Merkel redit son opposition à toute mutualisation de la dette

BERLIN (Reuters) - La chancelière allemande Angela Merkel a réaffirmé vendredi son opposition à toute forme de mutualisation de la dette en Europe, rejetant ainsi les propositions faites la veille par le président français François Hollande.

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Durcissant le ton, elle a également invité l'Europe à entamer une discussion sur le fossé qui se creuse selon elle entre la France et l'Allemagne.

"L'Europe doit discuter des différences croissantes entre les économies française et allemande", a dit Angela Merkel devant une assemblée de chefs d'entreprise, ajoutant que l'Allemagne est le "pôle de stabilité et le moteur de la croissance" en Europe.

"Si on regarde, par exemple, l'évolution des coûts du travail entre la France et l'Allemagne au cours des dix dernières années, on constate qu'au début du millénaire, l'Allemagne faisait plutôt moins bien ou au mieux pareil que son voisin à de nombreux niveaux mais les différences se sont fortement accentuées (en faveur de l'Allemagne, NDLR), ce qui est aussi un sujet qui doit être discuté en Europe."

La chancelière, pressée par ses pairs européens de mettre un bémol à ses appels à l'austérité pour sortir de la crise de la dette, a également redit qu'à ses yeux il n'était pas viable de financer la croissance par de nouvelles dettes. Elle a une nouvelle fois exclu la création d'euro-obligations.

Peu avant ces déclarations, le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault avait rejeté vendredi toute idée d'un front des pays du Sud de l'Europe pour isoler Angela Merkel dans les discussions sur les mesures à prendre pour sortir la zone euro de la crise.

Lors de sa rencontre jeudi avec le président du Conseil italien Mario Monti, François Hollande a renouvelé son souhait de voir l'Europe se doter de nouveaux instruments financiers pour soutenir la croissance et sauver l'euro.

Il a notamment évoqué "des obligations qu'on peut appeler euro-bonds, euro-bills, fonds d'amortissement", ajoutant: "Ça renvoie à des réalités différentes mais nous avons besoin de nouveaux instruments, qui supposeront eux-mêmes plus d'intégration."

UN RÔLE ACCRU POUR LA BCE

Les positions se figent ainsi entre Paris et Berlin à deux jours des élections législatives en Grèce qui sont susceptibles de déterminer du maintien ou non d'Athènes au sein de la zone euro.

En revanche, Paris et Berlin sont sur la même longueur d'onde concernant un rôle plus actif à accorder à la Banque centrale européenne dans la supervision du secteur bancaire en Europe.

"Nous devons réfléchir à une supervision bancaire qui ne soit pas sous le contrôle des intérêts nationaux mais qui soit indépendante. Ce rôle pourrait être tenu, par exemple, par la Banque centrale européenne", a dit Angela Merkel.

La chancelière se montre très critique vis-à-vis des tests de résistance ("stress tests") menés par l'Autorité bancaire européenne. A ses yeux, ces tests n'ont guère été pertinents parce qu'ils ont été menés par des autorités nationales soucieuses de minimiser les problèmes des établissements qui dépendent d'elles.

Dans une tribune publiée mardi par le Wall Street Journal Europe, le gouverneur de la Banque de France allait dans le même sens qu'Angela Merkel.

Notant que la Réserve fédérale des Etats-Unis est devenue un "superviseur systémique", Christian Noyer estime que "la BCE et les banques centrales nationales des 17 membres de l'eurosystème devraient être pareillement habilitées à superviser les institutions avec une présence ou des activités transfrontalières significatives".

Annika Breidthardt; Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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