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Quotidien des Usines

Coûteuse reconversion pour les producteurs de fibres-ciment

Publié le

Reconversion éclair pour Eternit et prudente pour Everite. Après l'interdiction de l'emploi de l'amiante, les deux anciens producteurs d'amiante-ciment affichent des stratégies de restructuration divergentes.

L'un avance à pas comptés, l'autre à marche forcée. Trois mois après la décision du gouvernement de bannir l'amiante à compter du 1er janvier prochain, les deux producteurs de fibres-ciment français, Saint-Gobain et Eternit, se sont lancés dans des stratégies de reconversion radicalement différentes. Eternit, qui entend défendre sa place sur le marché de la toiture et du revêtement de façade, a entrepris une restructuration éclair. Objectif : remplacer les produits en amiante-ciment par une gamme similaire, mais à base de fibres de substitution. Au terme d'une course contre la montre, le numéro 1 français du fibres-ciment s'apprête à lancer sa nouvelle gamme, Natura, 100 % sans amiante. Alors que l'amiante-ciment représentait 97 % de sa production au premier semestre. Mais la page sera difficile à tourner pour Eternit. Son usine de Thiant, dans le Nord, est dans le collimateur de la justice. Le procureur de Valenciennes, Eric de Montgolfier, envisage d'ouvrir une enquête préliminaire liée à des infractions au Code du travail relevées lorsque le site transformait encore de l'amiante. Une publicité dont Eternit, confrontée à des restructurations douloureuses, se serait bien passée. La firme a dû anticiper un investissement de plusieurs dizaines de millions de francs afin de permettre à ses sites d'Albi et de Rennes d'adapter leurs lignes de production. De plus, deux lignes supplémentaires ont été mises sur pied. Enfin, les usines de Thiant et de Vitry-en-Charolais (Saône-et-Loire) ont tourné sans discontinuer tout l'été pour reconstituer au plus vite un stock d'ardoises et de plaques ondulées. Mais la productivité s'est dégradée. " Les lignes Natura ne fonctionnent qu'à 70 % de la vitesse d'une ligne amiante-ciment ", reconnaît Jean-Marie Gilliard, responsable de la recherche appliquée. Malgré tout, Eternit assure être en mesure de répondre à la demande dès le mois de novembre. Même si l'offre " hexagonale " devra être complétée par des importations de produits des usines du groupe belge Etex, son actionnaire principal. Ce sera le cas pour les plaques de revêtement de façade, dont la production française a été stoppée. " Cette production n'aurait pas été viable. Nous nous fournirons auprès de notre usine de Kapelle, en Belgique ", explique Henry de Belsunce, directeur du marketing. Conséquence : le site de Triel-sur-Seine, qui emploie 126 personnes pour cette production, va fermer ses portes. S'ajoutent à cela l'arrêt de la fabrication de tuyaux et une réduction obligée des frais fixes. Au total, environ 350 emplois, plus d'un quart de l'effectif, seraient sacrifiés. De son côté, Saint-Gobain, deuxième producteur de fibres-ciment, devrait supprimer quelque 130 postes. L'usine Pont-à-Mousson d'Andancette (Drôme), qui fabriquait des tuyaux d'assainissement, sera fermée. Tandis que l'installation d'Everite de Descartes (Indre-et-Loire), spécialisée dans les produits de couverture, se prépare à une reconversion dans la fabrication d'ardoises et de plaques ondulés en ciment-verre.

Saint-Gobain mise sur le haut de gamme

D'ici à la fin de l'année, Novatech, une autre filiale de Saint-Gobain, y installera deux lignes de production similaires à celles exploitées depuis peu sur son site de Dunkerque. Entre 100 et 150 millions de francs devraient être investis. Quant à la commercialisation des produits en ciment-verre, elle ne sera pas effective avant l'année prochaine. L'heure n'est donc pas à la précipitation pour Saint-Gobain, qui, contrairement à son concurrent, ne brigue pas la place laissée vacante par l'amiante-ciment. Le ciment-verre, plus solide et plus esthétique, va se positionner vers le haut de la gamme. En affichant une résistance aux chocs élevée, les plaques ondulées Novatech veulent séduire le marché des bâtiments industriels, dominé par l'acier (83% des parts de marché), et que les toits en amiante-ciment, trop fragiles, avaient délaissé. De même, les ardoises ciment-verre cherchent à se confondre avec les ardoises naturelles (environ 60 % des parts de marché). En plus du haut de gamme, Novatech fabriquera sur le site de Descartes des produits un peu moins performants. Jouant la substitution, Eternit a surtout construit sa contre-offensive sur sa politique de prix, en sacrifiant ses marges. Alors que le coût de production a bondi de 40 % par rapport à l'amiante-ciment, les tarifs n'augmentent que de 10 à 20 %. Ce qui permet aux plaques ondulées d'afficher des prix inférieurs de 5 % à ceux des toits en acier. En outre, la firme affiche une politique commerciale volontariste. Cette stratégie sera-t-elle suffisante pour tenir les prétendants à l'écart ? Rien n'est moins sûr. Les toits en acier, par exemple, risquent de se faufiler sur le marché du bâtiment agricole, contrôlé à 85 % par l'amiante-ciment. Jusqu'à présent, l'acier était inadapté à l'atmosphère surchargée d'humidité des hangars. Mais l'offre évolue. " Nous allons prochainement proposer des toits plus résistants à la corrosion, conçus pour ce marché, explique Patrick Pense, directeur du marketing du département B-TP d'Usinor Sacilor. Nous nous préparons depuis deux ans à réaliser une offensive dans ce sens. Et la hausse des prix du fibres-ciment ne peut que nous y aider. "



Les producteurs liquident leurs stocks

L'annonce de mettre l'amiante hors la loi est tombée au plus mauvais moment de l'année, pour les producteurs. A la veille de l'été, les firmes avaient fait le plein des entrepôts, car la période des vacances est propice à la floraison des chantiers ! Eternit s'est ainsi retrouvée avec trois mois et demi de stock sur les bras, soit environ 87 000 tonnes d'amiante-ciment. Si les plaques ondulées se sont vendues comme des petits pains, la société estime qu'il lui restera un tiers de son stock, essentiellement des tuyaux et des ardoises. Elle envisage d'exporter ce trop-plein avant la fin de l'année dans des pays européen où l'amiante est encore autorisé. Everite a pratiquement épuisé tous ses stocks. L'usine a continué de produire pendant un mois l'été dernier.

USINE NOUVELLE N°2564
 

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