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Mesures Valls pour l'emploi : les PME donnent leurs avis

Cécile Maillard , , , ,

Publié le , mis à jour le 10/06/2015 À 11H34

Des patrons de TPE et PME réagissent aux annonces faites par le premier ministre, mardi 9 mai au matin, en faveur de l’emploi dans les petites et moyennes entreprises. Ils saluent ces mesures, mais espéraient plus. 

Article actualisé à 18h30, ajout d'un nouveau témoignage.

Le gouvernement a annoncé 18 mesures destinées à "lever les freins à l’embauche" dans les TPE et PME. Plafonnement des indemnités prud'homales, renouvellement des CDD possible deux fois au lieu d’une, prime de 4000 euros à l’embauche d’un premier salarié dans les TPE, assouplissement des accords de maintien dans l'emploi... Des patrons de petites et moyennes entreprises réagissent à ces annonces.

Carmelina Sanchez Guerrero, dG de Cyclam : "L’embauche, c’est la décision la plus lourde pour une entreprise"

Secteur : métallurgie-joints d’étanchéité. 59 salariés, à Amiens (Somme). CA : 5,5 M€. 

"Je trouve ces mesures marquées par le pragmatisme. On n’a pas l’impression qu’elles ont été écrites par des énarques mais plutôt par des gens du terrain. Elles sont simples. Plus que des mesures pour l’emploi, c’est un projet pour faciliter le business des PME. Je trouve bien de faciliter les relations avec les apprentis. Si le jeune ne convient pas, il faut pouvoir s’en séparer tout en sachant que lui, sera accompagné et que nous, nous serons assistés pour le remplacer. Autre bonne idée : la mise à disposition d’un chômeur de longue durée gratuitement pendant qu’on envoie un salarié en formation longue. Car nous avons ce problème  avec un de nos salariés d’un bureau d’études. Il a trop de travail pour qu’on le libère. La mesure sur les CDD m’intéresse aussi car nous avons très peu de visibilité sur le marché. Avec plusieurs renouvellements pendant 18 mois cela laisse le temps de voir venir. Après notre plan social de 2012, où nous avons licencié 25 personnes, nous sommes revenus aujourd’hui à notre ancien niveau d’effectif, avec surtout des CDD et des intérimaires, même si nous avons recruté en CDI un docteur pour la R&D. L’embauche, c’est la décision la plus lourde pour une entreprise. Nous la prenons si la demande des clients est pérenne".  

 

Christophe Le Dantec, cofondateur d’Optiflows :" il faut de la souplesse"

Secteur : numérique. Start-up de 17 salariés. Boulogne Billancourt (Haut de Seine) CA : 1 M€

"Nous n’avons pas vécu de procès aux prud’hommes, mais je peux comprendre qu’un employeur qui a dû y faire face soit sensible au plafonnement des dommages et intérêt. Il est important que le risque soit plus cadré. Je suis cependant surpris que l’on ne parle pas plus de la rupture conventionnelle. En France, le départ d’un employé est vécu comme quelque chose de traumatique, or cela peut être simplement dû à un changement de vie. Nous sommes dans une période de transition profonde du travail, presque darwinienne. L’Etat doit préserver les droits des personnes, mais il ne faut pas rester arc-bouté, il faut de la souplesse. Pourquoi ne pas mettre en place un seul contrat un peu plus souple, dans lequel les droits seraient définis dès le départ ? Ce qui est fondamental, à mon avis, c’est la stabilité des mesures, pour ne pas avoir de surprises. Ne pas être sûr que les conditions de départ perdureront, ça c’est un frein à l’embauche. Nous étions six personnes l’année dernière et nous sommes passés à 17. Trouver les compétences, c’est très galère ! Nous avons dû faire appel à un chasseur de tête parce que le marché de l’emploi dans le développement informatique est très tendu. Le passage des seuils fiscaux ? Je n’ai pas le sentiment que cela soit quelque chose de bloquant. Peut-être y penserons-nous au moment du passage à 50 salariés…" 

 

Francis Kopp, directeur de Lenze (LDS) : "Pour s’adapter, il faudrait gommer la différence entre CDD et CDI"

Secteur : mécanique, électronique. 100 salariés à Ruitz (Pas-de-Calais). CA : 83 M€

"C’est très bien de pouvoir renouveler deux fois un CDD, mais la durée maximale des CDD n’a pas été allongée ! Ca fait mal au cœur de laisser partir au bout de 18 mois des personnes qu’on a formées, qui travaillaient bien, et qu’on n’a pas le droit de garder encore un peu. Les politiques n’ont pas l’air de comprendre à quel point le monde de l’industrie est devenu volatil. Les tendances se retournent tous les deux ou trois mois, j’ai une vision de mon activité à même pas une semaine… On a changé de monde, Pour s’adapter, il faudrait gommer la différence entre CDD et CDI, avec des règles claires d’indemnisation, de formation des salariés licenciés, en fonction de leur ancienneté.  Il y a un potentiel d’embauches, en France, si les employeurs avaient moins peur de s’engager sur des CDI alors qu’ils ne savent pas de quoi l’avenir sera fait. L’aide de 2000 euros pour la première embauche ne va pas résoudre le problème : si son activité baisse, que fera l’entreprise de son premier salarié ? Plafonner les indemnisations aux prud’hommes, ça va dans le bon sens. C’est vrai qu’après un licenciement individuel, on se retrouve presque systématiquement devant la justice, aujourd’hui."

 

David Simonnet, président du directeur et DG d’Axyntis : " Il est dommage que les ETI soient les grandes oubliées" 

Secteur : chimie fine. Groupe de 5 PME, 420 salariés à Paris. CA : 84 M€

"Je trouve très positif que le gouvernement continue de mettre l’entreprise au cœur de la relance économique, et plusieurs mesures vont en ce sens, notamment en direction des petites entreprises. J’apprécie surtout les modifications touchant les accords de maintien dans l’emploi : le fait de pouvoir les signer pour cinq ans correspond à la durée des engagements de ma société avec ses clients. Si besoin, je pourrai donc garantir sur la durée les accords portant sur le temps de travail et les rémunérations. De plus, les salariés qui refuseront la modification de leur contrat de travail ne feront plus l’objet d’un licenciement économique, mais d’un licenciement classique, ce qui coûtera moins cher à l’employeur. C’est bien de corriger tout de suite un dispositif qui ne fonctionnait pas, le gouvernement fait preuve de réactivité. 97% de mes salariés sont en CDI, mais paradoxalement, si je peux renouveler les CDD deux fois au lieu d’une, ça va m’encourager à plus recruter en CDD qu’avant… Il est dommage que les ETI soient les grandes oubliées des mesures annoncées ce matin. Elles passent à côté de tous les dispositifs de soutien aux problèmes de financement. Pourtant, les petites ETI ont autant besoin d’être soutenues que les grosses PME. En voyant tout ce qui échappe à mon groupe, je me dis que j’aurais peut-être eu intérêt à ne pas dépasser les 250 salariés… 

 

Alain Sabatier, PDG de Distriplast: "des petits plus, mais pas suffisants"

Secteur : plasturgie. 48 salariés à Dunkerque (Nord). CA: 20M€

"Le report de trois ans des changements de cotisations liés au franchissement d’un seuil nous concerne directement, car nous nous apprêtons à passer le seuil des 50 salariés. Comme tout le monde, nous faisons des calculs pour savoir s’il est plus économique d’embaucher ou de faire appel à de l’intérim. Concernant les prud’hommes, l’annonce devrait permettre d’éloigner quelque peu cette peur des prud’hommes que ressentent les patrons de TPE et PME. Mais les industriels n’embauchent pas en fonction des incitations, ils le font quand ils ont un marché, une commande, ou un besoin sur une compétence précise. Ces mesures auront un effet positif à moyen terme, de par leur effet rassurant, mais elles me semblent insuffisantes pour déclencher des embauches à court terme. Au final, je les qualifierais de “mesurettes” : ce sont des petits plus qui vont dans le bon sens, mais qui ne seront pas suffisants pour remettre les gens sur le chemin de l’emploi.  On reste dans un discours de subventions, de coercition, alors que ce qu’attendent les industriels c’est un discours de motivation. Il manque à la France un discours d’incitation à la réussite, pour redonner aux gens la fierté de travailler. On est loin des mesures de fond entreprises par l’Allemagne il y a une dizaine d’années."

 

Martial Grémaud, président de Lariplast : "J’utilise l’apprentissage  et je suis content du résultat"

Secteur : plasturgie. 17 salariés à Marle (Aisne). CA : 5,5M€

"Un plafonnement des indemnités aux prudhommes ? Quand j’embauche un salarié, je ne calcule pas le risque financier en cas de licenciement. Je considère que cela coûtera toujours moins cher de le licencier, en respectant le droit du travail, que de le garder à son poste et qu’il soit nocif à l’entreprise. Du côté de la trésorerie, toutes les initiatives améliorant la flexibilité sont bonnes à prendre. Nous avons connu, lorsque nous achetions de nouvelles machines et que nous augmentions des stocks, une situation de tension. Nous n’avons pas eu de problèmes  lorsque nous sommes allés voir les banques, mais un peu plus de flexibilité à court terme, ce serait bien. J’utilise l’apprentissage dans mon entreprise et je suis content du résultat. Je me dis que nous devons toujours avoir un ou deux apprentis dans notre entreprise, à qui nous devons consacrer du temps pour les former".

 

Vighen Papazian, PDG du groupe Infodis (ESN) : "Plafonner les indemnités aux prudhommes, quelle bêtise ! "

Secteur : numérique. 250 salariés, à Roissy (Val-d'Oise). CA : 26 M€

"Rien dans les mesures annoncées ne va résoudre mon problème : depuis deux ou trois ans, je perds 10 à 15 points de croissance par an, faute de pouvoir recruter les bonnes personnes. Le gouvernement parle de renforcer les formations pour les chômeurs vers les métiers en tension, mais mon secteur sera-t-il concerné ? J’ai aussi besoin d’envoyer mes salariés en formation. Qui va les remplacer chez le client ? Une mesure annoncée parle de mettre à leur place des chômeurs payés par Pôle emploi. Je ne sais pas où ils sont allés chercher une idée pareille, ces chômeurs n’auront pas les compétences nécessaires ! Ce n’est pas adapté à nos métiers du numérique. Surtout, on ne s’attaque pas au régime d’indemnisation du chômage, qui fait que certains préfèrent rester au chômage jusqu’au bout plutôt que de chercher un emploi qu’ils vont de toute façon trouver, dans des métiers en tension comme les nôtres. Quant à plafonner les indemnités aux prudhommes, quelle bêtise ! Cela va encourager les salariés à aller chercher de l’argent devant les tribunaux, et on restera sur une relation de travail pensée en termes de conflit. C’est bien que le gouvernement mette les entreprises au cœur de ses réformes, mais je suis sceptique sur l’effet sur l’emploi de ces mesures… "

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Arnaud Dumas, Cécile Maillard, Frédéric Parisot, Adrien Schwyter

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