Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Maroc

Maroc : recapitalisation de la dernière chance de 920 millions d'euros pour la raffinerie Samir au bord de la faillite

,

Publié le

Le conseil d’administration de la Samir a décidé vendredi 11 septembre en fin de journée de proposer à l’assemblée générale extraordinaire qui se tiendra le 16 octobre une augmentation de capital de 10 milliards de dirhams (920 millions d'euros). Objectif du principal actionnaire de la Samir, le milliardaire saoudien Al Amoudi  : sauver de la faillitte la seule raffinerie du royaume qui produit environ la moitié des carburants du pays. Au premier semestre, elle a enregistré 200 millions d'euros de pertes.

Maroc : recapitalisation de la dernière chance de 920 millions d'euros pour la raffinerie Samir au bord de la faillite
Mohammed Al Amoudi, PDG et principal actionnaire de la Samir
© dr

Accusé dans la presse locale d’avoir considéré la Samir comme une "vache à lait" et d’avoir financé des investissements en puisant notamment dans la trésorerie, Mohammed Al Amoudi, son PDG saoudien et principal actionnaire via la holding Coral, a finalement accepté de réaliser une augmentation de capital.

La réunion du conseil d’administration de la Samir, unique raffinerie du pays, s’est tenue, vendredi 11 septembre en fin de journée à Skhirat, au nord de Casablanca.

augmentation du capital

Il a été décidé "de proposer à l’Assemblée générale extraordinaire d’autoriser une augmentation du capital d’un montant de 10 milliards de dirhams [1 000 dirhams = 92 euros] et d’étudier et de recommander un mode de gouvernance ad-hoc conforme aux standards internationaux", indique le communiqué de la raffinerie.

Aucune précision n’a encore été donnée sur l’origine des fonds et la modalité de l’augmentation de capital. Elles seront décidées lors de l’assemblée générale extraordinaire prévue ce 16 octobre.

Alors que la cotation à la bourse du groupe à la bourse de Casablanca est suspendue depuis le 5 aût, le 8 septembre, le Conseil d’administration  s’était déjà réuni pour  arrêter les comptes semestriels.

"Au terme du premier semestre 2015, les comptes de la société font apparaître un résultat négatif de 2,172 milliards de dirhams [près de 200 millions d'euros] en raison de l’arrêt de maintenance quinquennal de la raffinerie durant les mois de janvier et février, suivi d’une baisse d’activité durant le restant du semestre. Cette situation a impacté négativement les ventes globales de la société qui ont enregistré un recul de 32% et une baisse du chiffre d’affaires de 50%, en comparaison avec la même période de l’année dernière », avait alors indiqué la société dans un communiqué.

L’an dernier, le raffineur national a déjà enregistré un résultat net en chute libre passant de 320 millions de dirhams en 2013 à une perte record de 3,4 milliards de  dirhams en 2014.

Ces résultats menacent la viabilité de l’entreprise alors même qu’elle a contracté des dettes considérables. La Samir devrait ainsi près de 13 milliards de dirhams à l’administration des douanes.

Le 10 septembre, Mohammed Al Amoudi a rencontré Abdelkader Amara, ministre de l’Énergie, Mohamed Boussaid, ministre des Finances et Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur pour tenter de renégocier sa dette auprès de l’État ; en vain vraisemblablement.

arrêt momentané de la production

La défiance est palpable entre le milliardaire saoudien et le gouvernement marocain depuis l’annonce par la Samir de "l’arrêt momentané de la production", le 5 août dernier.

Début septembre, l’Office des changes marocain a demandé à toutes les banques du pays de soumettre à son autorisation tout transfert de fonds "ordonné par la Samir, ou par les entités relevant de cette société, de son président directeur général ou de son directeur général".

Mercredi 19 août, le ministère de la communication assurait, à la sortie d’une première réunion entre Mohammed Al Amoudi et plusieurs membres du gouvernement qu’il ne cèderait à "aucune pression, marchandage ou chantage".

Renégociation de la dette contre augmentation de capital ?

Le mot "chantage" est un leitmotiv de la relation État marocain-Samir, depuis sa privatisation en 1997.

En 2002, Abraham Serfaty, célèbre opposant au régime de Hassan II, nommé en 2000 par Mohammed VI conseiller auprès de l'Office national de recherches et d'exploitations pétrolières, n’avait pas de mots assez durs contre les dirigeants de la Samir.

À l’époque, la raffinerie demande au gouvernement de suspendre la suppression des droits de douanes à l’importation de produits pétroliers (qui viendront faire concurrence à ses carburants) en contrepartie d’investissements dans sa raffinerie pour améliorer la qualité du pétrole raffiné.

Principaux actionnaires de la Samir (au 21/05/2015)
Corral Petroleum Holding, groupe suédo-saoudien : 67,27 %
Divers actionnaires (flottant en bourse) : 26,95%
Holding marocaine commerciale (Holmarcom) : 5,78%
A sa supension de cotation, le 6 août dernier, la capitalisaton de la Samir s'élevait à 1,5 milliard de dirhams, soit 136 millions d'euros.
Source : BVC Casablanca

 

"Les conditions de l'appel d'offres de la Samir étaient bonnes et impliquaient pour les soumissionnaires d'investir de façon à réaliser une qualité des produits pétroliers conforme aux standards internationaux. Cela va du pourcentage de soufre dans le gasoil à l'indice d'octane pour l'essence jusqu'au carburant sans plomb, etc. Par la suite, après que Corral a été désigné adjudicataire, le contrat final signé avec cette société, qui est le candidat qui s'était engagé sur les normes de l'appel d'offres avec des prix plus bas que ses concurrents, on a transgressé les normes techniques de l'appel d'offres. Ce qui a débouché sur une convention plus favorable à Corral que ne le prévoyait l'appel d'offres", expliquait en 2002 Abraham Serfaty, dans une interview au quotidien des affaires L’Economiste.

46% du pétrole brut acheté à la société saoudienne Arabian Light

À cette époque, le directeur général de la Samir n’était autre que l’ancien ministre de la Privatisation, Abderrahmane Saaïdi, celui-là même qui a défini et signé le contrat de cession à Corral Holding.

Abraham Serfaty dénonçait également la trop grande propension de la Samir à s’approvisionner en pétrole brut saoudien, du fait de la nationalité de son PDG, plutôt que de faire jouer la concurrence.

En 2013, la Samir achetait encore 46% de son pétrole brut à la société saoudienne Arabian Light.

Ce n’est qu’en 2009, 12 ans après la privatisation, que la Samir achève la mise à niveau de ses installations.

Un an plus tard, Amina Benkhadra, directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines, annonce la construction d’une seconde raffinerie à Jorf Lasfar, mais elle ne verra jamais le jour, laissant la Samir en situation de monopole.

Il reste aujourd’hui trois options possibles concernant l'avenir de la Samir : le redressement de la société grâce à la restructuration de sa dette, si l’État y consent, la faillite pure et simple avec le danger que cela représente pour le secteur bancaire marocain et plus largement l’économie nationale, ou la renationalisation de cette activité stratégique par l’État.

Julie Chaudier, à Casablanca

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle