MESSAGES BROUILLÉS

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Directeur de la rédaction

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Qu'est-ce qui inciterait un industriel à recruter ? Une subvention à l'embauche ? Seulement un patron sur dix le dit. Une baisse des charges ? Un sur deux répond par l'affirmative. Le message est clair. Il y a quelques semaines, on pouvait croire qu'il avait été entendu. Aujourd'hui, le gouvernement donne l'impression d'être sourd. Hausse du Smic contre baisse des charges. L'offre faite le mois dernier était honnête, le coup jouable. Aujourd'hui, la hausse du Smic est quasi chose faite. La baisse des charges promise semble, en revanche, se réduire comme peau de chagrin. Contraintes budgétaires (pour qui sont-elles nouvelles?) obligent. Du coup, pour limiter le prix de ces subventions indirectes à l'embauche et en augmenter le rendement, les Pouvoirs publics multiplient les critères et conditions compliqués. On retombe dans un travers bien français: le fonctionnaire, le ministre, voire le président du CNPF, aimerait décider à la place du chef d'entreprise.

Mais, dans le "donnant-donnant" cher à Alain Juppé, on ne voit pas bien ce que l'industrie va y gagner. Plus une subvention à l'embauche est soumise à conditions, moins elle séduit une entreprise industrielle moderne. Les CRE (Contrats de retour à l'emploi), grands frères des CIE (Contrats initiative emploi), rencontrent ainsi trois fois plus de succès dans les services que dans l'industrie. Les stages et autres emplois aidés collent mieux aux besoins de Nouvelles Frontières ou d'une croissanterie qu'à ceux d'Usinor ou de Gemplus, sans que l'on sache si l'emploi aurait été ou non, de toute façon, créé. L'entreprise industrielle high tech a en effet d'abord besoin d'une main-d'oeuvre qualifiée et stable. Si cette même entreprise profitera peu des mesures gouvernementales en préparation, elle les finance aussi. Paradoxe: l'industrie manufacturière, secteur le plus soumis à la pression de la compétition internationale, subventionne indirectement des industries de services relativement à l'abri de la concurrence extérieure!

Or ces mêmes industries de services se développent d'abord à partir d'une base industrielle forte, et non l'inverse. Une solution durable au problème du chômage passe donc par un encouragement à l'emploi industriel. Ce doit être, sans ambiguïtés, la priorité des priorités du gouvernement. Quitte, puisque le rétablissement des comptes publics l'exige, à demander des sacrifices à toutes les composantes du tissu économique et social français, sans exception.

USINE NOUVELLE N°2507

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