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L'Usine Maroc

Maroc – Suède : des tensions politiques aux possibles rétorsions économiques

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Après le blocage de l’inauguration du premier magasin Ikea du Maroc la semaine dernière, le Maroc continue d’avoir la Suède dans le collimateur à propos de son attitude supposée sur le Sahara occidental. Et le gouvernement Benkirane évoque officiellement un possible boycott des produits suédois alors que les échanges entre les deux pays atteignaient  410 millions d'euros en 2014.

Maroc – Suède : des tensions politiques aux possibles rétorsions économiques
Illustration du compte twitter Ikea Maroc annonçant l'ouverture prochaine du magasin près de Casablanca
© dr

La semaine dernière a été marquée par l'emballement croissant des autorités marocaines à l'égard de la Suède et ses implications économiques : d’abord blocage de l’ouverture du premier magasin Ikea du Maroc à Zenate près de Casablanca puis menaces de rétorsions commerciales.

Aux origines de ce différend, la volonté supposée de certains parlementaires suédois du parti social-démocrate des travailleurs (SAP) au pouvoir de porter au parlement de Stockholm une motion reconnaissant la République arabe sahraouie démocratique (Rasd).

Celle-ci menée par le Front Polisario (soutenu par l’Algérie) occupe en fait une toute petite bande de l'ex-Sahara espagnol mais en revendique la totalité alors que sa plus grande partie est de facto intégrée au territoire marocain depuis la "Marche verte" menée par le royaume en 1976.

Cette question constitue un des points nodaux de la diplomatie marocaine et explique par exemple la non-participation du royaume à L'Union africaine (alors OUA) qui reconnait la Rasd depuis 1982.

Cette possible reconnaissance par les autorités suédoises a déclenché la fureur de Rabat, même si l'information elle-même reste sujette à caution.

La question du Sahara, objet d’un fort nationalisme en terre chérifienne, fait l’objet d’un consensus certain au sein de la société, de la plupart des médias et des partis marocains.

Hier, dimanche, une manifestation devant l’ambassade de Suède à Rabat a réuni comme le rapporte le site TelQuel plusieurs milliers de personnes pour protester contre le gouvernement suédois dirigé par Stefan Löfven.

Auparavant, l'ouverture du premier magasin Ikea du Maroc a été bloquée le mardi 29 septembre, officiellement par les autorités locales (wilaya de Casablanca) et pour des raisons de non-conformité du site.

"boycott des sociétés suédoises"

Ensuite en fin de semaine, le Maroc a indiqué réfléchir de manière sérieuse à prendre des rétorsions à l'égard de la Suède.

C'est ce qu'a exprimé le ministre de la Communication, Mustapha El Khalfi, à l'issue du Conseil de gouvernement du jeudi 1er octobre présidé par le chef du Gouvernement, Abdelilah Benkirane (photo ci-dessous lors d'un forum à Davos.).

Sur son compte twitter Mustapha El Khalfi,a ainsi écrit le vendredi 2 octobre : "Le Maroc s'orientera vers le boycott des sociétés suédoises après les campagnes de boycott des entreprises marocaines".

De son côté sur son site internet l’ambassade de Suède à Rabat a indiqué quelques heures après : "la Suède ne boycotte pas les produits ou les entreprises marocaines. La Suède apprécie les solides relations commerciales entre nos deux pays et est - partisane du libre-échange – désireuse de les approfondir davantage dans le cadre des négociations ALEAC entre l'UE et le Maroc".

Le boycott des produits suédois s’il était mis en musique par le Maroc entrerait en friction avec les règles de l’OMC dont Rabat est membre. Sur ce terrain, hors cadre très normé (ex. sanction de l’ONU), la jurisprudence internationale est ambiguë mais le critère de justification le plus souvent établi est celui de la "sécurité nationale", ce qui semblerait peu recevable en l’espèce, si d’aventure l’affaire était portée devant un tribunal de l’OMC.

Les échanges entre le Maroc et la Suède s'élevaient à plus de 4,46 miliards de dirhams (410 millions d'euros), rapporte le site Les Eco  avec un très fort excédent (69%) coté suédois. Outre Ikea des entreprises comme H&M, Volvo ou Ericsson ont une présence significative au Maroc. Ikea pour sa part est représenté en fait au Maroc en franchise via le groupe koweitien Al Homaizy. La zone commerciale de Zenata  étant développé par le groupe portugais Sierra Sonae.

Alors que le Maroc ne dispose pas d'ambassadeur en Suède, la diplomatie suédoise nie quant à elle tout changement d'attitude sur la question saharienne. Celle-ci dit toujours favoriser un traitement du dossier du Sahara occidental  dans le cadre prévu par les Nations Unies (attente de référendum depuis 1991).  Et n’a en fait mis en place aucun boycott formel des produits marocains.

A noter toutefois qu’au niveau des Nations Unies ou de l’Union européenne, la Suède et son opinion publique ont toujours porté de l’attention à la question du Sahara occidental. A Bruxelles, Stockholm s’est par exemple opposée (sans succès) à deux reprises à la conclusion d’accords de pêches UE Maroc car ceux-ci selon elles ne prenaient pas assez en compte l’intérêt des populations sahraouies.

Mais ces derniers jours, le compte officlel twitter du ministre suédois des affaires étrangères ou de la ministre, Margott Walström ne faisait pas mention des tensions avec le Maroc..

Appuyée par le gouvernement, une délégation de partis politiques marocains de gauche se rend pour quelques jours à Stockholm ce début de semaine. Cette délégation est conduite par Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU), un petit parti non représenté au Parlement. Avant son départ, Nabila Mounib a rencontré à Rabat, l'ambassadrice de Suède Erika Ferrer comme le rapporte Medias24. La délégation marocaine dont on ne sait si elle sera reçue par le gouvernement suédois comprend également, selon le site Huffpost Maroc des membres de l’USFP (opposition socialiste) et du PPS (ex-communiste), parti qui lui fait partie de la coalition au pouvoir conduite par le chef du Gouvernement et leader du parti islamiste PJD Abdelilah Benkirane.

Apaisement ou confrontation ? La réponse dans les jours à venir.

Pierre-Olivier Rouaud

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