Mécanisme de capacité : quelle rémunération en attendre

Vincent Rious est vice-président régulation chez Microeconomix. Il analyse la mise en place depuis le 1er avril du mécanisme. Il doit assurer une adéquation entre la capacité de production ou d'effacement disponible et la pointe de consommation en France. Indispensable compte tenu de l'évolution des fondamentaux du marché électrique, sa mise en place soulève également des questions sur la rémunération que peuvent en tirer les acteurs du secteur.

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Mécanisme de capacité : quelle rémunération en attendre

Le système électrique français se caractérise par des pointes de consommation très élevées, d'autant plus que la température est faible. La puissance électrique consommée en France a ainsi atteint au maximum 102 GW le 8 février 2012 (contre une puissance moyenne consommée en France de l'ordre d'une cinquantaine de GW). Cela s'explique notamment par la part importante du chauffage électrique dans les foyers français (33% en France contre 5% en Allemagne). La pointe électrique a également la particularité d'avoir augmenté deux fois plus vite que la consommation française depuis plus de 20 ans.

Des investissements de pointe nécessaires mais très risqués

Parallèlement, partout en Europe, le développement de la production renouvelable a eu un effet paradoxal. Il incite les centrales dites de semi-pointe comme les centrales à cycle combiné à fermer car elles ne fonctionnent plus suffisamment dans l'année (par exemple moins de 1500 heures en 2013 en France alors qu'elles devraient fonctionner de l'ordre de 5000 heures par an pour être rentables). Dans le même temps, de nouvelles centrales de pointe (au fioul ou turbine à gaz) sont nécessaires d'un côté pour combler l'absence des centrales de semi-pointe à la pointe de consommation et de d'un autre côté pour suivre l'évolution de cette dernière.

Or, il a été constaté dans de nombreux marchés électriques que la seule rémunération de l'énergie électrique produite ne suffit pas pour inciter les producteurs à développer ou à maintenir en service des capacités de pointe suffisantes car elles ne sont rémunérées que si le niveau de consommation est suffisamment haut, seulement durant quelques centaines d'heures par an. Par exemple, la consommation française n'était que de 82 GW au maximum en 2014 (comparé au 102 GW de 2012).

Une rémunération complémentaire mais à quel niveau ?

Avec le mécanisme de capacité français, les producteurs de pointe ne seront plus uniquement rémunérés lorsqu'ils produiront. Ils seront également rémunérés pour la disponibilité de leur capacité de production lors de la pointe de consommation. De même, les agrégateurs d'effacement ne seront pas uniquement rémunérées pour la consommation qu'ils modulent effectivement mais pour leur capacité, leur aptitude à pouvoir le faire. Un revenu plus stable limite les risques de ces opérateurs et donc également leur coût de financement, ce qui facilite leurs investissements. D'un autre côté, le prix de la capacité incitera les fournisseurs d'électricité à pousser leurs clients à modérer leur consommation de pointe.

Dans le même temps, au vu des résultats du mécanisme de capacité en Grande-Bretagne, plusieurs questions se posent sur le mécanisme de capacité français. Le prix de la capacité s'est en effet établi à un niveau plus faible qu'attendu en Grande-Bretagne (20 livres par kilowattheure contre 30 £ livres par kilowattheure) et seules 2,6 GW de nouvelles installations ont été retenues par le mécanisme. Cela s'explique notamment par le fait que les centrales existantes peuvent offrir de la capacité à un prix modéré ou moyennant des investissements d'une moindre ampleur que pour de nouvelles installations.

Des effets similaires pourraient être observés en France, d'autant plus que les effacements de consommation sont déjà bien développés en France (de l'ordre de 1,8 GW) et présente un potentiel de 6GW. L'espoir de ce mécanisme est justement que les capacités développées comblent le déficit de 2000 MW attendu par RTE pour 2016-2017 dans son dernier bilan prévisionnel.

Vincent Rious, vice-président régulation chez Microeconomix

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