Médiator, la bataille d’experts sur les cas avérés s’intensifie

Les relations se tendent entre la ministre de la Santé et Servier. Mais le laboratoire pharmaceutique, qui joue la montre, commence à marquer des points sur le terrain judiciaire.

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Médiator, la bataille d’experts sur les cas avérés s’intensifie

L’Usine Nouvelle l’avait écrit dès l’ouverture du procès du Mediator, à la mi-mai : le débat pour déterminer les effets de ce médicament, suspecté d’avoir causé au moins 500 morts en trente ans, sera une guerre d’expertises. Cinq mois après, cette tendance se confirme. « Deux procès sont en cours contre les laboratoires Servier, qui utilisent actuellement tous les moyens juridiques à leur disposition pour en ralentir l'issue », a dénoncé il y a quelques jours la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

Afin que les victimes n’aient pas à attendre la fin des procès pour être indemnisées, l'Etat a donc confié à un collège de sept médecins experts indépendants de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam), le soin d'examiner les dossiers d'indemnisation des malades ayant pris du Mediator. Leur mission, déceler d’éventuels liens entre le benfluorex, le principe actif du Mediator, et des anomalies des valves cardiaques. Alors qu’il a reçu 7 467 dossiers, le collège d'experts n’a conclu, pour l’instant, à un droit à l’indemnisation que pour 20 dossiers sur 583.

Les premiers chèques d’indemnisation partis

Les victimes seraient-elles moins nombreuses que prévu ? Les parties civiles affirment que non. "Il ne faut pas qu'il y ait des victimes de l'indemnisation comme il y a eu des victimes du Mediator", s’est émue Marisol Touraine. C’est néanmoins une première manche remportée par le laboratoire Servier, qui a développé et commercialisé ce médicament. "Il y a eu beaucoup de bruit autour de l’affaire Mediator, beaucoup de conférences en province. On a ainsi incité beaucoup de plaintes, qui n’auraient pas dû avoir lieu, affirme Lucy Vincent, la directrice des opérations extérieures de Servier, à l’Usine Nouvelle. Cela défavorise très gravement les victimes réelles du Mediator, car cela a noyé dans la masse et ralenti le traitement des cas réels. Mais ce qui est important c’est que le processus ait été enclenché, que nous soyons arrivés au point où le premier patient a été indemnisé."

Le laboratoire aurait déjà envoyé des chèques - dont il refuse de communiquer le montant - à deux ou trois victimes. Il affirme n’avoir fait aucun provisionnement spécifique en vue de toutes les demandes d’indemnisation. Combien seront-elles à être acceptées par le collège d’experts ? "D’après les données que nous avons déjà, celles de l’Oniam et les plaintes au civil, nous estimons qu’il y a à peu près 25% sur environ 8 000 cas qui peuvent estimés comme attribuables par les experts, pense Lucy Vincent. Mais pour la vaste majorité de ces 25%, les lésions sont mineures. Il faut rassurer les gens qui ont pris le Mediator : il y a quelques cas sévères malheureusement, mais très peu nombreux."

Bataille sur la méthodologie

Ce n’est pas ce que dit la première étude réalisée en novembre 2010 par l’épidémiologiste Catherine Hill à partir des données de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (Cnam), qui accusait le Mediator, largement détourné comme coupe-faim durant sa commercialisation, d'avoir causé la mort d'au moins 500 personnes. Depuis, d’autres estimations font porter le nombre de décès jusqu’à 2000. Des chiffres qui ont lancé l’affaire, et dont Servier réfute la méthodologie. La chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris a entendu son appel.

Comme le révélait RTL, elle vient de nommer un épidémiologiste pour étudier les "données sources" de la Cnam, et épauler les deux experts qui planchent depuis juin sur une expertise scientifique attendue dans le volet pénal de l’affaire. "Nous avons été d’abord abasourdis car ce type de calculs n’avaient jamais été fait pour un autre médicament, avec une méthode que l’on a inventé et des chiffres d’économie de la santé qui ne sont pas fait pour cela, assure Lucy Vincent. Or cela ne correspondait en rien à ce que nous savions du dossier de pharmacovigilance du Mediator et de notre étude Regulate." Bien qu’il se fasse attendre, il faudra donc attendre le rapport de ces experts pour savoir si le laboratoire est de bonne foi dans cette affaire.

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