy, la directrice de la sécurité industrielle chez Total. À l’occasion de la réorganisation du groupe annoncée le 19 avril dernier, le renforcement de la direction HSE (hygiène, sécurité, environnement) a pour but de définir un modèle unifié de la sécurité. Derrière cette valeur, le PDG fait valoir trois convictions qui, pour lui, sont un indicateur de son leadership. Premièrement, chaque accident peut être évité car il n’existe pas de fatalité. Deuxièmement, la sécurité est directement corrélée avec l’excellence opérationnelle. « Statistiquement, les usines les plus sûres sont aussi celles qui maîtrisent le mieux leurs opérations industrielles », rapporte Bernadette Spinoy. La troisième conviction se fonde sur le fait que la sécurité n’est pas une affaire de spécialistes et que tout le monde peut y contribuer, y compris les sous-traitants. C’est important quand on sait que sur les 500 millions d’heures travaillées chaque année chez Total, la moitié sont externalisées.

2.Mettre en place des rituels

Faire des déclarations, c’est bien, mais il faut aussi passer à l’acte. Total a mis en place des rituels sur l’ensemble de ses sites. Le premier est le Safety Moment. Au début de chaque réunion d’équipe, il consiste à faire un point sécurité pour mettre en lumière des situations anormales. On trouve aussi une charte qui regroupe douze règles d’or applicables dans tous les métiers du groupe. Elles ont été bâties sur le retour d’expérience d’accidents passés et couvrent tous les métiers de Total. En réalité, elles relèvent souvent du bon sens, comme de se servir des outils adaptés à une tâche précise, imposer l’utilisation de harnais pour des travaux en hauteur, respecter les règles de circulation… Le dernier outil, mis en place à la fin de l’année 2015, est la Stop Card. Elle est remise à toutes les personnes présentes sur un site. On y lit : « Vous avez autorité pour faire cesser une situation qui vous paraît dangereuse […]. Intervenir, soulever un problème ou une question n’expose à aucune sanction. »

3.Inciter les gens à participer

Cette notion d’absence de sanction est essentielle car elle permet de libérer la parole. Mais ce n’est pas toujours suffisant. Les individus doivent se sentir légitimes pour oser parler de sécurité et ne pas avoir peur d’être rabroués ou ridiculisés. Cela passe par une notion de récompense. C’est là que les codes culturels sont pris en compte. « En Chine, la culture de l’employé du mois, avec la publication de sa photo, est une approche extrêmement efficace », constate Bernadette Spinoy. En Russie, le groupe a développé un système de points personnels pour chaque employé participant aux remontées d’informations sur la sécurité. « Dans d’autres pays, en revanche, les challenges collectifs auront davantage de succès », ajoute Bernadette Spinoy. Comme en France, où les récompenses par équipe sont plus motivantes.

4.Déployer de nouvelles technologies

« Il faut en permanence repenser la façon dont on sensibilise nos collaborateurs à la sécurité et dont on communique sur le sujet », assure Bernadette Spinoy, qui a déjà plusieurs projets en tête. L’un d’entre eux est l’utilisation des technologies du big data. En faisant remonter des masses d’informations de plusieurs sites du groupe, il serait possible de mieux identifier des signaux faibles, parfois précurseurs d’accidents. « Nous avons déjà fait des expérimentations dans certaines filiales. Cela nous a permis d’établir des corrélations, par exemple entre l’accidentologie routière et la formation des chauffeurs. Nous nous sommes rendu compte qu’entre deux et demi et trois ans d’activité, le niveau de sécurité baissait. Nous avons donc raccourci les délais entre deux sessions de formation », explique-t-on chez Total.

Ne pas oublier les presqu’accidents

En incitant tout le monde à s’investir dans la sécurité, Total souhaite que ses salariés fassent remonter les situations accidentelles, mais pas unique­ment. Les cas des « presqu’accidents », c’est-à-dire des situations potentiellement dangereuses qui n’ont pas eu de consé­quences graves, sont aussi concernés. « Analyser les presqu’accidents est autant générateur de retours d’expérience qu’un accident », assure Bernadette Spinoy, directrice de la sécurité industrielle chez Total. « Il faut dire ce qui est arrivé, mais aussi ce qui est presque arrivé ! »

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