Maroc : à Tanger, le ministre de l’Industrie Elalamy prend le pouls de la filière automobile

Sur le deuxième salon de la sous-traitance automobile de Tanger, Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l’Industrie marque son souci de renforcer encore la filière automobile tirée par l'usine Renault de Melloussa. Ouverte en février 2012, elle a déjà drainée des dizaines de sous-traitants et équipementiers mais son taux d'intégration plafonne.

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Maroc : à Tanger, le ministre de l’Industrie Elalamy prend le pouls de la filière automobile
Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie du Maroc (au centre) et Jacques Prost, directeur général de Renault Maroc (à droite) sur le Salon de la sous-traitance de Tanger.

Au contact des opérateurs économiques... Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l’Industrie a inauguré le mercredi 23 avril le deuxième salon de la sous-traitance automobile de Tanger et s’est laissé aller à une visite au milieu de plus de 200 exposants sous les vastes tentes plantées au beau milieu de la zone franche TFZ.

L’occasion pour lui de livrer quelques réflexions sur l’évolution de la filière automobile au Maroc, tirée par l’implantation industrielle de l'usine Renault dans la ville du détroit en février 2012.

"L’automobile a confirmé en 2014 après 2013 quelle était devenue le premier secteur exportateur du pays, devant les phosphates avec près de 40 milliards de dirhams d'exportations (3,7 milliards d’euros). C’est un changement considérable et un grand pas dans notre ambition de faire passer l’industrie de 16 à 23% du PIB à travers le Plan d’accélération industrielle".

Un des piliers de ce Plan d’accélération industrielle ou PAI est le concept d’écosystème industriels, sorte de clusters sectoriels lancés l’an dernier lors de la présentation du plan.

"La première fédération qui a intégré les écosystèmes est celle de l’automobile, à savoir l’Amica. Les résultats sont déjà impressionnants", selon le ministre. De fait quatre écosystèmes (intérieur et sièges, métal/emboutissage, câblage et batteries) sont déjà sur pied et un cinquième sera bientôt prêt ».

Le ministre y voit un encouragement pour les industriels à s’implanter au Maroc, alors que le royaume compte environ 150 usines dans l’automobile pour un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards d’euros et près de 90 000 emplois avec des noms comme Valeo, Visteon, Snop, GMD, Faurecia, Sumitomo ou Lear...

"Nous souhaitons que les opérateurs se multiplient pour que les écosystèmes puissent s’enrichir", enchérit Moulay Hafid Elalamy

Selon lui, la plupart des annonces réalisées lors de la présentation du PAI le 2 avril 2014 aux Assises de l'industrie sont sur les rails.

enveloppe de subventions aux investissement industriels

C’est le cas du Fonds de développement industriel doté de 3 milliards de dirhams (270 millions d’euros) qui plus qu’un fonds est une enveloppe de subventions aux investissement industriels, ciblant notamment les PME.

"Le FDi est pleinement opérationnel, selon le ministre. Ce que j’ai noté lors de ma visite, explique le ministre, c’est la rencontre sur ce salon d'entreprises qui étaient simples exposantes l’an dernier et ont décidé de s’implanter au Maroc. C’est particulièrement encourageant".

Reste à enrichir encore la filière, car Jacques Prost, directeur général de Renault Maroc, s’il a loué la performance de l’usine de Tanger a regretté que le constructeur plafonnait dans son objectif d’augmenter la part de sourcing local dans la valeur de ses véhicules.

Selon Jacques Prost : "Nous sommes encore à 42% alors que nous visons 60%, il a y une grande marché à franchir. Il ne faut pas se le cacher".

Pour leur part de nombreux industriels se plaignent de devoir importer une grande part de leur achats, faute d'offre locale suffisante.

L’objectif des organisateurs du salon piloté par l’Amica est justement d’attirer de nouvelles entreprises dans la sous-traitance, activité comprise surtout dans le sens de "services" support aux industriels : logistique, emballage, maintenance etc… Un marché qui représente 400 millions d’euros par an, selon l’Amica.

"L’augmentation du taux d’intégration viendra des rangs 2, 3 et au-delà. Il nous faut encore enrichir toute la filière. J’ai vu sur le salon des opérateurs de l’outillage ou des fixations qui songent à s’implanter, c’est positif", indique pour sa part le ministre de l’Industrie. Celui-ci a rappelé un des autres outils du PAI, à savoir le développement de l’offre locative foncière, ciblant notamment les PME.

« Les sujets du foncier sont toujours longs à traiter mais nous sommes en train de susciter cette offre notamment avec des financiers prêts à porter des projets d’immobilier d’entreprise dans une logique de fonds d’investissement.

Nous travaillons sur ces sujets avec Medz (filiale de la holding publique Caisse de dépôt et de gestion) mais aussi d’autres opérateurs marocains ou internationaux".

changer d’échelle sur la carte mondiale du secteur.

Reste une grande question, le Maroc parviendra-t-il à attirer un site d’assemblage d’un autre constructeur? L’usine Renault, après un rythme de montée puissance obéré par l’apathie du marché européen (son débouché à 90%) devrait connaitre une belle croissance de 50% cette année pour atteindre 250 000 véhicules produit sur 2015.

Une performance appréciée des équipementiers qui, selon l'un d'eux, "se ressent très positivement sur le compte d'exploitation!" Mais l’implantation d’un autre constructeur permettrait au Maroc, de définitivement changer d’échelle sur la carte mondiale du secteur.

Les rumeurs habituelles courraient, par ailleurs, sur le salon sur l’intérêt possible pour le pays notamment de Ford ou PSA, dirigé par Carlos Tavares, un ancien de Renault qui connait bien Tanger.

Le premier groupe vient d’ouvrir un bureau d’achat sur Tanger Free Zone. Le second qui organisait un mini convention fournisseurs ce mercredi à Tanger dit vouloir réorienter une part de ses achats réalisée en Europe de l’est vers le Maroc pour servir notamment ses usines de Vigo (Espagne) et Mangualde (Portugal).

D'autres professionnels parient sur l'arrivé d'opérateurs asiatiques, notamment chinois. Pures spéculations pour l'instant.

A la question de l'arrivée future d’un nouveau constructeur, Moulay Hafid Elalamy répond "un deuxième oui mais pourquoi pas 3 ou 4! Nous discutons avec des constructeurs de différents continents qui commencent à considérer le Maroc comme une plateforme intéressante. Mais ce ne sera pas probablement pour tout de suite. En attendant, la filière doit continuer à se consolider".

A Tanger, Pierre-Olivier Rouaud

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