Merial, la pépite vétérinaire de Sanofi, devrait passer sous giron allemand

L’opération a du sens, sur un marché des soins pour animaux en pleine concentration. Mais les syndicats s’inquiètent déjà des conséquences d’une cession par Sanofi de sa division Merial, très implantée en France, au laboratoire allemand Boehringer. Ce dernier a précisé ses engagements.

 

 

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Merial, la pépite vétérinaire de Sanofi, devrait passer sous giron allemand


Fabrication de vaccins chez Merial DR

C’est la première concrétisation du recentrage des activités annoncé le 6 novembre par Olivier Brandicourt, le nouveau patron de Sanofi. Mardi 15 décembre, le groupe pharmaceutique français, numéro trois mondial, a annoncé des négociations exclusives pour un spectaculaire échange d’actifs avec son concurrent allemand, Boehringer Ingelheim.

Sanofi se transformerait ainsi en numéro un mondial de la santé grand public, en reprenant les activités de Boehringer (hors Chine). La contrepartie pour l’Allemand ? Un chèque de 4,7 milliards d'euros à verser à Sanofi, tout en s'offrant une pépite du Français : Merial, sa division spécialisée dans la santé des animaux. Boehringer Ingelheim prendrait ainsi la place de numéro deux mondial dans le vétérinaire.

Un tiers des salariés de Merial implantés en France

Une éventuelle cession de Merial avait été annoncée par Olivier Brandicourt, qui reconnaissait étudier toutes les options (introduction en Bourse…), ne la jugeant pas assez riche en synergies avec le reste du groupe pharmaceutique. Cette division, dont le siège avait été ramené à Lyon il y a quelques années, compte toujours 2 000 de ses 6 600 salariés en France, qui constitue son deuxième marché après les Etats-Unis.

Elle dispose de huit sites – sur ses dix-huit – dans l’Hexagone, dont un centre de recherche à Saint-Vulbas (dans l'Ain) et trois en région lyonnaise, avec le site historique de Gerland, la grande usine de Saint-Priest, et l’usine de Lentilly pour le packaging secondaire. "Lyon deviendrait un centre opérationnel clé de l'activité Santé Animale de Boehringer Ingelheim", assure ce dernier. Qui s'engage "à conserver les opérations commerciales, les centres de R&D et les centres de production en France".

La CFDT, première organisation syndicale chez Sanofi, s’est empressée de "demander des garanties fermes pour l’emploi". Interrogé, Boehringer Ingelheim promet d' "éviter toute mesures collectives de réduction des effectifs chez Merial dans le Grand Lyon au cours des 24 mois qui suivront la finalisation de la transaction", prévue pour le dernier trimestre 2016. Les négociations se poursuivent concernant les effectifs des autres sites.

"Si le renforcement dans la santé grand public présente un intérêt stratégique, le désengagement du secteur santé animale nous semble incohérent au regard de la capacité d’endettement du groupe, estime pour sa part la CFDT. Sanofi n’a pas besoin de financement le conduisant à se séparer de Merial".

25% de marge opérationnelle

Avec ses 2,1 milliards d’euros de chiffre d'affaires l’an dernier, Merial ne représentait que 6,2% des ventes du français. Mais il pouvait susciter la convoitise. Avec 25% de marge opérationnelle, "nous sommes la plus profitable des entreprises de ce marché", affirmait il y a quelques mois son patron, Carsten Hellmann.

Merial peut compter sur son expertise historique dans les vaccins, développée à Lyon et très précieuse avec de fortes barrières à l’entrée, et sa place de leader mondial sur le segment des animaux de compagnie et en santé publique vétérinaire.

L’opération menée avec Boehringer Ingelheim a du sens, sur un marché des soins pour les animaux toujours plus concentré. Suite au mariage des activités de deux concurrents, Lilly et Novartis, pour former l’américain Elanco, Merial s’était d’ailleurs fait voler cette année la place de numéro trois de son marché. Reste à savoir si les autorités de la concurrence accepteront la vente de Merial au groupe allemand. En 2011, le français avait ainsi tenté de se marier avec l’activité vétérinaire du laboratoire américain Merck, numéro deux du marché. En vain.

Gaëlle Fleitour

Gaëlle Fleitour Rédactrice en chef, en charge du Web
Gaëlle Fleitour

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