Matières premières : les industriels profiteront peu de la baisse des prix

Hormis l'or qui a battu un nouveau record le 8 août, tous les prix des matières premières chutent. Même le pétrole enregistre un recul historique. Une aubaine pour les entreprises soucieuses de réduire leurs coûts ? La réponse n'est pas si tranchée d'après les industriels.

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Matières premières : les industriels profiteront peu de la baisse des prix

Le Brent londonien est retombé brièvement sous la barre symbolique des 100 dollars le baril le lundi 8 août. Et ce, pour la première fois depuis février. A 14h50, heure de Paris, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre s'échangeait à 104,14 dollars, repassant au-dessus ladite barre. Les marchés ont beau être versatiles, la tendance est certainement baissière. "Les prix du pétrole continuent leur plongeon mardi 9 août, plombés par l'effondrement des cours sur les marchés d'actions et par l'accroissement de l'aversion pour les actifs jugés à risque", commentent les analystes de Commerzbank.

Chez le pétrolier français Total, on explique que "les cours du pétrole reflètent les fondamentaux du marché." En clair, lorsque les bourses dévissent, le cours du Brent chute. Derrière ce mécanisme, il y a des rouages animés par l’offre et la demande. "La croissance escomptée semble ne pas pouvoir être atteinte. Nos principaux clients, les industriels produiront moins et, par conséquent, auront moins besoin d’énergie. La consommation va baisser si le ralentissement de l’économie se confirme", souligne-t-on chez le pétrolier.

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Baisse des prix du pétrole temporaire

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) suit cette même logique. Elle a revu à la baisse sa prévision de demande pour 2011 et 2012 le mardi 9 août. "Des soucis d'ordre économique ont affecté la demande dans les pays de l'OCDE conduisant à une consommation plus faible qu'anticipée pendant l'été propice aux déplacements automobiles", justifient les analystes de l'Opep. La situation aux Etats-Unis, qui ont évité de justesse le défaut de paiement sur leur dette, inquiète particulièrement les principaux pays pétroliers. Les Etats-Unis, premier pays consommateur de pétrole au monde, ont récemment revu à la baisse leurs prévisions de consommation pour 2011 et 2012.

Mais malgré tout, l'Opep estime que cette spectaculaire décision aura "un impact faible à court terme". Ce qui explique que la correction de ses objectifs de production se fasse à la marge : 88,14 millions de barils/jour (mbj) au lieu de 88,18. Une analyse partagée par Total : "Sur le long terme, nous parlons d'une tendance haussière. Structurellement, l’offre de pétrole est limitée et la demande augmente avec l’industrialisation croissante des pays émergents et l’augmentation de la population mondiale. Cela va de nouveau augmenter. Nous ignorons simplement quand."

Les matières premières suivent la tendance

Pour les autres matières premières, excepté l’or, la tendance à la baisse se fait aussi sentir. "La valeur des matières premières est sensible au scénario de croissance. Si elle ralentit comme l’annoncent les cours de bourses, les prix des matières premières vont baisser sous l’effet d’une demande en recul", précise Augustin Landier, chercheur à la Toulouse School of Economics et membre de l'Institut d'Économie Industrielle (IDEI). Sur le court terme, l'indice Reuters-Jefferies CRB (une référence qui prend en compte 19 matières premières) a reculé de 1,86% lundi 8 août, après avoir chuté de près de 4,5% la semaine dernière. Soit son plus fort recul depuis début mai.

Mais cette baisse des prix ne change pas la donne, communique-t-on chez PSA. "Sur l’année, on s’attend à 700 millions d’euros de surplus, soit 200 millions de plus que prévu." Environ 70% des dépenses en matières premières du constructeur automobile sont négociées avec des fournisseurs, selon une logique de contrats. Seulement un tiers d'entre elles sont donc opérées sur les marchés boursiers. Cela concerne l’acier, le plastique, les terres rares et le caoutchouc. Par exemple, le prix d'achat du caoutchouc a augmenté de 53% entre le premier semestre 2010 et le premier semestre 2011.

Le jeu des contrats avec les fournisseurs

Ce type de contrats est signé en amont. Même si les entreprises sont couvertes selon la "logique du hedging", qui atténue les variations des cours, les prix payés aux fournisseurs ne prennent pas en compte la récente baisse boursière. "Certains industriels peuvent être dans une situation de décalage. Quand ils doivent expliquer à leus clients que les prix augmentent à cause des cours des matières premières, alors que tous les journaux parlent de baisse, cela peut être incompris ou mal perçu", souligne Rudolf Ganzel, chargé des questions économiques au Syndicat des équipements pour construction, infrastructures, sidérurgie et manutention.

La situation est donc complexe. Mais avec un peu d'habileté, elle peut permettre de sortir gagnant, selon Jean-Pierre Vely, délégué général du Groupe des fournisseurs de l’industrie électronique. "Dans notre secteur, on achète en amont par lots quand les prix baissent, explique-t-il. C'est un moyen d'éviter de payer le matériau au prix fort. Par exemple, le cours du cuivre a un impact énorme sur nous. Et pour le moment, nous n’avons pas trouvé de meilleur conducteur. Pourtant, son prix peut passer du simple au triple en fonction du moment où l'on signe le contrat. Alors l’achat en amont relève une importance stratégique que l'on prend de plus en plus en compte."

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