Maroc : pourquoi les clusters ne décollent pas (encore)

Le Maroc occupe une mauvaise 97ème place au niveau de l'innovation, dans le dernier indice de compétitivité du World economic forum. Les pouvoirs publics et les professionnels avaient mis en place en 2009 un plan Maroc innovation mais les résultats ne sont pas encore là, sauf dans le numérique. Emmanuel Noutary, délégué général d'Anima Investment Network vient de réaliser un mapping des clusters au Maroc. Il explique à L'Usine Nouvelle pourquoi, et comment cela peut changer.

Partager
Maroc : pourquoi les clusters ne décollent pas (encore)
Emmanuel Noutary, délégué général d'Anima investment network

Les autorités marocaines avaient décidé en 2009 lors du Forum de Skhirat le lancement de l’initiative Maroc Innovation avec comme objectif la création d'ici à 2014 de plus de 200 start-up innovantes et arriver au dépôt d'un millier de brevets marocains. À la veille de cette échéance, le compte n'y est pas.

Anima investment network, le réseau d'agences de promotion de l'investissement sur le pourtour méditerranéen basé à Marseille vient de réaliser un petit état des lieux des structures susceptibles de porter l'innovation au Maroc, les fameux clusters.

Cette étude propose une photographie de l'écosystème marocain de l'innovation et de l'entrepreneuriat pour le renforcer.

Si le développement industriel du royaume reste récent, le Maroc a quelques atouts pour cela en s'appuyant sur sa politique industrielle (plan Émergence) dans la voie de l'innovation. À savoir notamment, son attractivité pour les IDE et l'existence d'une diaspora importante et entreprenante.

À cet égard, des initiatives comme Maroc numeric cluster ou Morocco Microelectronics Cluster sont encourageantes, avec certaines coopérations déjà nouées vers la France ou l'Europe en vue notamment de participation aux programmes futurs de R&D (H2020).

Cependant, les points faibles du Maroc restent nombreux. Le manque de capacité managériale et de moyens humains pour travailler à l'international conjugués à une réactivité insuffisante liée notamment à une bureaucratie peu efficace, sont autant de données qui pénalisent le développement de projets innovants. Sans parler des aspects financiers.

Anima a répertorié 14 clusters au Maroc créés depuis 2001. Aujourd'hui, seuls le Technopark de Casablanca formé en société privée accueillant 180 entreprises innovantes (MITC pour Moroccan Information Technopark Company) et Maroc Numeric Cluster qui rassemble 42 start-up arrivent à tirer leur épingle du jeu.

L'Usine Nouvelle a demandé à Emmanuel Noutary, délégué général d'Anima investment network de nous livrer son avis sur ce sujet.

L'UN : pourquoi vous êtes-vous intéressé aux clusters au Maroc ?

Emmanuel Noutary : Cela fait 10 ans qu'Anima analyse les investissements au sud de la Méditerranée et notamment au Maroc. Notre partenaire pour ce pays est l'AMDI (Agence marocaine de développement des investissements). Nous avons aussi dans notre réseau l'ensemble des CRI (Centres régionaux d'investissement) qui accompagnent les projets d'investissement. Le choix du Maroc est aussi lié à une cohérence sectorielle. En Provence, où Anima est implanté, il y a par exemple une filière électronique avec des acteurs implantés au Maroc comme STMicroelectronics

Quelle est la situation de l'innovation au Maroc aujourd'hui ?

Intéressante, mais il faut relier sa place à un contexte global. La majorité des pôles n'a été initié qu'à partir de 2009 (voir document ci dessous). C'est récent. Lorsque l'on sait que les clusters de facto existent en France depuis les années 80, on n'a commencé à parler de pôles de compétitivité que dans les années 2000. Cela vous permet d'apprécier la durée de maturation que nécessite ce genre de structure et d'approche.

Est-ce que les stratégies de clusters fonctionnent mieux dans les pays voisins ?

Pas nécessairement. La Tunisie a aussi développé une politique semblable même si elle est en bute aujourd'hui à un contexte politique mouvementé. L'Algérie se lance dans le développement de parcs industriels mais n'a pas la même problématique notamment vis-à-vis de l'énergie que son voisin marocain.

Les Investissements directs étrangers (IDE ) et les Marocains résidants à l'étranger (MRE) sont-ils un accélérateur ?

Incontestablement, le Maroc grâce à des politiques industrielles liées au plan Émergence lancé en 2009 notamment a su devenir attractif pour les IDE. Aujourd'hui, de grandes multinationales comme Renault ou Bombardier n'hésitent plus à installer des filiales au Maroc. Quant aux MRE, ils forment une diaspora importante et intéressante pour le pays. Mais les infrastructures administratives ne permettent pas de valoriser pleinement leur potentiel. Ce qui explique, le rang modeste occupé par le Maroc dans les classements internationaux liés à la compétitivité ou à la pratique des affaires. Même si les efforts sont là, le manque de réactivité de l'économie ne lui permet pas de progresser devant d'autres pays qui croissent plus vite par exemple en Asie.

Propos recueills par Nasser Djama

Les clusters au Maroc selon ANIMA Network

SUR LE MÊME SUJET

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe. 

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos...

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu...

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

TOLIER FORMEUR P3 H/F

- 21/09/2022 - CDI - PONTOISE

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

92 - ONERA

Etudes, fabrication et installation d'une centrale d'air sur le site du Fauga-Mauzac (31)

DATE DE REPONSE 01/01/1970

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS