Maroc : quand le géant des phosphates OCP se voit moteur d'une nouvelle révolution verte en Afrique

Le groupe public Office chérifien des phosphates (OCP) crée une entitée centrée sur le développement du marché africain des engrais. Elle comptera des filiales dans 15 pays africains à court terme pour un investissement d'au moins 100 millions de dollars alors que le groupe vient de lancer une usine d'engrais à 500 millions de dollars ciblant ces marchés. A sa tête deux anciens d'Areva.

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Maroc : quand le géant des phosphates OCP se voit moteur d'une nouvelle révolution verte en Afrique

Tropisme continental. L'OCP a annoncé le 25 février à Marrakech à l’occasion de la conférence « Argus FMB Africa Fertilizer 2016 » la création de sa nouvelle filiale, OCP Africa.

Cette entité qui bénéficie du statut fiscal avantageux dit Casablanca finance city va être chargé de piloter le développement du groupe public marocain sur le marché africain des engrais.

Elle « entend contribuer à relever le défi d’une agriculture structurée, performante et durable sur le continent africain en proposant aux producteurs agricoles tous les moyens de réussir : produits adaptés et abordables, services et accompagnement, solutions logistiques et financières », indique un communiqué du groupe public.

Dans les faits, OCP Africa va lancer la création d'un réseau de filiales dans 15 pays d’Afrique, tant à l’ouest qu’à l’est du continent.

Dans chacun de ses pays, ces filiales vont s’atteler à développer le marchés des engrais qui reste souvent balbutiant.

La moyenne de consommation d'engrais en Afrique est seulement de 10kg par hectare contre une moyenne de 100kg dans le monde, avec seulement quatre marchés réellement développés : l’Ethiopie, le Kenya, l’Afrique du sud et le Nigeria

Les facteurs explicaifs à cette situation sont le prix des engrais mais aussi la logistique défaillante ou encore le faible niveau de formation des agriculteurs.

« Nous voulons agir par tout type de moyens pour débloquer cette situation », indique à L’Usine Nouvelle Tarik Choho (photo ci-dessous), directeur de cette nouvelle entité, un X - Insead, transfuge d’Areva où il fut vice-président de l'aval.

Cela peut passer, selon lui, par la mise en place de moyens logistique ou de stockage à proximité des marchés, voire même la création d’usine d’ensachage, de melange ou même de production dans certains pays. "Toute les options sont envisageables", note Tariq Choho.

Alors que de nombreux rapports et initiatives gouvernementales ou organisations multilatérales ont, jusque là, échouté à cela, l'ambition de l'OCP revient en quelque sorte à tenter d'impulser une "nouvelle révolution verte" en Afrique via par exemple à un meilleure connaissance des sols (un sujet développé notamment par la fondation Bill et Melinda Gates), la fertilisation raisonnée et autres techniques de "smart farming".

La première "révolution verte", initiée notamment par l'agronome américain Norman Borlaug (titulaire pour cela d'un Nobel), avait conduit dans les années 60 au boom de la production agricole au Mexique puis en Amérique latine et en Asie du sud-est. Mais l'Afrique est restée pour l'essentiel à l'écart de ce mouvement. Elle n'exploite que 22% de son potentiel agricole alors que sa population doit encore croitre de moitié d'ici à 2050, d'où un fort enjeu de sécurité alimentaire.

IMPULSION POLITIQUE

Concernant l'OCP, le plan de route immédiat prévoit un investissement de l’ordre de 7 à 10 millions de dollars par "filiale pays", soit au moins 100 millions de dollars avec aussi le recrutement de personnels locaux alors que l'entité OCP Africa emploie déjà près de 250 salariés, dont la française Adeline Fabre (Normal sup, Ponts) passée elle aussi par Areva. "Il ne s’agit pas, indique Tarik Choho, d’agir seul mais en synergie avec les gouvernements, centres de recherche agronomique ou agences de développement agricole qui existent dans chaque pays".

Une filiale en cours de création à Abidjan sera une des premières manifestations de cette stratégie qui correspond aussi, au plan politique, au fort accent mis par la diplomatie marocaine sur les relations du royaume avec le continent. Ce qu’illustrent les voyages officiels réguliers du roi Mohammed VI ces dernières années, en Afrique de l’ouest notamment.

Pour rappel, coté industriel, l’OCP a lancé un important plan de développement sur 15 ans depuis 2008 chiffré à au moins 15 milliards de dollars. Il veut non seulement développer sa production de roche de phosphate (il est déjà numéro deux mondial) mais aussi devenir un important producteur mondial d’engrais composés, via la création à terme d’une dizaine d’usines et rivaliser avec des géants comme le canadien PotashCorp ou l'américain Mosaic Company.

Le groupe OCP vient d’inaugurer sur son complexe géant de Jorf Lasfar à 100km au sud de Casablanca, une usine d’engrais (MAP, DAP) dit African Fertilizer Complex dont les productions seront destinés aux marchés africains. Un investissement de plus de 500 millions de dollars.

En fait, sur une production totale d'engrais de l'ordre de 3 millions de tonnes, le groupe public marocain commercialise déjà un million de tonnes en Afrique. Ce continent représente, hors Maroc, environ 10% de son chiffre d'affaires. Combien demain?

A Marrakech, Pierre-Olivier Rouaud


Une roche qui rapporte

Même s'il est dépassé depuis 2 ans par l'automobile, le phosphate reste un des principaux produits d'exportations du Maroc à 44 milliards de dirhams (1000 dirhams = 93 euros) en 2015 sur un total de 366 milliards de dirhams d'exportations.
L'OCP qui doit publier ses résultat 2015 dans quelques jours avait réalisé en 2014 un chiffre d'affaires de 4,9 milliards de dollars (+6%) avec un cash-flow de 1,02 milliard de dollars.
Le Maroc concentre 75% des réserves mondiales de phosphates, soit au rythme actuel plus de 1000 ans de production.

 

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