MedinCell veut s'inscrire dans la durée

La biotech montpelliéraine développe une technologie à longue durée d'action qui permet d'améliorer l'observance des médicaments. Elle s'appuie également sur un modèle de financement singulier. Explications avec Christophe Douat.

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MedinCell veut s'inscrire dans la durée

« Nous sommes différents des autres biotechs de par notre vision et notre modèle de société à mission. » C'est en ces termes que Christophe Douat, le président du directoire de MedinCell, décrit cette société pharmaceutique fondée en 2003 et basée à Montpellier.

« Nous sommes une entreprise construite avec une double vision : avoir un impact sur la santé publique mondiale en conservant un modèle de société capitaliste innovant », poursuit le président. En 2020, MedinCell a couvert plusieurs fronts différents : les neurosciences, le paludisme, et même le Covid-19.

Tous les actifs développés par MedinCell ont un point commun : ce sont des médicaments déjà existants et sur le marché, des caractéristiques qui permettent d'économiser un temps précieux lors des essais cliniques, l'innocuité et la sécurité de l'actif ayant déjà été étudiées. Pour mieux se singulariser, MedinCell fait appel à une technologie brevetée en 2011, qui soutient tout son modèle de développement et est baptisée BEPO.

 

Christophe Douat
© MedinCell
Christophe Douat, président du directoire de MedinCell

 

La technologie long acting de MedinCell

Concrètement, le médicament d'intérêt est encapsulé dans un liquide visqueux et injecté par voie sous-cutanée. Ce procédé permet de garantir l'observance du médicament en assurant une libération, à une concentration choisie, continue et prolongée dans l'organisme du patient, cette dernière allant de quelques jours à six mois. Le liquide injecté est constitué de trois composants, à savoir le principe actif, celui que l'on cherche à diffuser dans l'organisme, le copolymère breveté de MedinCell et un solvant organique biocompatible et hydrophile, le tout prenant la forme « d'un demi-petit pois ».

Une fois injecté, le solvant hydrophile va se dissoudre dans l'organisme et faire précipiter le polymère qui contient le médicament. Ce polymère se dégrade progressivement, d'où la libération longue durée ou long acting. « Avec notre technologie, il est possible de libérer jusqu'à 1,5 ml de formulation. Notre technologie est l'équivalent d'une mini-pompe virtuelle biodégradable. Cette technologie est au service de nos deux principaux objectifs : améliorer l'observance ou pouvoir réaliser un traitement en local », détaille Christophe Douat. Une technologie qui peut s'appliquer à différentes aires thérapeutiques.

Des champs d'applications variés

Premier exemple, celui de la contraception. La biotech réalise en effet des études précliniques et cliniques de phase I pour un contraceptif injectable, biorésorbable et actif sur une durée de six mois. Un candidat-médicament qui pourrait devenir une référence dans les pays où l'accès à un suivi médical peut s'avérer compliqué.

Autre exemple, celui du traitement de la douleur et de l'inflammation, le programme mdc-CWM de MedinCell. « La pose d'une prothèse de genou fait partie des opérations médicales les plus douloureuses. Logiquement, cette opération nécessite un traitement aux opioïdes pour supporter la douleur », explique le président de MedinCell. Ce traitement aux opioïdes représente un énorme problème de santé publique, notamment aux États-Unis. « On estime à environ 20 % le nombre de patients qui deviennent dépendants à ces traitements après une opération. Avec une meilleure prise en charge de la douleur dès l'opération, il serait sans nul doute possible d'abaisser ce chiffre », ambitionne Christophe Douat.

Enfin, dernier exemple, et non des moindres, étant donné ses bons résultats cliniques, celui du programme mdc-IRM. Fruit de la collaboration entre Teva et MedinCell, démarrée en 2013, ce programme utilise la Rispéridone, un antipsychotique prescrit à environ 40 % des patients schizophrènes. Elle fait l'objet d'une étude de phase III pour l'évaluer sous forme de suspension injectable sous-cutanée à libération prolongée. Et bonne nouvelle pour MedinCell, puisque l'essai a atteint son critère d'évaluation principal.

Administrée grâce à la technologie de la biotech, la Rispéridone sous cette forme a en effet démontré une réduction comprise entre 62,5 % et 80 % du risque de rechute par rapport au placebo, selon la posologie. Il ne s'agit toutefois là que de trois exemples où s'applique la technologie de MedinCell, qui, en tout, compte neuf programmes précliniques et trois programmes cliniques. « C'est là tout l'avantage de notre modèle « tout-terrain », il peut être déployé sur des molécules très différentes », résume Christophe Douat. Et pour mener ces différents chantiers de front, MedinCell a également développé un modèle de développement différenciant dans le monde des biotechs françaises.

 

 

Des financements de la Fondation Bill & Melinda Gates

La biotech, qui compte aujourd'hui plus d'une dizaine de produits dans son pipeline, repose en effet sur une logique de fonctionnement gagnant-gagnant bien spécifique. Pour développer certains de ses actifs, MedinCell signe des partenariats avec des organismes tels qu'Unitaid, une agence de santé internationale, ou encore la Fondation Bill & Melinda Gates. Ces derniers bénéficient de licences pour l'exploitation non-commerciale dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires, en échange d'une participation aux coûts de développement.

« Nous sommes partis du principe que la Big Pharma s'adresse principalement aux pays riches. Travailler avec un organisme comme la Fondation Bill & Melinda Gates nous permet d'obtenir des fonds, tout en respectant notre philosophie, celle de l'accès aux médicaments dans tous les pays du monde », se félicite Christophe Douat.

La biotech a ainsi bénéficié de ce type de partenariats pour ses projets concernant le paludisme avec Unitaid et le développement d'un contraceptif injectable avec la Fondation Bill & Melinda Gates. Un modèle économiquement viable pour la biotech qui conserve les droits commerciaux en s'engageant à commercialiser le médicament à un prix abordable dans les pays en développement. En 2019, MedinCell a, par exemple, reçu une subvention de 19 millions de dollars de la part de la Fondation Bill & Melinda Gates, « un financement énorme » pour une biotech française.

Et pour le développement de ses actifs en propre, MedinCell n'en reste pas moins une société cotée en Bourse, depuis octobre 2018. De quoi permettre à MedinCell de durer, et de continuer à se différencier.

UN JOINT-VENTURE AVEC CORBION POUR LA FABRICATION

Pour déployer son polymère aux niveaux clinique et commercial, MedinCell a déjà tout prévu : « Avec Corbion, nous avons fondé, il y a plusieurs années, un joint-venture pour assurer la fabrication de nos copolymères », souligne Christophe Douat. De quoi permettre à MedinCell de soutenir la production de lots cliniques... et commerciaux. « Aujourd'hui, nous pouvons déjà fabriquer des batchs de 100 kg de polymères, soit un million de doses », chiffre le président de MedinCell.

 

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