Mediator : plus d'un an après, le scandale se poursuit

"L'affaire Mediator n'a pas eu d'impact sur nos ventes", assurait, en août dernier, la directrice des affaires extérieures du laboratoire Servier à L'Usine Nouvelle. Six mois après, une nouvelle étude vient de chiffrer le nombre de morts qu'aurait causé ce médicament. Et l'action judiciaire suit son cours…

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Mediator : plus d'un an après, le scandale se poursuit

Une nouvelle étape dans l'affaire du Mediator. Selon une étude publiée ce jeudi par Mahmoud Zureik, directeur de recherche de l'Inserm et l'épidémiologiste Agnès Fournier, cet adjuvant au diabète, commercialisé entre 1976 et 2009 par le laboratoire Servier, aurait "probablement" causé 3100 hospitalisations et au moins 1300 morts.

Des chiffres à prendre avec précaution, car les chercheurs ont extrapolé le nombre d'hospitalisations pour insuffisance valvulaire entre 2006 et 2009, en le rapportant au nombre total d'utilisateurs du médicament durant toute sa durée de vie.

Selon eux, les méfaits du Mediator seraient néanmoins sous-estimés dans cette étude, qui ne prend pas en compte les "petits" consommateurs de ce médicament à base de benfluorex, ni son autre effet secondaire grave : l'hypertension artérielle pulmonaire.

Ces éléments devraient cependant nourrir le dossier des victimes présumées du traitement. Car, plus d'un an après l'éclatement de cette affaire, rien n'est réglé.

Le rapport de force entre Servier et le gouvernement

En novembre 2010, un an après avoir retiré du marché le Mediator et ses deux génériques en raison de leur "efficacité modeste" sur le diabète et de risques avérés d'atteintes des valves cardiaques, l'autorité sanitaire française, l'Afssaps, révélait des estimations selon lesquelles ce médicament aurait causé 500 à 2 000 morts.

Ces données sont contestées par le laboratoire français Servier, qui se base sur l'étude "Regulate" réalisée à sa demande en 2009. En août 2011, Lucy Vincent, la directrice des affaires extérieures de Servier, expliquait ainsi à L'Usine Nouvelle que cette étude aurait démontré que "le Mediator peut provoquer des effets sur les valves cardiaques" mais "qu'après un an de traitement, il n'y avait toujours pas d'effet grave".

Tout en mettant l'accent sur le fait que les patients diabétiques, auxquels ce médicament était officiellement destiné, constituent une "population déjà à risques". Susceptibles, pour plus de 50% d'entre eux, d'avoir des anomalies des valves cardiaques avant même qu'ils ne prennent le Mediator.

"Ce qui peut expliquer, précisait alors Lucy Vincent, que le médecin, si les faits s'aggravent, puisse mettre cela aussi bien sur le compte de la maladie, ou d'autres médicaments, que sur le compte du Mediator."

Mais ces arguments n'ont pas convaincu le gouvernement. En septembre 2011, le ministre de la Santé Xavier Bertrand a donc lancé un fonds public d'indemnisation pour les victimes du Mediator financé, dans un premier temps, par l'État. Avant de faire passer, fin décembre, une loi pour réformer le système du médicament, instaurant notamment plus de clarté dans les liens entre professionnels de santé et industriels et modifiant en profondeur l'Afssaps.

Un laboratoire lâché par ses pairs

Depuis, c'est sur le plan judiciaire que l'affaire se poursuit. Car 317 victimes présumées ont choisi la voie de la citation directe pour obtenir un procès pénal pour des faits de "tromperie aggravée". Sont visés particulièrement dans cette poursuite le groupe Servier, son fondateur, Jacques Servier, ainsi que la société Biopharma qui a commercialisé le Mediator.

Très attendu, ce procès devrait se tenir du 14 mai au 6 juillet devant le tribunal correctionnel de Nanterre, a-t-on appris lundi 6 février. Par ailleurs, deux informations judiciaires ont été ouvertes à Paris, l'une pour "tromperie aggravée" et l'autre pour "blessures et homicide involontaires". Mais ne devraient pas déboucher sur un procès avant plusieurs années.

Lâché par le syndicat des entreprises du médicament (le Leem), le laboratoire Servier tente malgré tout de poursuivre son activité. Et multiplie les partenariats. En particulier en biotech, pour rattraper son retard. D'où un accord avec l'américain Miragen, pour développer des médicaments à visée cardiovasculaire ciblant les micro-ARN, ou avec le belge Galapagos, contre le cancer.

Mais Servier n'abandonne pas pour autant le traitement du diabète, objet d'un contrat en novembre avec la société canadienne Prognomix. Le laboratoire, qui avait enregistré 3,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2010, saura-t-il se relever de l'affaire Mediator ?

"L'affaire Mediator n'a pas eu d'impact sur nos ventes, avait assuré Lucy Vincent à l'Usine Nouvelle en août dernier. C'est une histoire assez franco-française." Difficile, pourtant, de le croire encore aujourd'hui…

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