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L'Usine Maroc

Maroc : pourquoi la croissance va fortement ralentir en 2016

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Publié le , mis à jour le 19/01/2016 À 18H00

Tous les prévisionnistes sont d'accord. En 2016, le Maroc connaitra bien un fort ralentissement du taux de sa croissance économique. Pratiquement de plus de la moitié par rapport à celui atteint cette année. En cause, un recul attendu de la valeur ajoutée agricole qui va contrebalancer des facteurs favorables comme la baisse du prix du pétrole.

Maroc : pourquoi la croissance va fortement ralentir en 2016
Pour le chef du Gouvernement Abdelilah Benkirane, la croissance marque le pas en pleine année électorale.
© wto.org

Mal partie. Au Maroc, l'année 2016 sera celle d'une nette diminution du taux de croissance du PIB.

Après avoir enregistré en 2015 une progression estimée à 4,7%, un bon chiffre dû pour beaucoup à une campagne agricole exceptionnelle, l'économie du royaume atteindra difficilement les 3%, si l'on en croit la majorité des institutions internationales et conjoncturistes en ce début d'année (voir tableau récapitulatif à la fin de cet article).

La croissance pourrait même être divisée par deux, selon certains dans la perspective d'une mauvaise campagne agricole, ce qui semble se dessiner au vu du déficit pluviométrique cumulé actuel d'au moins 50%. Avec un facteur positif néanmoins, la croissance non agricole devrait connaître elle une légère accélération : +0,5 point comparé à 2015 selon le FMI (voir tableau).

Dans sa loi de finances adoptée fin décembre, le gouvernement conduit par l'islamiste modéré Abdelilah Benkirane a tablé sur un taux de 3%, tout comme le FMI dont les experts ont conduit une mission à Rabat en novembre 2015. Un chiffre qui figure en fait parmi les plus optimistes en cette année 2016, très particulière car marquée par les législatives qui se tiendront (sans doute) en septembre.

Le Haut commissariat au plan (HCP), institution statistique indépendante du gouvernement anticipe depuis plusieurs mois au mieux 2,6% (voir tableau ci-dessous),

Cette prévision du HCP reste suivie de près par le gouvernement. "Entre un taux de 2,6% tel que prévu par Ahmed Lahlimi (HCP) et notre taux de 3%, la variation est préoccupante", a souligné mardi 5 janvier Mohamed Boussaid, ministre des finances devant le forum de la MAP.

dU simple au triple

Alors que le FMI vient de réduire ce 19 janvier ses anticipations de croissance mondiale à 3,4% (une révision de -0,2 point) dont 4,3% pour les émergents (-0,2 point), au Maroc, la fourchette des prévisions va du simple au triple.

Ainsi le Centre marocain de conjoncture (CMC), un institut économique écouté, basé à Rabat, prévoit seulement 1,2% de croissance en 2016, chiffre le plus sévère. La prévision la plus favorable est celle du groupe Crédit agricole à 3,6%.

Sous la barre des 3%, on peut trouver les prévisions de la Banque mondiale (2,7%). Il en va de même pour la banque centrale Bank Al Maghrib (2,1%) dont le gouverneur Abdellatif Jouahri a prévenu fin décembre 2015 que l'année serait médiocre sans toutefois baisser son principal taux directeur. A 2,5%, après deux baisses surprises d'un quart de point en 2014, celui-ci est historiquement bas sans pour autant avoir un grand effet apparent sur l'économie.

Mais, pour tous les économistes, le hoquet dans la croissance trouve surtout donc son explication dans une campagne agricole attendue médiocre cette année après les bonnes récoltes de 2014/2015 (11,5 millions de tonnes de céréales, soit +5%). L'agriculture compte encore pour environ 15% du PIB marocain. Selon la banque centrale, la valeur ajoutée agricole devrait chuter de 4,3% cette année (contre +2,7% selon elle pour le PIB non agricole).

LE BONUS DE LA BAISSE DU PRIX DU PETROLE

Une perspective qui s'assombrit au fil des semaines au vu du manque persistant de pluies. L'économie marocaine, outre sa stabilité dans un monde arabe en crise profonde, recèle néanmoins des points positifs. Le BTP, morose depuis plusieurs années, se reprend légèrement si l'on en croit la tendance récente des ventes de ciment (+1,5% en 2015 contre -5% en 2014).  Selon le FMI, l'investissement global du pays devrait progresser de 1,2 point de PIB à 34,5%. 

La consommation intérieure est favorisée par la baisse du prix de l'énergie, même si l'effet en est atténué par la fin des subventions gouvernementales au carburant (compensation).  La reprise progressive en Europe favorise, elle les exportations notamment dans les "nouveaux" métiers du Maroc comme l'automobile ou l'aéronautique. Sur 2015, les exportations du pays ont ainsi progressé de  6,7%, Conjuguées à des importations en repli de 5,6%, elles conduisent au plus faible déficit commercial depuis une décennie.

chômage à la hausse

Pour le gouvernement, le paradoxe de ce début d'année est que même si la croissance marque le pas, la situation macro-économique du pays, en bonne partie grâce à la baisse du prix de l'or noir,  est plutôt en amélioration : réduction du déficit extérieur, quasi disparition des lourdes charges de compensation, déficit budgétaire en recul (-3,5% cette année contre -4,3% en 2015 selon le FMI) et inflation faible (1,5%).

Avec un énorme bémol, le chômage reste orienté à la hausse : au troisième trimestre, en glissement sur un an, le nombre de chômeurs a augmenté de 5,8% portant son taux officiel à 10,1%. Et encore celui-ci est-il notoirement sous-évalué.

En cette année électorale, la  question désormais est de savoir si Abdelilah Benkirane qu'on donne plutôt gagnant va s'emparer des marges de manœuvre budgétaires pour relancer la machine économique, par exemple en dopant l'investissement public ou choisir de jouer les pères la rigueur et d'attendre la pluie.

La réponse peut-être cette semaine à Davos où le chef du Gouvernement marocain doit intervenir...

Nasser Djama et P.-O. Rouaud

 

 

Maroc : des prévisions de croissance en 2016 qui vont du simple au triple

Source

Taux prévu de croissance du PIB

Date de publication

la plus récente

 Gouvernement du Maroc

3,0%

 Décembre 2015

 Bank Al Maghrib

2,1%

 22 décembre 2015

 Haut-commissariat au plan

2,6%

 15 juin 2015

 Centre marocain de conjoncture

1,2%

 Janvier 2016

 Banque mondiale

2,7%

 Janvier 2016

 Fonds monétaire international

3,0%

 Novembre 2015

 Euler Hermès

3,4%

 26 novembre 2015

 Groupe Crédit Agricole

3,6%

 Janvier 2016

Source : compilation L'Usine Nouvelle

 

 

L'économie non agricole accélère

 Croissance

 2011 

 2012 

 2013 

 2014 

 2015 

 2016 

 Tous secteurs (%)

5,2

3,0

4,7

2,4

4,7

3,1

 Hors-agriculture (%)

5,2

4,7

3,0

3,1

3,3

3,8

source : FMI

 

 

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