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L'Usine Maroc

Maroc : la déferlante des énergies vertes

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Avec plus de 10 gigawatts à construire dans les renouvelables d’ici à 2030, les projets fleurissent au Maroc. Voie privilégiée : les partenariats public-privé.

Maroc : la déferlante des énergies vertes
Le parc éolien de Haouma (50 MW), près de Tanger, opéré par Nareva.

Fermes éoliennes face à Gibraltar, centrales solaires à concentration, parcs photovoltaïques aux lisières du Sahara, et même hydroélectricité…

Avis aux investisseurs : le Maroc met le paquet dans les énergies vertes. Avec un objectif que ses élites économiques répéteront à l’envi lors de la COP 22 : porter la part des énergies renouvelables dans la puissance électrique installée à 52 % en 2030, alors que les fossiles dominent aujourd’hui, à 66 %.

Engie, EDF, Sener, Enel, GE et Vestas l’ont bien compris. Le gotha mondial des énergies vertes se presse ici. En jeu, au bas mot, 15 milliards d’euros d’investissements cumulés, soit plus de 17 % du PIB national. Le maître d’œuvre n’est autre que l’agence dédiée aux énergies vertes, Masen. Dirigée par un proche du Palais royal, Mustapha Bakkoury, également président de la région Casablanca-Settat, elle s’est vu confier, fin 2015, sur décision de Mohammed VI, actée la semaine dernière, le pilotage exclusif de la stratégie "renouvelables" du pays, au détriment de l’Office national de l’électricité, cantonné aux fossiles. Masen, co-investisseur dans certains chantiers, intervient surtout dans la programmation. En deus ex machina des appels d’offres.

À Casablanca, Mustapha Bakkoury nous expose posément : "Le plan que nous conduisons d’ici à 2030 représente un bond massif car, dans le même temps, les besoins en électricité vont doubler. La capacité du pays - un peu moins de 10 gigawatt (GW) aujourd’hui - va atteindre au moins 24 GW. C’est sur ce chiffre que porte notre objectif de 52 %, avec une étape à 42 % en 2020. Fin septembre, nous avions tenu à Tanger, sous la présidence du roi, une réunion ministérielle pour confirmer ce plan."

Pour y parvenir, le Maroc, hier tenant d’un modèle électrique entièrement public, a adapté sa législation en adoptant la loi n° 13-09 en 2010 et la loi n° 58-15 en 2015. Celles-ci libéralisent le secteur et facilitent le recours aux montages financiers de type BOT (build, operate and transfer).

Dans un pays où l’électricité, rapportée au niveau de vie, reste chère, autour de 100 euros par mégawattheure, ces textes autorisent des industriels à produire eux-mêmes de l’électricité, et des producteurs indépendants (IPP) à vendre leurs électrons verts à des clients privés.

C’est cette voie qu’a choisie le consortium constitué par Engie et Nareva, un groupe privé lié à la famille royale, pour construire entre le Sahara et l’Atlantique, à Tarfaya, dans le sud du Maroc, le plus grand parc éolien d’Afrique, d’une puissance de 301 MW. Inauguré fin 2014, il bénéficie du régime des alizés et affiche l’un des meilleurs taux de charge au monde, environ 45 %.

De son côté, le fonds américain Brookstone espère réaliser trois projets de centrales hydroélectriques ou des parcs éoliens avec le statut IPP. À l’instar du futur parc éolien de Khalladi, près de Tanger, conduit par Acwa Power et UPC Renewables.

3 milliards de dollars pour les centrales solaires Noor

Mais, le meilleur témoin des projets pharaoniques du Maroc reste la centrale solaire thermodynamique à concentration (CSP) Noor 1, la plus grande de la planète, en dehors des États-Unis.

Située à Ouarzazate, Noor 1 a été réalisée et sera portée pour vingt-cinq ans par Acwa Power, un groupe saoudien. Dans cette région qui a accueilli les tournages de "Lawrence d’Arabie" et de "Game of Thrones", le solaire, ce n’est pas du cinéma. Inaugurée par le roi le 4 février, en présence d’invités internationaux, dont Ségolène Royal et Bertrand Piccard, l’aventurier de Solar Impulse, Noor 1, d’une capacité de 160 MW, prend ses aises au bord du désert.

Sur 480 hectares s’alignent d’innombrables rangées de miroirs cylindro-paraboliques. Ceux-ci concentrent les rayons du soleil vers un tube où est porté à 393 °C un liquide caloporteur qui, dans la centrale proprement dite, va transformer cette chaleur en vapeur pour alimenter une turbine.

"Les délais ont été tenus. Le site tourne comme une horloge. Nous sommes parvenus assez vite à la capacité nominale et, parfois, nous allons au-delà. Pour une technologie aussi nouvelle, c’est remarquable", se réjouit Vincent Dewulf, le directeur général adjoint d’Acwa Power.

Noor 1 a la particularité de disposer d’un système de stockage de chaleur – des sels fondus contenus d’immenses cuves – qui, en restituant leurs calories, génèrent de l’électricité trois heures durant après le coucher du soleil.

"C’est cette technologie émergente de stockage qui a décidé le Maroc à privilégier, dans un premier temps, le solaire à concentration plutôt que le photovoltaïque. Elle résout pour l’instant partiellement le problème de l’intermittence. À terme, nous pensons même pouvoir considérer le CSP comme une production de semi-base", explique Mustapha Bakkourry. Car à Ouarzazate, Noor 1 n’est qu’un début.

Sur la même emprise, des ouvriers, dont un millier de Chinois, et une noria de camions sont à pied d’œuvre pour construire Noor 2 et Noor 3. La première est la copie de Noor 1 en plus grand encore : 680 hectares, 200 MW et 8 heures de stockage.

Noor 3, avec ses 785 hectares, 150 MW et 8 heures de stockage, repose quant à elle sur la technologie de "tour solaire", qui sera surchauffée par 7 400 héliostats. Cette tour (225 mètres) sera la plus haute construction d’Afrique. Elle s’élève déjà à plus de 160 mètres au-dessus des étendues caillouteuses de Ouarzazate.

L’enveloppe pour les trois phases est évaluée à près de 3 milliards de dollars, selon la Banque mondiale. À quoi doivent s’ajouter un parc photovoltaïque d’environ 150 hectares et un centre de R & D. "Ouarzazate a permis de tester à grande échelle la faisabilité de ce genre de projet. Nous allons pouvoir déployer les suivants sur des sites déjà identifiés [voir carte], comme Laâyoune, Tata ou Midelt pour lequel la phase de préqualification est lancée", note le patron de Masen.

Un système de financement performant

Pour se payer ces petits miracles technologiques, hors de portée de ses finances publiques, le Maroc a trouvé une solution : les partenariats public-privé (PPP).

"Ce système est la base de notre développement actuel et futur dans les énergies renouvelables", explique Abdelkader Amara, le ministre de l’Énergie. En la matière, Ouarzazate a fait figure d’expérimentation XXL. Dès la phase 1, le projet a été soumis à un appel d’offres international. Le principe ? L’agence Masen s’engage à acheter au développeur l’électricité à un prix donné. Puis à la revendre à l’Office national de l’électricité (ONE) au prix de marché. Elle prend en charge la différence et doit s’y retrouver à terme en multipliant les projets, assure Mustapha Bakkoury. Charge au soumissionnaire de proposer les prix les plus bas.

À chaque fois, c’est la saoudien Acwa Power, associé à des fournisseurs de technologie comme les espagnols Acciona et Sener, mais aussi le chinois Sepco III pour Noor 3, qui l’a emporté devant les français EDF, Engie ou l'italien Enel.

"Ce système est performant. Il a permis d’aboutir au prix en CSP le plus bas au monde, inférieur à 150 euros le mégawattheure sur Noor 2. Pour les projets éoliens récents, nous sommes à 30 euros, là encore un record", se réjouit Saïd Mouline, le directeur général de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (ADEREE).

Le montage financier, complexe, associe le développeur, Masen (co-investisseur pour 25 %) et un bel échantillon de grands bailleurs de fonds, de la Banque européenne d’investissement à la Banque mondiale, en passant par la Banque africaine de développement.

"Le Maroc, un régime stable, est considéré comme un bon risque, analyse un financier. Les bailleurs de fonds s’y précipitent, car cela leur permet de cocher plusieurs cases : changement climatique, développement industriel et humain, stabilisation du Maghreb… Le pays et les porteurs de bons projets ont peu de soucis pour trouver de l’argent."

Ce sera le cas du prochain projet majeur du pays : un "programme intégré" éolien de 850 MW sur cinq sites à réaliser d’ici à 2020. Chiffré à 1,24 milliard de dollars, il a été décroché, fin 2015, par le consortium Nareva, Enel et Siemens, avec un prix de 30 euros par mégawattheure et le meilleur taux d’intégration industrielle. Car la prochaine bataille du Maroc, c’est de faire infuser dans son industrie une part croissante de ses mega-projets. Le taux d’intégration dépasse à peine 30 % pour Noor 1, mais il devrait avoisiner 40 % pour Noor 2 et Noor 3. Quant au plan éolien de 850 MW, il affiche 70 %, un record. D’ailleurs, Siemens construit pour 100 millions d’euros une usine de pales d’éoliennes à Tanger. 

Pierre-Olivier Rouaud à Ouarzazate

 

Qui fait quoi ?

- Ministère de l’Énergie : Il pilote la politique décidée pour l’essentiel par le roi. Une agence de régulation (Anre) est en projet.

- Masen (Moroccan agency for solar energy) : L’ex-agence solaire a pris du poids : depuis le 22 septembre, elle supervise toutes les ENR, y compris l’hydroélectricité. Impulsant les projets, surtout en PPP, elle intervient parfois en capital ou en garantie souveraine. C’est un puissant ministère bis.

- Opérateurs privés Acwa, Nareva, Engie, Enel, EDF… : Ils sont investisseurs et exploitants. Une large part des projets est réalisée selon des schémas BOT sur appel d’offres, de producteurs indépendants ou d’autoproduction. Un schéma retenu pour le charbon (Engie et Nareva à Safi) ou le gaz naturel liquéfié.

- ONE (Office public de l’électricité) : a perdu beaucoup de prérogatives. Il reste chargé de certaines centrales fossiles, du futur mega-plan gazier, de la transmission et de l’équilibre.

- AME Agence de la maîtrise de l’énergie (ex-Aderee)

- Iresen L’Institut de recherche sur le solaire

 

Des projets du nord au sud

La domination des énergies fossiles.

La puissance électrique installée au Maroc s’élevait à 8,15 GW, fin 2015. Les énergies renouvelables (ENR), et surtout l’éolien, constituent le tiers de cette capacité, et les énergies fossiles, les deux tiers. L’an dernier, l’électricité verte a représenté 7,3 % de la consommation, contre 5,7 % en 2014. Mais la centrale à charbon Taqa Morocco (2 GW), située à El Jadida, pèse à elle seule la moitié de la production du pays. Portée par Nareva, Engie et Mitsui, la centrale à charbon de Safi (1,36 GW) entrera en service en 2018, renforçant cette empreinte carbone. Même si le Maroc atteint 52 % de sa capacité en ENR en 2030, l’électricité verte ne devrait pas représenter d’ici là plus de 20 % de la production. À noter, un important plan d’investissement est prévu à l’horizon 2020 dans les centrales à gaz pour compenser l’intermittence.

 

 

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