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Maroc : ça roule pour la RATP à Casablanca...

Olivier Cognasse , ,

Publié le

Le tramway de Casablanca est un véritable succès pour la ville marocaine et RATP Dev. Déjà 100 millions de voyages ont été effectués. L’entreprise française est en bonne position pour le prochain appel d’offres qui renouvelera le contrat de la ligne 1 et concernera également la future ligne 2, dont les travaux commencent. Reportage.

Maroc : ça roule pour la RATP à Casablanca...
Tramway de Casablanca, place des Nations Unies. Lancé fin 2012 et 100 millions de voyages au compteur.
© ratp

Une cérémonie sur la place des Nations-Unies, lundi 16 mai par un après-midi quasi estival en présence des autorités de Casablanca (Khalid Safir, le wali et Mustapha Bakkoury le président de région ci dessous) et la présidente de la RATP, Elisabeth Borne... Après trois ans et demi de service, le tramway a fêté les 100 millions de voyages réalisés. Toujours, rutilant avec sa robe pourpre, le tram de la ligne 1 de Casablanca s’ébroue lentement sur 31 kilomètres au rythme des 48 stations. Une réussite pour la ville et l’opérateur, Casa Tram qui appartient à 100% à RATP Dev, filiale internationale du Groupe RATP, depuis qu'elle a racheté 40% de la société au groupe public Caisse de dépôt et de gestion, fin 2015. Un tel succès dans la capitale économique du Maroc – 34 millions de voyageurs transportés en 2015  - a incité les autorités du Grand Casablanca à poursuivre dans cette voie.

Déjà, les premiers travaux ont débuté sur le tracé de la future ligne 2 de 15 kilomètres qui doit entrer en service fin 2018 pour desservir l’axe entre le boulevard Anoual et Sidi Bernoussi. Et la ligne 1 sera prolongéE. Borne, K. Safir et M. Bakkourye de 2 kilomètres. Mais les autorités de la ville ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Elles ont déjà lancé les études pour les lignes 3, 4 et 5 prévues pour 2022 et … peut-être deux lignes supplémentaires pour atteindre un réseau de 110 kilomètres.

Les casablancais apprécient ce mode de transport, bientôt doté du wifi, dans une ville congestionnée par le trafic automobile et fortement polluée. Une casablancaise des classes moyennes, nous confie qu’elle "ne prenait jamais les transports en commun. Avec le tramway, je peux rentrer le midi manger chez moi. En voiture c’est impossible". Et ne parlons pas du réseau de bus. Une calamité comme dans la plupart des villes marocaines. Ici des bus encore aux couleurs de la RATP, brinquebalants, les sièges défoncés, la carrosserie attaquée par les chocs et la corrosion.  Sans parler de l’insécurité. "Impossible de voyager dans ces bus avec ses bijoux, son sac à main sans risquer de se faire voler", selon notre voyageuse.

Une fraude à faire pâlir les transports franciliens

Tout l’inverse du tram, qui atteint un taux de régularité supérieur à 99 % et un taux de fraude de 0,25%. De quoi faire rougir de honte, le tram parisien avec ses 13% de fraude affichés officiellement. Sans doute davantage réellement. Et "nous souhaitons expérimenter la validation à quai en Ile-de-France", prévient Elisabeth Borne. Le système de Casablanca est fermé. Impossible d’atteindre le quai sans passer le portique de validation du billet. Surtout avec une présence humaine dissuasive de deux agents par station, matin et soir, et dans les rames, avec des contrôleurs et une présence policière. Le tram transporte 41% de femmes, contre seulement 15% pour le bus… Seul point noir : les accidents, souvent graves. 130 ont été recensés l'an passé, malgré une baisse de 40% en un an. 

RATP Dev exploite depuis le 12 décembre 2012 (le fameux 12-12-12), le tram de Casablanca avec sa filiale Casa Tram. Elle a formé et transféré les compétences avec aujourd’hui plus de 95% des 565 employés qui sont marocains. Un contrat qui s’achèvera le 12 décembre 2017. Le prochain appel d’offres de l'autorité délégante Casa Transport SA pour l'exploitation sera lancé d’ici à la mi-juin et il ne concernera pas seulement la ligne 1, mais aussi la future ligne 2 en attendant les 5 autres lignes prévues à l’horizon 2022.

Pas de doute, la RATP "sera candidate aux prochains appels d’offres pour les lignes 1 et 2 dont le résultat devrait être connu en fin d’année", prévient Elisabeth Borne. L'opérateur s'estime aujourd’hui bien placé pour emporter la mise pour ce contrat, un "bail" de 5 ans (renouvelable 5 ans) qui pourrait intégrer les futures lignes. Les autorités marocaines, selon la patrone du groupe français sont amplement satisfaites de l’exploitation actuelle. Mais d'autres entreprises, espagnoles notamment, pourraient être de la compétition.

A vrai dire à Casablanca, le seul hic est le déficit annuel de 80 millions de dirhams (environ 8 millions d’euros), mais il n’est pas du ressort de la RATP. Casa Transports cherche des moyens pour augmenter les ressources : publicité, voire augmentation du prix du billet actuellement de 60 dirhams (environ 55 centimes d'euros). Et projette l'interopérabilité tramway - bus.

Un réseau prolongé de 80 kilomètres

Aujourd’hui, le réseau comprend 37 doubles rames de trams Citadis fabriquées par Alstom, mais 25 autres ont été commandées notamment pour répondre à l’extension du réseau, sans compter les rames de la ligne 2.

Les bisbilles, voilà deux ans sur la maintenance du matériel et la gestion du centre de maintenance n’ont pas eu trop d’effets négatifs pour le constructeur français. Mais son contrat de 5 ans a été rompu par Casa Transports par suite d'un différent sur le prix et les prestations…

La région de Casablanca compte investir plus de 30 milliards de dirhams à l’horizon 2022 sur les infrastructures et les transports collectifs, dont plus de la moitié sur les tramways pour prolonger le réseau de 80 kilomètres. Une aubaine possible pour les entreprises françaises (à moins que ce ne soit Bombardier qui piaffe ou Siemens) et la condition sine qua non pour sortir la capitale économique du Maroc de l’asphyxie automobile.

Il faudra bien ces sept lignes pour espérer voir les casablancais commencer à laisser leur voiture au garage. Aujourd’hui, avec un pouvoir d’achat en hausse, l’automobile reste plus que jamais le signe d’ascension sociale.
Olivier Cognasse, à Casablanca   

Le Maroc roule électrique
A l'inverse du tram, le réseau de bus de Casablanca est dans un état calamiteux. La RATP avait fourni la ville en vieux bus. Aujourd’hui, elle détient 12% du capital de l’entreprise qui exploite ce réseau et "regardera sans doute" l’appel d’offres qui devrait être lancé en 2019 par Casa Transports. Mais il faudra comme dans la plupart des grandes villes marocaines songer à renouveller le parc, ce que fait par exmple l'espagnol Alsa à Marrakech. Dans un pays qui va accueillir la COP22 en novembre, difficile de ne pas penser à des bus non polluants. Lors de sa visite en Chine, la semaine passée, le roi Mohammed VI a signé de nombreux accords dont l’implantation d’une usine de bus électriques par le constructeur chinois Yangtse. Et le transport propre peut aussi être associé aux énergies renouvelables. Selon la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM) , un appel d‘offres est en cours pour alimenter avec des éoliennes la future ligne à grande vitesse qui doit relier début 2018 Tanger à Casablanca . Un des candidats serait la Compagnie du Vent.

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1 commentaire

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24/05/2016 - 16h33 -

Bonjour Élisabeth je tiens à vous féliciter de tous les efforts que vous déployer pour décongestionner le transport à Casa. Mais je réagi uniquement sur les accidents que vous soulevez 130, je crois que le Casablancais doit se familiariser avec la circulation de votre serpent rouge et chose qui n'est pas encore évidente à incruster à la tête de certaine personne. Il faut effectuer une vague de sensibilisation que le Tram est prioritaire et que nous devons le laisser passer en premier. En mettant des clips vidéo des Trams de Budapest Brarislava Munich Dresden Stuttgart..... ou les voitures roulent avec les Trams et en leurs donnant la priorité Bon courage
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