Maroc : branle-bas de combat industriel pour l'interdiction des sacs plastiques

Le ministre de l’Industrie a annoncé mardi 22 juin au soir le plan du gouvernement du Maroc pour mettre en œuvre l’interdiction des sacs plastiques. La loi entrera définitivement en vigueur le 1er juillet. Les industriels formels ou informels auront accès à un fond d’accompagnement de 18 millions d'euros pour la substitution vers le papier notamment. Objectif : l'éradication des sacs plastiques avant la Cop22 début novembre à Marrakech.

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Maroc : branle-bas de combat industriel pour l'interdiction des sacs plastiques
En première ligne sur l’interdiction des sacs plastiques, Hafid Elalamy, ministre de l'industrie du Maroc

"Il n'y aura pas de report ! "

Huit jours à peine avant l’entrée en vigueur de la loi interdisant les sacs plastiques au Maroc, le ministère de l’Industrie et du Commerce annonce le plan du gouvernement pour la mise en œuvre de cette loi à Casablanca. "Je vous le dis tout de suite, il n’y aura pas de report", a confirmé Moulay Hafid El Alamy, mardi 21 juin. Le gouvernement a eu neuf mois pour trouver une alternative aux sacs plastiques et répondre aux industriels.

L’enjeu est double : veiller à l’image du Maroc à l'approche de la Cop22 et éviter la colère sociale du secteur industriel informel qui produit ces sacs au royaume.

"Nous avons mis en place un dispositif d’accompagnement sérieux pour ne laisser personne à la rue aussi bien dans le formel que l’informel. Vous constaterez qu’au Maroc, nous nous préoccupons de l’informel, alors que dans bien des pays, ce qui est informel n’existe pas et les gouvernements ne s’en préoccupent jamais", a souligné fièrement le ministre.

Il faut y voir surtout l’inquiétude d’un pouvoir qui, depuis 2011 et les révolutions arabes, se garde bien d’attaquer de front le secteur informel de crainte de provoquer l’instabilité de l’Etat par son ampleur et la fragilité sociale qui le caractérise.

"L’informel, selon un premier recensement, ne compterait que 199 entreprises et 1100 emplois dans la production de sacs plastiques", rassure le ministre. Au total, Moulay Hafid El Alamy dispose d’une enveloppe de 200 millions de dirhams soit 18 millions d'euros environ, (1000 dirhams=92 euros) pour aider les entreprises qui produisaient des sacs plastiques à passer le cap.

L'Etat à la rescousse

Pour les entreprises déclarées qui font plus de 30% de leur chiffre d’affaires dans cette activité, le ministère avance 50% de l’investissement industriel lié au projet de reconversion. Il apporte 80% de la prestation de service à hauteur de 14 millions de dirhams maximum par industriel. Pour les entreprises qui produisent des sacs autorisés par la nouvelle loi mais qui ne sont pas conformes à la règlementation, l’Etat finance 50% de l’investissement nécessaire à la mise à niveau, à hauteur de 9 millions de dirhams maximum.

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Pour toutes les autres entreprises pour lesquelles la production de sacs plastiques représente moins de 30% de leur activité, la subvention représentera 30% de l’investissement industriel et 90% de la prestation de service.

"Même eux, nous allons les aider, insiste encore le ministre. Ailleurs les politiques ne concernent jamais les entreprises qui interviennent de façon marginale dans un secteur." Les microentreprises informelles pourront également bénéficier d’aides publiques à condition "de s’engager à la transparence fiscale et sociale et à condition qu’elles détruisent ou vendent le matériel de production de sacs plastiques", précise en amont Moulay Hafid El Alamy.

Pour ces microentreprises informelles, l’Etat s’engage à accompagner leur formation ou l’amorçage d’une nouvelle activité à hauteur de 30% de l’investissement plafonné à 2 millions de dirhams.

"Les subventions ne toucheront que les entreprises qui ont un projet de reconversion industrielle, mais ça ne marche pas comme ça : celui qui fait des sacs plastiques au fond d’un garage ne va pas s’improviser fabriquant de tongues en plastique ; ça n’a rien à voir", souligne Edwin Sluisman, directeur général de Greenberry, à Casablanca.

Se reconvertir dans les sacs en papier est impossible pour les plus petites structures parce que l’investissement nécessaire dépasse leur capacité financière. L’homme est particulièrement amer : il était l’un des rares, au Maroc, à avoir cru dans la loi 22-10, adoptée en 2011, interdisant les sacs en plastique non-dégradable et non-biodégradable.

"Une victime expiatoire"

Aucun industriel ne respectait cette loi. Avant, "j’importais l’additif qui accélère le vieillissement des sacs plastiques et je faisais fabriquer au Maroc des sacs dégradables, se rappelle Edwin Sluisman. Aujourd’hui, c’est terminé. Je suis la tendance : mes clients veulent se conformer à la loi. Alors, j’importe des sacs en papier. Le sac en plastique est la victime expiatoire de tous les maux de la gestion des déchets au Maroc".

Moulay Hafid El Alamy, fidèle à sa réputation, reste cependant confiant dans la capacité de reconversion des industriels.

Pour l’instant, 44 entreprises ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé début mai. Et 38 sont en mesure de bénéficier du plan d’accompagnement. "Cinq d’entre elles ont déjà commencé à transformer leur activité pour produire : des pièces à injection pour l’industrie automobile, des sacs tissés pour la grande distribution, des produits d’hygiène médicale, des films paille … ", a annoncé le ministre de l'industrie. Ensemble, ces entreprises représentent 400 emplois directs et indirects.

Moulay Hafid El Alamy a toutefois conscience que l’application de la loi ne se fera pas sans destruction d’activité. Aussi, il mise sur un effet de substitution. "Nous avons découvert que des usines de sacs en papier avaient fermé à cause de la concurrence du plastique. Il y a des usines opérationnelles à l’arrêt prêtes à fonctionner et des entreprises prêtes à investir", assure-t-il. Ces entreprises devraient traiter du papier recyclé et importer de la pulpe de papier pour produire ces sacs.

Les écosystèmes en renfort

Au total, le Maroc disposerait ainsi d’une capacité de production de 30 millions de sacs tissés en plastique par an et de 100 millions de sacs non tissés. "Nous aurons besoin en plus de 8 à 9 millions de sacs en papier et de 10 millions de sacs tissés", a estimé le ministère. Pour aider le secteur à résister au petit séisme qui l’attend, "MHE" a également relancé la préparation des écosystèmes de la plasturgie en suspens depuis l’ouverture d’une enquête anti-dumping sur le polychlorure de vinyle.

"Le premier écosystème fera la promotion de niches de reconversion : le BTP, les sacs pour l’agriculture et l’emballage. Un deuxième écosystème sera dédié au recyclage des plastiques. L’objectif est d’atteindre 38 100 nouveaux emplois , un chiffre d’affaires de 9,8 milliards de dirhams dont 1,8 milliard de substitution aux importations ", assène le ministre.

En parallèle de l’action en direction des industriels, deux opérations de ramassage concomitantes vont être opérées. La Coalition Marocaine pour la Justice Climatique (CMJC) organise ces 24 et 26 juin, une vaste opération de collecte. D’autre part, le ministère de l’Intérieur va mettre à profit son maillage territorial exceptionnel. "L’opération a commencé le 5 juin. L’objectif est de débarrasser tout le Maroc de ses sacs en plastique d’ici le 31 octobre", rapporte le ministre de l’Industrie, soit quelques jours avant la COP22 qui débutera le 7 novembre.

Déjà 300 km de routes et 9 807 hectares ont été parcourus. 377 tonnes de sacs ont été ramassées dont 17 tonnes ont déjà pu être incinérées dans des cimenteries. Au-delà, pour sensibiliser la population, Choumicha, la plus populaire des cuisinières marocaines, a participé à une dizaine de spots télévisés. Cette star d’une émission culinaire y explique en pratique à chaque ménagère les solutions alternatives au sac plastique dit "mika" du marché, jusqu’au réfrigérateur. Si l’opération réussit, le Maroc vivra une petite révolution. Le royaume serait un des pays les plus gros consommateurs au monde avec 26 milliards de sacs plastiques par an, selon le ministère de l’Industrie, chaque habitant consomme en moyenne 800 sacs chaque année. Sacré bouleversement en vue.


Julie Chaudier, à Casablanca

La campagne "zéro mika" s'affiche sur le web
Zéro Mika est une opération de sensibilisation menée du 24 au 26 juin sur l'ensemble du Maroc à l'initiative de la Coalition Marocaine pour la Justice Climatique (CMJC). Elle vise à réduire l’impact des sachets plastiques et provoquer des actions de mobilisation à leur ramassage. "Les sachets plastiques nous étouffent, finissons-en maintenant !" peut-on lire sur le site web en arabe et en français consacré à cette opération. Des experts comme des médecins y donnent également leur avis en faisant de la prévention contre les risques sanitaires liés à l'usage des sacs plastiques. Dans les messages de sensibilisation, on peut lire "De simples gestes peuvent tout changer. Vous aussi, modifiez vos habitudes et réduisez votre consommation de sachets plastiques au quotidien". N.D.

 

1 Commentaire

Maroc : branle-bas de combat industriel pour l'interdiction des sacs plastiques

Mehdi
27/06/2016 05h:27

Svp en ce qui concerne le stock de sac plastique que je possède y'a t'il une période d'écoulement ou une compensation merci

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