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Maroc : Bank Al-Maghrib revoit à la baisse sa prévision de croissance pour 2016 et laisse son taux directeur inchangé

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La banque centrale du Maroc ne table plus que sur 2,1% de croissance en 2016 contre une prévision de 2,5% jusque-là. L’inflation devrait rester modérée et l’institution monétaire a décidé de laisser son taux directeur inchangé à 2,5%. Privilégiant la stabilité à la relance.

Maroc : Bank Al-Maghrib revoit à la baisse sa prévision de croissance pour 2016 et laisse son taux directeur inchangé © dr

Bank Al-Maghrib qui a tenu son conseil trimestriel ce mardi 22 décembre n’est guère optimiste pour l’économie marocaine en 2016. Elle prévoit désormais un taux de croissance de seulement 2,1% en 2016. Sa précédente prévision, voilà trois mois, s’établissait encore à 2,5%.

Pour 2015, la banque centrale estime la croissance à 4,7%. Celle-ci aura donc été relativement vigoureuse sous l'effet, surtout, d'une bonne campagne agricole liée à la pluviométrie favorable. En cette année 2015, la valeur ajoutée agricole a ainsi bondi de 14,6% alors que l'ensemble des secteurs non agricole n'auront progressé que de 3,3%, selon l'institut d'émission.

Pour 2016, BAM prévoit une "décélération" de la composante non agricole du PIB à 2,7% et aussi une "contraction" de la valeur ajoutée agricole de 4,3% sous l’hypothèse d’une production céréalière moyenne.

Quant à l’inflation en "tenant compte des projections des cours du pétrole et de la libéralisation du marché national des produits pétroliers, [elle] devrait s’établir à 1,6% en moyenne en 2015, à 1,2% en 2016 et à 1,5% au terme de l’horizon de prévision, soit le premier trimestre 2017" note BAM en précisant que ces prévisions n'intègrent pas la décompensation (fin des subventions) du sucre du 1er janvier 2016 dont l’impact est estimé à 0,27 point d’inflation additionnelle sur l’année.

Dans ce contexte la banque a décidé laisser son principal taux directeur inchangé à 2,5%, un niveau historiquement bas.

"Tenant compte d’une prévision d’inflation en ligne avec l’objectif de stabilité des prix et des incertitudes qui entourent les perspectives économiques au niveau national mais également à l’échelle internationale, le Conseil a décidé de maintenir le taux directeur à 2,5% tout en continuant de suivre de près l’ensemble de ces évolutions", indique le communiqué de la BAM.

Pour rappel, dans une action inédite, BAM avait abaissé ses taux en 2014 à deux reprises (septembre et décembre) pour stimuler l'économie.

A noter que depuis un an, sous l'effet notamment de la plongée du prix du pétrole et des céréales et de la bonne récolte agricole, la situation extérieure de l'économie marocaine s'est fortement améliorée. Le FMI table même sur un quasi équilibre de la balance courante en 2017 alors que son déficit atteignait près de 10% en 2012. Le déficit budgétaire est quant à lui relativement maîtrisé et devrait atteindre 3,5% du PIB en 2015.

Ces signaux positifs ne rassurent pas totalement sur la solidité de l'économie marocaine toujours vulnérable aux chocs externes ou internes, notamment les signaux de plus en plus alarmant pour l'agriculture (environ 15% du PIB) d'une sécheresse en 2016.

Hausse du chômage
"Sur le marché du travail, en dépit d’une baisse de 0,3 point du taux d’activité au troisième trimestre, le taux de chômage s’est accru de 0,5 point à 10,1%, reflétant une création limitée de 41 000 postes d’emplois."

 

Mais malgré le ralentissement de la croissance, la hausse du chômage (encadré) et l'absence de signaux inflationnistes très marqués, y compris des actifs immobiliers, Abdelatif Jouahri, le gouverneur de BAM donc ne joue pas les "Mario Draghi". Il juge sans doute trop risqué de brader le prix de l’argent en baissant les taux directeurs.

En fait, la banque centrale juge l'inflation au Maroc "globalement supérieure à celle de ses principaux pays partenaires et concurrents".

Par ailleurs, si le niveau des réserves de devises du Maroc ne cesse de progresser (il devrait atteindre l'équivalent de 7 mois d'importation en 2016), le marché international des changes est susceptible de connaître de fortes turbulences ces prochains suite à la récente hausse des taux de la Fed américaine et à la chute de l’euro vis à vis du billet vert, non sans impact sur le dirham fortement lié à la monnaie européenne.

Croissance en berne, absence de relance monétaire, incertitudes internationales... autant de petites cailloux qui se mettront aussi sur la route du chef du gouvernement, l'islamiste modéré Abdlilah Benkirane pour les législatives qui vont se tenir fin 2016.

Pierre-Olivier Rouaud

 

 

 

 

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