Menace sur le cuivre chilien

Le premier producteur mondial de métal rouge est à la veille d'une grave crise énergétique. En cause un stress hydrique suite à trois années de sècheresse.

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Menace sur le cuivre chilien
Pas moins de 68 000 tonnes de cuivre seraient menacées estime une étude de Mark Turner, un analyste de Hallgarten & Company, un consultant indépendant spécialisé dans l'Amérique Latine. Une crainte confirmée par Juan Carlos Guajardo, le directeur du centre local de recherche sur le cuivre, Cesco. Il vient de préciser à la presse chilienne que un tiers des capacités de production de cuivre, situées dans le centre du pays, pouvaient être affectées. La situation énergétique sera difficile, a mis en garde Michelle Bachelet la Présidente du Chili.
Assurant environ un tiers de la production mondiale de cuivre, le Chili ne possède que deux modes de génération de l'électricité, thermique, 60% de ses capacités, et hydraulique, les 40% restants. Le pays andin fait varier ses ressources en fonction des possibilités, privilégiant lorsque c'est possible les centrales hydrauliques, au fonctionnement moins couteux. Or le 1er février, le ministre chilien de l'Energie, Marcelo Tokman, signalait que 2007 avait été la troisième année la plus sèche depuis 50 ans et que le niveau des réservoirs était 40% plus bas que prévu. Et 2008 ne devrait guère être plus favorable au niveau pluviométrique, mettait en garde le ministre de l'Intérieur, Edmundo Pérez.

La situation n'est guère plus brillante pour l'électricité produite par les centrales thermiques à gaz. Depuis 1995 l'Argentine assurait 80% des besoins en gaz naturel de son voisin, mais depuis 2004 les contrats d'approvisionnement ont été dénoncés et les livraisons diminuées drastiquement. En janvier 2008 pas plus de 1,2 million de m3 ont été livrés contre 16 millions en janvier 2007, indique Turner. Ces restrictions ont obligé le Chili à utiliser du fuel à la place du gaz naturel, amenant un renchérissement d'environ 80%, selon l'analyste.
Outre le manque d'eau et la diminution des importations de gaz argentin, les travaux de maintenance de la centrale thermique de Nehuenco (11% de la production thermique d'électricité) commencés en juillet 2007 dureraient au moins un an. Le gouvernement chilien a pris en conséquence les mesures nécessaires pour économiser l'énergie. Selon Mark Turner, le scénario le plus probable dans ces circonstances devrait entrainer une diminution de 3% de la production de cuivre du pays. Toutefois, si les pluies arrivent plus tard que prévu et si l'Argentine continue de diminuer ses livraisons de gaz naturel la production de cuivre pourrait subir une baisse de 6% pendant une période prolongée. Une conséquence particulièrement grave pour un pays qui tire 60% de ses revenus à l'exportation de ses ventes de métal rouge. Chaque perte d'un MW entraine une diminution annuelle de 4 000 tonnes de la production rapporte le Metal Bulletin. Les prochains 18 mois devraient être difficile confiait à la publication britannique le patron d'Antofagasta, Marcelo Awad.

Le cuivre en manque d'énergie

Si la production de métal par concentration de minerai de cuivre (le minerai est broyé et soumis à un traitement physique ou chimique servant à extraire et produire un concentré de minéraux de valeur) ne devrait pas être affectée, celle utilisant le procédé SX-EW (le métal est dissous de la roche par des solvants organiques et récupéré de la solution par électrolyse) devrait être fortement impactée. Ce dernier procédé est en effet gourmand en électricité. De plus, si la production de concentrés est stable, celle par lixiviation est en expansion et représente aujourd'hui plus d'un tiers de l'offre chilienne. Cochilco, l'organisme officiel du cuivre chilien, tablait en 2008 sur une production globale de 5,708 millions de tonnes (Mt) de cuivre, dont 2,048 Mt par lixiviation.
Tablant dans son scénario central sur une diminution de 10% de la production de cuivre par SX-EW, Turner estime qu'entre mars et juin 2008 la production chilienne pourrait souffrir d'une perte de 68 300 tonnes, soit plus de la moitié des quantités de cuivre que détiennent actuellement les magasins du LME (131 925 tonnes). Et encore, note l'analyste, cette hypothèse est particulièrement prudente et les pertes de production pourraient se révéler sensiblement supérieures.
Dans le centre du pays ce sont les gisements de Codelco El Teniente et Andina qui vont subir le manque d'énergie. Au nord, les mines situées dans le désert d'Atacama dépendent du producteur d'énergie Gas Atacama, un joint-venture d'Endesa Chile et du fonds Southern Cross, en grande difficultés. Les compagnies minières, Codelco, BHP Billiton et Antofagasta lui ont offert un soutien financier pour sécuriser leurs approvisionnements en électricité et ont accepté une hausse de 30% des tarifs. BHP Billiton a investi 222 millions de dollars dans un générateur au fuel d'une capacité de 600 MW afin d'alimenter sa mine géante d'Escondida. Une stratégie suivie également par ses concurrents.

A plus long-terme le Chili pourrait rétablir son équilibre énergétique grâce à un important programme de construction de centrales thermique et hydrauliques. Pour développer son indépendance il compte en particulier sur une usine de transformation de gaz liquéfié qui doit entrer en activité en fin d'année. Codelco, le premier producteur de cuivre, doit construire en partenariat avec Suez un terminal de LNG au nord du pays qui sera inauguré en 2015. En attendant, conclut Turner, « ce qu'il reste à constater n'est pas si le pays va subir une crise énergétique, mais quelle sera son ampleur ».
Si la crise énergétique chilienne est pour l'instant moins sévère que celle qui frappe l'Afrique du Sud, elle aura cependant des répercussions sur le marché du cuivre. Si la place du Chili dans le cuivre, plus de 30% n'est pas celle de l'Afrique australe pour le platine ou le chrome, il n'en demeure pas moins que le scénario central de Turner représente une baisse de 1% de l'offre globale de métal rouge pendant 5 mois. Si une perte de 68 000 tonnes parait limitée en comparaison d'une production globale attendue à 19 Mt en 2008, il faut la rapprocher d'un rapport entre offre et demande proche de l'équilibre : UBS attend un surplus de 300 000 tonnes, la SG de 100 000, Barclays un déficit de 30 000 et l'Abare dans son rapport du 7 mars un surplus de 200 000 tonnes.

Daniel Krajka


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