MATÉRIAUXPOURQUOI CIMENTS FRANÇAIS LIMITE SES AMBITIONSLes cimentiers partent en croisade pour conquérir un marché mondial en pleine croissance, Ciments français ne peut en profiter. Le groupe reste prisonnier de son endettement et de son actionnaire, malgré des résultats d'exploitation encourage...

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POURQUOI CIMENTS FRANÇAIS LIMITE SES AMBITIONS

Les cimentiers partent en croisade pour conquérir un marché mondial en pleine croissance, Ciments français ne peut en profiter. Le groupe reste prisonnier de son endettement et de son actionnaire, malgré des résultats d'exploitation encourageants.



C'en est assez! A l'annonce d'un nouveau plan de licenciements de 126personnes, les salariés de Ciments français se sont vraiment mis en colère. Grève, séquestration des dirigeants au siège de la filiale Calcia, ils estiment que la vente de ciment dégage des bénéfices et que de telles réductions d'effectifs ne se justifient plus. Cet incident marque la fatigue du personnel face à la politique intensive de resserrage des coûts menée par le cimentier. Depuis le rachat de Ciments français par Italcementi, en 1992, l'italien n'a cessé de lui imposer de plus en plus d'efforts. Afin de compenser les pertes dues aux aventures financières de sa filiale: 1,3milliards de francs de déficit en 1992, déjà réduites à seulement 685millions de francs de pertes l'année suivante. Pour opérer sa formidable remontée, le groupe a utilisé toutes les cordes disponibles à son arc: recentrage de ses activités sur le ciment, les granulats et le béton prêt à l'emploi, cessions d'actifs massifs, de l'ordre de 3milliards de francs. En deux ans, il s'est débarrassé de presque toutes les filiales de béton industriel, jugées peu rentables. Ajoutées aux efforts de productivité, fermeture de sites de production et licenciements, ces actions auraient presque permis de frôler l'équilibre en 1994. Seulement, il y a eu la sanction de Bruxelles. En décembre, la Commission a condamné tous les cimentiers d'Europe pour ententes. Les 169millions de francs qu'a dû provisionner Ciments français pour cette amende ont déjoué les prévisions. Une dépense "exceptionnelle" de plus, qui, avec les délits de portages, interdisent tout bénéfice. Néanmoins, la situation financière du cimentier s'assainit. Les contentieux ont trouvé une issue. Les marchés se présentent plutôt bien, et les marges d'exploitation sont conformes au métier. "1995 sera certainement l'année du retour à l'équilibre", annonce Yves-René Nanot, P-DG du groupe. Reste à réaliser une dernière cession: la filiale turque Set Betoya, qui fabrique des produits à base de béton. Pourtant, le retour à l'équilibre ne résout pas tous les problèmes. Le marché du ciment stagne en Europe. Le développement à long terme passe impérativement par une expansion à l'étranger. Or, Ciments français ne peut pas entamer de grands projets. Quelques tentatives se dessinent bien vers les Etats-Unis. Le groupe possède déjà sept cimenteries en Amérique du Nord, soit un chiffre d'affaires de 2,4milliards de francs, et il convoite ce marché en pleine expansion. Toutefois, à l'obstacle pécuniaire s'ajoute la pression des lois sur la protection de l'environnement, très sévères aux Etats-Unis, qui bloquent les projets. Encore très prudent, le cimentier hésite aussi à se lancer dans l'aventure asiatique. Il ne s'y risquera que si le ticket d'entrée n'est pas trop élevé, avec un éventuel joint-venture. Car le financement constitue le talon d'Achille de Ciments français. Le groupe n'a plus de capitaux disponibles, et sa maison mère, Italcimenti, non plus. Frappé par les dévaluations monétaires, les chutes de prix et la concurrence des importations, l'italien ne dégage plus de cash-flow. Il lui est donc difficile de soutenir sa filiale française. Impossible aussi de faire appel au marché boursier. Echaudés par les affaires de portages de 1992, les financiers n'ont rien oublié. Ciments français devra faire ses preuves auparavant. De plus, Italcimenti refuserait certainement une augmentation de capital. Il ne pourrait pas suivre et ne souhaite pas voir baisser sa participation, payée fort cher. Coincé par ses dettes et bridé par sa maison mère, Ciments français est donc condamné à restreindre ses ambitions. Et cela au pire moment. Car tous ses concurrents repartent dans une conquête internationale effrénée. Par exemple, Lafarge Coppée a monté courant 1994 un joint-venture en Chine , Chinefarge, exploitant une cimenterie au nord de Pékin. Le numéro1 français a aussi acheté Ciments de Tanger au Maroc, Fabrica nacional de cementos au Venezuela et a entamé la construction d'une usine supplémentaire en Turquie. De son côté, le suisse Holderbank a acquis Origny-Desvroise en France. Un immobilisme forcé

qui peut coûter cher D'après le cabinet d'analystes financiers Cholet-Dupont, le phénomène de concentration des entreprises de l'industrie cimentière ne peut que s'amplifier dans les dix années à venir et il pourrait ne rester que quelques intervenants à l'échelle mondiale. L'immobilisme forcé risque de peser fortement sur Ciments français. Habitué aux croissances externes échevelées qui l'avaient conduit à figurer comme le premier cimentier européen, le groupe avait déjà mal accepté sa reprise par Italcementi. Si l'italien freine son développement, les rapports entre maison mère et filiale risquent de s'empoisonner encore un peu plus. Ni l'un ni l'autre n'ayant oublié les déconvenues passées. , avec Martine ORANGE





USINE NOUVELLE N°2485

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