Matériaux : LES INDUSTRIELS FRANÇAIS BOUDENT LA MICROGRAVITÉ

Alors que la navette spatiale américaine emporte cette semaine de nouvelles expériences en apesanteur sur les matériaux, les industriels de l'Hexagone restent très sceptiques.

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La microgravité remet les pieds sur terre. "L'optimisme abusif laissant espérer des retombées commerciales de la recherche en microgravité a causé beaucoup de tort à la crédibilité des expériences en satellite, se plaint Jean-Jacques Favier, ingénieur du CEA, spationaute du Cnes et responsable de la mission Life and Microgravity Spacelab, qui devrait s'envoler en juin prochain."Pourtant, ces expériences peuvent apporter des enseignements impossibles à obtenir sur le sol, au même titre que le synchrotron." Mais les industriels sont loin d'être convaincus. Aucun Français n'a jusqu'ici apporté sa contribution aux recherches spatiales sur les matériaux en apesanteur. "Nous avons beaucoup de doutes sur les débouchés de ces expériences dans l'espace. Elles ne présentent pas d'intérêt pour Pechiney, qui n'a donc pas l'intention d'y dépenser un seul centime", témoigne Yves Farge, directeur de recherche de Pechiney. Solidifier les métaux ou les alliages en éliminant l'effet perturbateur de la convection thermique fait rêver plus d'un directeur de production. Mais le vol spatial coûte trop cher. Il faut dépenser près de 100000francs par kilo de matériel embarqué, alors que les boîtes-boisson ne coûtent que 10 à 40francs le kilo! Les industriels veulent une microgravité à prix abordable, et le CEA se plie en quatre pour les satisfaire. La solution: mener les mêmes expériences... au sol. "Le tube à chute libre de 50mètres installé à Grenoble permet de mieux approcher la gravité zéro que le vol spatial. Mais, avec cette hauteur, la chute ne dure que 2,3secondes", reconnaît Jean Hanus, directeur adjoint du Cerem, centre d'études des matériaux du CEA. Alcatel et le Gramme (Groupement de recherche sur les applications de la microgravité aux matériaux et à leur élaboration) y ont mis au point un procédé de fabrication des fibres optiques en verre fluoré par lévitation, avec l'aide financière d'un contrat européen Brite-Euram. L'objectif: fabriquer un câble sans perte de signal. Un projet couronné de succès sur le plan technique. Malheureusement, d'autres solutions, comme l'amplification répartie, apparaissent plus rentables. En fin de compte, ce n'est plus l'apesanteur, mais ses retombées secondaires qui ont intéressé Saint-Gobain, Sorem ou Ifrafour. "Pour réaliser des expériences de solidification des matériaux, il faut bien maîtriser le gradient des fours. Et ces industriels ont bénéficié des progrès sur la modélisation de la thermique", explique Jean Hanus. Les industriels américains semblent plus enthousiastes. "La Nasa réserve la moitié des opportunités de vol à des activités commerciales impliquant des industriels des matériaux", précise Jean-Jacques Favier. Cette semaine, le vol STS 69 doit d'ailleurs embarquer une expérience de croissance de semi-conducteur sur couche mince avec un bouclier ultravide spatial pour une firme américaine. La microgravité ne trouverait-elle aucun "fana" dans l'Hexagone? Si, mais seulement dans la recherche publique. Ainsi, le laboratoire de cristallographie et de sciences des matériaux du CNRS à Caen attend la fin du dépouillement des données obtenues sur les mécanismes d'édification des cristaux d'YBaCuO. "Ce supraconducteur chaud offre des applications potentielles importantes, mais nous maîtrisons mal les phénomènes microstructuraux, notamment sur la mise en ordre des atomes d'oxygène dans l'édifice cristallin", explique Maryvonne Hervieu, du CNRS.

Même l'intérêt pour les semi-conducteurs chute

Les tests en apesanteur vont permettre de s'affranchir du facteur convection pour mettre en avant d'autres paramètres, comme le coefficient de diffusion thermique, indécelable dans des conditions normales. Ces données permettront d'avancer un peu dans la compréhension des mécanismes d'édification du cristal. Mais ces fanas restent peu nombreux. Même pour les études sur les semi-conducteurs de type arséniure de gallium pour l'électronique, l'intérêt chute. "La maîtrise des modèles de croissance cristalline est déjà parfaite, puisque nous savons faire pousser des cristaux de plusieurs mètres cubes avec zéro défaut", atteste Emmanuel Rosencher, directeur de recherche au LCR de Thomson. Ainsi, personne ne s'étonnera que le budget consacré aux programmes d'action du Cnes s'infléchisse. Cette année, il passe au-dessous de

12 milliards de francs, dont 1,5 milliard pour les sciences en micropesanteur.





USINE NOUVELLE N°2514

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