Mécanique : Maneurop veut reussir en Amérique

Filiale de Danfoss, le fabricant français de compresseurs frigorifiques mise sur ses nouveaux modèles développés à partir d'une technologie américaine pour contrer, aux Etats-Unis, la domination de son concurrent, Copeland.

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Avec 65 millions de francs d'investissements inscrits à son budget 1997, Maneurop confirme son redémarrage. Pourtant, fin 1992, au terme d'un exercice qui se soldait par une perte de 160 millions de francs, les chances de survie de l'entreprise, implantée à Trévoux (Ain) et à Anse (Rhône), paraissaient bien faibles. Victime d'une diversification hasardeuse - le rachat des moteurs Baudoin, à Marseille - , la filiale du groupe Paribas était alors au plus bas. La PMI a bénéficié de l'intervention énergique de son repreneur : le groupe danois Danfoss (11 milliards de francs de chiffre d'affaires dans les composants industriels en 1995). La cession de Baudoin et la mise en place d'une nouvelle équipe de direction porte rapidement ses fruits. L'effort de réorganisation et de réduction de l'endettement permet le retour à l'équilibre dès l'exercice 1994, puis celui des bénéfices l'année suivante. Ce regain de santé, qui s'accompagne d'un accroissement des ventes (710 millions de francs en 1995, contre 500 millions de francs en 1992), incite maintenant la PMI à renforcer sa présence internationale, avec comme objectif prioritaire les Etats-Unis. Pour tenter de prendre une part de marché significative outre-Atlantique, et contrer l'omniprésence de son concurrent américain Copeland (numéro 1 mondial avec un chiffre d'affaires d'environ 5 milliards de francs), Maneurop veut séduire les grands constructeurs américains de groupes de froid, comme Carrier, York ou Tecumseh. Pour cela, l'entreprise, qui est implantée depuis 1990 à Atlanta, mise sur sa nouvelle gamme de compresseurs Performer, qui utilisent une technologie américaine, le Scroll. Ayant investi près de 100 millions de francs en quatre ans pour industrialiser cette technologie achetée au groupe Trane en 1991, le fabricant français est satisfait des résultats obtenus. " Comme prévu, indiquent les techniciens, la nouvelle génération s'avère plus fiable, moins bruyante et offre un meilleur rendement que le traditionnel compresseur à piston. " L'équipe de conception, qui regroupe une dizaine d'ingénieurs, est fière d'être parvenue à développer une technique d'usinage permettant d'obtenir un niveau de précision de l'ordre du micron. Grâce au process mis au point, le fabricant a pu réduire ses coûts de fabrication par rapport aux autres licenciés du Scroll. Réalisant déjà 15 % de son chiffre d'affaires avec la gamme Performer, Maneurop prépare activement de nouveaux modèles de petite et forte puissance afin de pouvoir proposer une gamme complète à ses clients. " Il faut faire vite, explique Louis Pasteur, le P-DG, car le marché mondial de l'air conditionné et de la réfrigération s'oriente de plus en plus vers ce type de compresseur totalement hermétique, aux performances élevées. " Si les clients américains confirment leur intérêt pour le Performer, Maneurop pourrait construire une usine au Mexique (en 1997 ou 1998) afin de bénéficier du faible coût de la main-d'oeuvre locale.

Au Brésil et en Nouvelle-Zélande

Soucieuse de maintenir sa position de leader sur le marché européen des équipements de conditionnement d'air destinés au tertiaire - un créneau à plus forte valeur ajoutée que l'habitat particulier -, Maneurop estime qu'il lui reste encore beaucoup à faire pour améliorer la compétitivité de sa gamme traditionnelle de compresseurs à piston. Elle mise également sur l'international pour assurer sa croissance. Outre son projet américain, l'entreprise vient d'implanter deux ateliers d'assemblage au Brésil et en Nouvelle-Zélande. Pour réussir à l'étranger, les dirigeants veulent exploiter au maximum les opportunités offertes par le réseau international de la maison mère : " Si nous n'avions pas la possibilité d'utiliser l'antenne de Danfoss en Chine et sa logistique, nous n'aurions même pas essayé d'aborder ce pays. "



Une stratégie à la japonaise

N'ayant ni le temps ni les moyens d'inventer de nouvelles technologies de compression, Maneurop préfère acheter à de grands groupes industriels le droit d'exploiter leurs procédés. L'entreprise concentre ses moyens sur la phase industrielle et réduit les temps de développement au maximum pour être la première à mettre les produits sur le marché. Ce qu'elle avait déjà fait en 1970 en achetant à General Electric un procédé de fabrication de compresseur à pistons. Pour renforcer sa gamme, la PMI réédite l'opération en 1991, achetant au fabricant américain Trane (leader dans les équipements de froid) une licence de son procédé Scroll de fabrication de compresseur hermétique. Cette stratégie permet aujourd'hui à Maneurop de se situer au même niveau technologique que Copeland, et de commercialiser en même temps que lui une nouvelle gamme d'équipements.

USINE NOUVELLE N°2569

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