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Les importations grecques inquiètent les cimentiers français

L'implantation de terminaux d'importation de ciment dans les ports français irrite les majors nationaux.



Dans quelques semaines, le tribunal administratif de Rouen devra statuer sur la légalité des prescriptions environnementales spéciales imposées à Intertitan. Cette filiale du cimentier grec Titan, sur le point d'exploiter un terminal d'importation de ciment en vrac d'environ 100000tonnes par an à Grand-Couronne, conteste un arrêté préfectoral qui l'empêche de faire démarrer son activité.

En mai dernier, cet arrêté lui a imposé des mesures de protection de l'environnement si sévères, par rapport aux règles en usage, qu'il lui est économiquement et techniquement impossible de les respecter. Cette querelle juridique intervient au moment où les cimentiers français craignent que les importations n'affectent l'équilibre harmonieux de leur marché. A tel point qu'un rapport a été demandé par le ministère de l'Industrie pour analyser l'impact des importations sur le marché français du ciment. "En surcapacité, les grecs cassent les prix et perturbent les marchés régionaux", clament les cimentiers français. En France, les importations de ciment grec devraient, cette année, avoisiner les 200000tonnes (pour une consommation intérieure qui approche les 20millions de tonnes). Bien que minime, ce 1% grec crée de gros remous dans le secteur.

A Marseille, où Intertitan a déjà implanté un terminal pour 90000tonnes de ciment importé, le cimentier grec affirme proposer des tarifs inférieurs de 10% à ceux du marché local. Les consommateurs commencent à tirer leur épingle du jeu. "Après avoir essayé tous les arguments techniques et commerciaux, les cimentiers locaux finissent par céder et baissent leur prix, probablement de 7 à 8%. Cela suffit souvent à un client pour ne pas changer de fournisseur", explique Donal O'Riain, représentant d'Intertitan.

Pour l'instant, ces rabais ponctuels n'affectent pas vraiment le marché national. Mais les cimentiers redoutent que le phénomène ne prenne beaucoup plus d'ampleur. Personne n'a oublié l'exemple britannique, à la fin des années80. En sous-capacité, la Grande-Bretagne avait fait appel aux importations. Mais, lorsque le marché de la construction s'est ralenti, les prix se sont effondrés. Or, avec le ciment français, Lafarge Coppée réalise 36% de son résultat d'exploitation, pour seulement 11% du chiffre d'affaires du groupe. Ciments français (groupe Italcementi) tire aussi 76% de son résultat avec 27% du chiffre d'affaires sur la vente de ciment en France. Les prix, particulièrement élevés en France, par comparaison avec ceux pratiqués en Allemagne ou en Grande-Bretagne, contribuent à expliquer ces performances. Et les majors du ciment français peuvent craindre que les importations affectent leurs marges.

Pour contrecarrer les attaques commerciales grecques, les cimentiers français cherchent à exporter vers la Péninsule. L'idéal serait de monter plusieurs terminaux qui permettent d'écouler plus de 300000tonnes par an chacun, pour des investissements modiques d'une dizaine de millions de francs. Mais Lafarge a déjà connu quelques échecs dans ses tentatives. Leurs terminaux d'importation ont déjà été frappés d'interdiction d'exploitation par le gouvernement grec. Ciments français dispose bien d'une cimenterie près d'Athènes. Mais sa capacité, limitée à 600000tonnes par an, ne suffit pas pour pratiquer une guerre des prix sur un marché déjà déprimé face aux 6millions de tonnes produites par les deux majors grecs, Titan et Heracles.







USINE NOUVELLE - N°2472 -

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