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L'Usine Aéro

MBDA, presque un Airbus des missiles

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Le fabricant de l'Exocet a mis un peu plus de dix ans à devenir le missilier de l'Europe. Il lui reste désormais à se transformer en une entreprise vraiment intégrée.

MBDA, presque un Airbus des missiles
Les missiles sont testés dans des chambres anéchoïdes, pièces dont les parois sont dépourvues d'échos pour ne pas perturber les mesures.
© QUALITY LAB SRL

En ce mardi 15 mars, Antoine Bouvier, PDG de MBDA, a le sourire. Le groupe qu'il préside depuis juin 2007, filiale à la fois d'EADS, de BAE Systems (37,5 % chacun) et du groupe italien Finmeccanica (25 %), a annoncé une marge opérationnelle supérieure à 10 % sur 2010. Pour la deuxième année consécutive. Pour une fois, un groupe européen de défense peut rivaliser sur ce terrain avec les cadors américains. Les Raytheon, leader mondial des missiles, et autres Lookheed Martin sont à peu près au même niveau.

Mais ce qui occupe l'esprit d'Antoine Bouvier depuis quelques mois, c'est de faire de MBDA le véritable Airbus des missiles. Son modèle, comme celui de l'avionneur toulousain, repose sur l'alliance de plusieurs sociétés nationales : française, britannique, italienne et allemande. Dès 1996, le mouvement a été amorcé. La fusion de l'anglais BAe Dynamics avec le français Matra Défense fait alors figure d'acte fondateur. L'arrivée, en 1999, de l'italien Alenia Marconi Systems, lui-même issu d'un rapprochement italo-britannique, vient conforter l'alliance... qui prendra le nom de MBDA en 2001. Avec une bonne dose de volonté politique et quelques programmes en coopération, le groupe prend forme. Par exemple, avec le système de défense antiaérienne Aster développé par la France, l'Italie et le Royaume-Uni. Ou le programme franco-britannique Scalp-Storm/Shadow, dont plus d'une douzaine de tirs ont été effectués lors des opérations de bombardement en Libye. En 2006, il se trouve même un partenaire allemand en rachetant LFK.

« Aujourd'hui, on peut dire que ce processus est achevé. Il reste maintenant à réaliser une véritable intégration industrielle », explique Antoine Bouvier. En clair, le missilier, qui occupe, certes, la deuxième place mondiale dans les missiles, avec une part de marché d'environ 23 %, doit devenir un seul et même groupe. C'est le but du projet One MBDA, que vient de lancer son patron. Un projet qui colle bien aux ambitions du traité franco-britannique signé en novembre dernier. Il fait de MBDA l'acteur « unique européen » dans les missiles (voir ci-contre).

Mais pour y parvenir, le groupe fait face à plusieurs défis. Commerciaux tout d'abord : la production de missiles, en particulier à Bourges, va mécaniquement baisser en raison de l'arrivée en fin de vie de certains produits, comme le Milan, le VL Mica ou l'Exocet. Certes l'Aster et le Meteor vont prendre en partie le relais, mais en partie seulement. Et dans les petits missiles, MBDA a du mal à imposer son MMP, le successeur de son célèbre Milan. Industriels ensuite. MBDA doit franchir une nouvelle étape en améliorant de 30 % sa performance industrielle. À l'instar d'Airbus il y a encore trois à quatre ans, MBDA n'est pas une entreprise totalement unifiée. « L'héritage historique pèse encore dans les différentes sociétés du groupe. Il y a des doublons, des process spécifiques à chaque pays », reconnaît Denis Ballet, membre du Comex et directeur des opérations. Ce dirigeant, qui a vécu toutes les étapes de la création de MBDA puisqu'il est entré à Matra Défense en 1983, a notamment la charge de supprimer les baronnies, d'unifier les méthodes et les outils de pilotage industriel. Et, surtout, il entend mieux spécialiser les huit principaux sites industriels du groupe. Un travail de longue haleine. « Il faut convaincre, négocier avec les directeurs de sites, et, pour cela, je me rends chaque mois dans les usines », confie Denis Ballet.

Rationalisation des productions

 

Héritage du passé, chaque pays avait la totalité des compétences, de la R et D jusqu'à l'intégration finale. Aujourd'hui, l'objectif est de créer des centres d'excellence, à l'image de ceux d'Airbus. Exemple, le site de production de Bourges, outre son activité de fabrication et d'assemblage, pourrait regrouper tout ce qui a trait aux équipements mécaniques et aux systèmes de lancement. L'Italie, où il y a deux sites industriels, sera le centre d'excellence en matière d'équipements électromagnétiques (les autodirecteurs), ainsi que celui des containers (shelters). Les éléments de propulsion seraient plutôt logés en Allemagne et en France, tandis que le Royaume-Uni pourrait prendre en charge le câblage et les calculateurs électroniques. D'autres chantiers sont en cours : sur la furtivité, la navigation ou le traitement de l'image.

Autre objectif : « Il faut essayer d'avoir une seule ligne d'assemblage finale par grande famille de produit », explique Denis Ballet. C'est déjà le cas pour deux programmes phares de MBDA. Le Meteor (un missile air-air) sera entièrement assemblé au Royaume-Uni alors qu'il est financé par six pays. De même, la France a été choisie pour assembler l'Aster. « Il a fallu s'entendre, pas seulement à notre niveau d'industriel, mais également au niveau des États. Cette dimension de souveraineté politique fait l'originalité de notre modèle industrielle... et sa difficulté », souligne Antoine Bouvier. Dans le cas du Meteor, la France a dû accepter qu'il soit assemblé de l'autre côté de la Manche alors que les sites de la région Centre (Bourges, Bourges-Subdray et Selles-Saint-Denis), avec ses 1 700 salariés, étaient parfaitement à même de fabriquer ce missile de dernière génération. Le directeur du programme, Dave Armstrong, a d'ailleurs autorité dans les quatre pays MBDA, lesquels conservent toutefois l'intégration finale des charges militaires, opération stratégique s'il en est. De même, la France garde la haute main sur l'ASMP-A, le vecteur nucléaire de la force de dissuasion.

En matière de R et D, un gros travail de rationalisation est aussi à mener. MBDA déploie au moins six centres de R et D en Europe, avec parfois des doublons. Un premier chantier a été mené à bien en matière de logiciels. C'est désormais la France, avec son site de Bourges-Subdray qui pilote cette activité. « On a réparti et coordonné les tâches pour développer les logiciels de l'Aster avec nos équipes, au Royaume-Uni et en Italie », indique Christian Dufour, responsable du pôle. À Bourges, 35 personnes travaillent, dans une zone à accès restreint, sur les logiciels servant à la préparation d'une mission, au contrôle des commandes et aux contre-mesures. L'équipe est renforcée par une centaine de développeurs basés au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), le siège du groupe. MBDA en a profité pour implanter de nouvelles méthodes de développement, fondée sur des automates de codage, qui ont permis de gagner 40 % dans les délais. Subdray est aussi un centre d'excellence dans le domaine des essais et de la simulation, grâce à ses installations uniques en Europe. Par exemple, le groupe peut simuler de façon hyperréaliste le déroulement complet d'un tir. Dans le domaine de la mécanique et de l'électronique, les bureaux d'études français et britanniques travaillent désormais de concert, même si chacun garde les deux spécialités. « On aurait pu spécialiser l'un en mécanique et l'autre en électronique, mais cela n'était pas pratique », ajoute Denis Ballet.

Côté CAO et PLM (gestion du cycle de vie du produit), les outils utilisés par MBDA ont été progressivement harmonisés. Les erreurs d'Airbus dans ce domaine ont servi de leçon... Denis Ballet travaille à l'établissement de standards communs en matière de pilotage industriel, par exemple sur les mesures de performances des sites (bon du premier coup, lean management, gestion des stocks intermédiaires...). « Nous sommes obligés de combiner des process communs avec un pilotage local. Mais l'idée, c'est de créer des boîtes à outils que les directeurs de site peuvent utiliser », explique-t-il.

Plus d'investissements, moins de salariés

 

La rationalisation passe aussi par des investissements industriels. Dans l'usine principale de Bourges, où est notamment réalisé l'usinage des pièces de grandes et petites dimensions, ainsi que les parties en composite, la modernisation des machines va bon train. « On gagne en cycle et en temps d'usinage, avec les nouveaux centres de tournage et d'usinage Mori Seiki que nous avons achetés », indique Frédéric Lemaître, responsable de l'usinage à Bourges. Cette unité a toutefois payé un lourd tribut aux rationalisations : le site employait 3 600 personnes dans les années 1980, contre à peine 1 000 aujourd'hui. Chaque année - ou presque - 100 postes ont été supprimés. La création de MBDA a fait des victimes... Mais les responsables du groupe l'assurent : Devenir l'Airbus des missiles ne devrait pas entraîner de nouvelles restructurations.

Le champion du traité franco-britannique

S'il est un groupe de défense qui ressort gagnant de l'accord de coopération signé entre la France et le Royaume-Uni, en novembre 2010, c'est bien MBDA. Dans le point 18 du traité, les deux pays ont en effet décidé de mettre en place « un maître d'oeuvre industriel européen unique » dans le domaine des missiles d'ici à dix ans. Or qui peut mieux que MBDA, numéro deux mondial de la spécialité, incarner cet objectif ? Le missilier devra toutefois surmonter un écueil, en réalisant au moins 30 % d'économies. Mais c'est bel et bien lui qui mènera le jeu. En France, les Thales et autres Sagem (Safran), qui sont aussi présents dans les missiles, devront en tenir compte. Thales fabrique toujours le missile Crotale, ainsi que des auto-directeurs. Tandis que Sagem a développé le AASM, intensivement utilisé en ce moment en Libye. « Le traité franco-britannique va constituer un puissant levier pour unifier vraiment MBDA, dix ans après sa création », souligne Antoine Bouvier, le PDG. Cet accord entre États est un juste retour de l'histoire. MBDA est d'abord né de la fusion entre le français Matra Défense et l'anglais BAe Dynamics, en 1996. Jusqu'à présent, l'intégration passait surtout par des programmes de missiles en coopération. Avec le traité, qui implique un partage de souveraineté, le groupe va aller beaucoup plus loin dans l'intégration industrielle.

MBDA EN CHIFFRES

Chiffre d'affaires 2010 : 2,8 milliards d'euros Rang : numéro deux mondial des missiles Salariés : 10 000 (dont 4 600 en France) Sites : 14 dont 8 usines (France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie)

SECRET DÉFENSE DES PRODUCTIONS

C'est l'une des usines les plus fermées de France. Mais peut-on qualifier d'usine cet ex-site Matra niché au coeur de la forêt solognote, à quelques encablures de Selles-Saint-Denis ? S'il réalise l'intégration finale de la plupart des missiles de MBDA (Exocet, Aster et autres Milan), sa priorité, c'est la sécurité. « C'est un site où les contraintes pyrotechniques sont omniprésentes, car on y effectue l'opération la plus risquée, celle consistant à assembler la charge explosive au corps de missile », explique Michel Lombard, le directeur. Pour pénétrer dans ces ateliers, il faut montrer patte blanche. L'ensemble des 270 hectares est en zone protégée. Les 280 salariés sont au minimum sous le statut « confidentiel défense », certains étant soumis au « secret défense », le plus haut niveau. Tout candidat à l'embauche est soumis à une enquête de la Direction générale de l'armement (DGA), à des contrôles médicaux (y compris urinaires pour vérifier que le postulant ne prend pas de drogues). Quant à la formation en pyrotechnie, elle s'avère si stressante que 10 à 20 % des candidats abandonnent... Ce qui frappe lorsqu'on parcourt le site, ce sont les distances entre les bâtiments. « C'est pour éviter toute propagation en cas d'explosion », répond Michel Lombard. Les cellules pyrotechniques sont construites en béton armé de plusieurs mètres d'épaisseur, et chaque bâtiment est entouré de merlons, talus de forme pyramidale de plus de 4 mètres de haut. Le bâtiment dédié à l'Exocet, par exemple, a nécessité 2800 m3 de béton et 800 tonnes de ferraillage. Dans l'une des trois cellules pyrotechniques, où nous avons pu pénétrer, est réalisée l'étape critique, l'intégration d'un Exocet naval, qui vient d'être inspecté avec son conteneur de tir. « La moindre erreur d'un opérateur et c'est la catastrophe », explique un technicien. Toutefois, chaque cellule est indépendante des autres, et la consigne est formelle : pas plus de trois personnes doivent opérer ensemble dans une cellule.

TROIS REDOUTABLES CONCURRENTS

RAYTHEON LE LEADER C.A. missiles 2010 env. 4,2 milliards d'euros Principaux produits Tomahawk, Patriot, Amraam, Javelin L'américain est le leader mondial des missiles, sans contestation. Le groupe Raytheon, qui est présent dans l'aéronautique, l'électronique de défense, est le fabricant du célèbre missile de croisière Tomahawk et du Patriot, le vecteur antimissile balistique des États-Unis. Il produit aussi le missile pour fantassin Javelin, en joint-venture avec son compatriote Lookheed Martin, dont 300 exemplaires ont été achetés par la France au détriment du Milan ER. Une pierre dans le jardin de MBDA. LOOKHEED MARTIN LE CHALLENGER C.A. missiles 2010 env. 2,3 milliards d'euros Principaux produits JASSM, Javelin, Hellfire Le géant de la défense américain occupe la troisième place, derrière MBDA, dans la hiérarchie mondiale des missiles. Lookheed Martin, avec ses 48 milliards de dollars de chiffre d'affaires, ne fabrique pas que des missiles. Dans ce domaine, il a percé en Europe, en équipant notamment les hélicoptères français Tigre, d'Hellfire, un missile antichar. Il tente également de faire rivaliser son JASSM, un missile de croisière tiré depuis un avion, avec le Scalp de MBDA. RAFAEL LE PETIT POUCET C.A. missiles 2010 env. 500 millions d'euros Principaux produits Python 5, Derby, Iron Dome C'est le Petit Poucet des missiles. Mais le groupe israélien, qui réalise un chiffre d'affaires total d'environ 1,4 milliard d'euros et compte 6 500 salariés, est l'une des premières entreprises industrielles de l'État hébreu. C'est surtout avec son Python 5, un vecteur air-air de courte portée, que Rafael concurrence MBDA. Cette arme obtient de jolis succès en Afrique comme en Amérique latine. Par ailleurs, le Derby (air-air) vient défier frontalement le Mica de MBDA.

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