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L'Usine Maroc

Maroc : un royaume à l'heure de l'écologie

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A la COP22, le Maroc veut mettre en avant son engagement dans le développement durable et ses investissements les énergies vertes.

Maroc : un royaume à l'heure de l'écologie
Le 4 février 2016, Mohammed VI et Ségolène Royal inaugurent la centrale solaire Noor, l’une des plus grande au monde, près de Ouarzazate.

Cap sur le green ! Le PJD, parti islamiste modéré du chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a beau être arrivé en tête aux législatives du 7 octobre, c’est drapé du vert, non de l’islam, mais de l’écologie, que le Maroc compte bien apparaître lors de la COP 22. À compter du 7 novembre, sur le site de Bab Ighli à Marrakech, va se dérouler cet événement, inédit par la taille pour le royaume. Sont attendus dans la ville ocre plus de 20 000 officiels, délégués d’ONG ou journalistes. Sans oublier les représentants du monde des affaires et une belle brochette de chefs d’État. L’occasion rêvée pour le pays de faire la promotion de son « modèle » environnemental, comme on le martèle souvent à Rabat. À raison. À côté de sa stratégie de plate-forme industrielle dans l’aéronautique et l’automobile, aux marches de l’Europe, le royaume investit massivement dans les énergies renouvelables depuis cinq ans et plus timidement dans « l’écologisation » de la société.

Pas de pétrole, mais des projets

De passage à la COP 21 au Bourget l’an passé, ­Mohammed VI avait appuyé sur l’accélérateur. Il avait alors réaffirmé l’engagement climatique du Maroc (- 13 % d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport à 2010) et surtout réévalué l’objectif de capacité électrique renouvelable du parc de production nationale, le faisant passer de 42 % à 52 % d’ici à 2030. Investissement prévu pour cette période : 15 milliards d’euros, au bas mot, pour 12 gigawatts. Centrales solaires d’Ouarzazate, multiples projets de parcs éoliens aux portes du désert ou au-dessus du détroit de Gibraltar, projets de R & D avec le CEA… la machine est en marche pour ce Maroc dépourvu de pétrole. « Cette stratégie se déploie à une échelle singulière sur notre continent et même au sein des pays en développement. D’autant qu’elle s’appuie sur un fort recours aux capitaux privés et aux montages de type PPP. Nous voulons démontrer que les renouvelables, le solaire notamment, peuvent se substituer aux fossiles, nous indique Mustapha Bakkoury, président de la puissante agence Masen, qui pilote les énergies vertes.

Pour le Maroc, qui, après avoir gagné quatre petites places en dix ans, pointe au 64e rang sur 180 pays dans le classement Environmental performance index de Yale, la tâche est immense et les chantiers multiples : énergie, transport, ­bâtiment, déchets, industrie… D’autant que, jusqu’à récemment, l’environnement ne figurait guère parmi les priorités. Dans le contexte des printemps arabes, la croissance, l’emploi et l’équilibre social font figure d’impératifs, alors que les marges de manœuvre pour ce pays de 33 millions d’habitants, huit fois moins riches que l’Européen moyen, restent contraintes. En témoignent les lenteurs dans l’assainissement liquide ou la persistance de l’immense décharge sauvage de Casablanca (Mediouna). Mais les pouvoirs publics commencent à prendre le pli. Même dans les économies d’énergie, le Maroc est passé à la vitesse supérieure, en se fixant comme objectif d’accroître de 20 % son efficacité énergétique à l’horizon 2030. « La consommation énergétique devrait doubler d’ici là à scénario constant. Pour un pays encore en construction comme le nôtre, c’est très ambitieux. Cela va toucher toutes les politiques publiques », assure Said Mouline, le directeur de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (ex-Aderee). Son agence a, par exemple, mis en place la réglementation thermique du bâtiment au Maroc (RTBM), applicable depuis l’an dernier aux constructions neuves, ou est impliquée dans la réalisation de la future écocité de Zenata près de Casablanca.

Le patronat mobilisé

« Sa majesté le roi, qui fixe les grandes orientations, a choisi une voie claire, à travers la charte de l’environnement promulguée en mars 2014 », rappelle Hakima El Haite, ministre de l’Environnement du gouvernement sortant et « championne du climat » durant la présidence marocaine de la COP. « Notre pays a une des plus belles stratégies pour l’eau de l’Afrique ou la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Le “plan Maroc vert”, notre politique agricole, incorpore désormais le changement climatique. Nous venons d’interdire les “mika”, les sacs plastiques. Surtout, j’observe une prise de conscience de l’opinion et des décideurs économiques. » Au Maroc, une cinquantaine d’entreprises sont déjà certifiées ISO 14001, y compris la plus grosse usine du pays, le site Renault de Tanger (lire page 52). De fait, le message est passé si l’on écoute Miriem Bensalah-Chaqroun, la présidente de la CGEM, le Medef marocain : « Le patronat a pris ce dossier du changement climatique à bras-le-corps. Nous échangeons avec nos homologues internationaux comme le Medef. Nous croyons beaucoup à la croissance verte pour notre pays, la CGEM a même mis en place une plate-forme de partage sur ce thème, la “Green growth academy”. Notre attente, c’est que la COP 22 agisse comme un accélérateur, notamment concernant le financement et les transferts de technologies. » Maître d’œuvre du « business summit » qui va se tenir le 16 novembre à Marrakech, la CGEM s’est fixé pour priorité de mobiliser les patronats africains. L’agence Masen, quand à elle, se prépare à faire ses premiers pas sur le continent pour exporter son « modèle » marocain. 

Pierre-Olivier Rouaud, envoyé spécial à Casablanca

(article paru dans L'Usine Nouvelle du 27 octobre)

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