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Médicaments contre l’obésité : la France prend ses distances

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le

Alors que deux nouveaux traitements contre l’obésité viennent d’être approuvés aux Etats-Unis, l’autorité sanitaire française estime qu’il n’y a pas de méthode "miracle". Elle rappelle qu’elle a déjà fait retirer du marché français plusieurs traitements.

Médicaments contre l’obésité : la France prend ses distances © corlos - Flickr - C.C.

On n’avait pas connu cela depuis treize ans ! En un mois, l’agence américaine des médicaments (FDA) a donné le feu vert à la commercialisation de deux médicaments anti-obésité. Alors qu’aucun traitement de ce type n’avait été mis sur le marché depuis treize ans.

Mardi 17 juillet, le laboratoire américain Vivus a enfin pu crier victoire. Son traitement anti-obésité Qsymia a été approuvé par la FDA. Il sera préconisé pour des patients obèses ou en surpoids souffrant d'au moins une pathologie liée à leur excès de poids (hypertension, diabète…). Cette combinaison de deux traitements (un dérivé d'amphétamine et un anti-épileptique), la FDA l’avait pourtant rejetée en 2010. Tout comme le Belviq, un médicament du laboratoire Arena Pharmaceuticals pour réguler l’appétit, qu’elle a finalement autorisé le 27 juin.

Des traitements refusés il y a deux ans

Il y a deux ans pourtant, Qsymia présentait, selon la FDA, trop de risques d'effets secondaires cardiovasculaires et de risques de malformation foetale. Mais depuis, un nouveau comité consultatif d'experts a rendu une position positive sur le rapport entre le bénéfice et les risques liés à la prise du traitement, au vu des dernières données disponibles. "Bien que le rythme cardiaque se soit légèrement accru chez certains patients, leur tension artérielle a également diminué", estime le président de ce comité.

Selon lui, Qsymia pourrait aider des personnes obèses ou en surpoids à perdre 5% à 10% de leur poids, ce que beaucoup n’arriveraient pas à faire avec un régime alimentaire et de l'exercice seuls. Une position liée aussi au contexte local : aux Etats-Unis, plus d'un tiers des Américains seraient obèses, contre 15% de la population française âgée de plus de 18 ans.

Prudence en France, même avant l’affaire Mediator

Ces traitements arriveront-ils un jour en France ? Pas si sûr. Car la prudence est de mise dans l’Hexagone. Surtout depuis l’affaire du Mediator - cet adjuvant au diabète du laboratoire Servier dont le procès a été repoussé à décembre - qui a traumatisé les autorités sanitaires.

Dans un rapport publié mercredi sur "l’évaluation des risques liés à l’utilisation de produits de santé à des fins d’amaigrissement", l'agence française du médicament et des produits de santé (ANSM) multiplie les avertissements. "Un traitement médicamenteux ne peut être envisagé qu'en cas de nécessité  médicale de perte de poids et de réponse insuffisante aux mesures diététiques et de style de vie", estime-t-elle.

Il n’existerait donc pas de méthode "miracle" contre l'obésité, mais une "prise en charge globale, personnalisée, à long terme indispensable pour obtenir des modifications durables des habitudes diététiques, comportementales et d'activité physique, nécessaires au maintien de la perte de poids".

En France, seuls deux médicaments à base d'orlistat, une substance qui limite l'absorption des graisses au niveau du tube digestif, sont autorisés actuellement : le Xenical du Suisse Roche, soumis à prescription médicale et Alli du britannique GSK, en vente libre en pharmacie. Même s’ils peuvent présenter des risques d’effets indésirables hépatiques graves.

Ces dernières années, l’ANSM avait fait retirer du marché plusieurs médicaments indiqués dans le surpoids ou l'obésité en raison d’une balance bénéfice/risque jugée négative : l’Acomplia de Sanofi en 2008,  puis le Sibutral du laboratoire Abbott, en janvier 2010. Avant que n’explose l’affaire Mediator.

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